Xoy des Salitigués : Mensonge continu

La divination garde une importance particulière dans la société africaine. Bien que la plupart des prédictions se révèlent fausses, cela n’entame en rien la confiance accordée aux médiums. 

Comme chaque année, les Saltigués ont procédé, samedi dernier à la grande séance de prédiction. Comme chaque année, des assertions vaseuses sont servies par les devins locaux.  Les Xoy  (séances de divination) ont annoncé la mort de journalistes, des accidents de la route et autres malheurs qui ont frémir les plus incrédules. Mais, un bref rappel des dernières prédictions, éclaire sur l’inexactitude des révélations. Ces séances de Xoy prennent toujours les relents d’une joute de divination mettant en scène plusieurs oracles dont les prédictions sont parfois contradictoires.  «Il y aura une très grande tension avant la Présidentielle. De graves conflits seront enregistrés. Le pouvoir tombera dans les mains d’un militaire. Il dirigera le pays jusqu’à l’organisation de nouvelles élections», pronostique  Ablaye Ndiaye, Saltigué de Diadiak lors de l’édition de 2011. Des prédictions démenties par Ibrahima Ndiaye. Ce dernier soutient que « : «C’est Macky Sall qui prendra les rênes du pouvoir. Les esprits me l’ont montré, et c’est très clair».  De ces révélations contradictoires, l’opinion n’a retenu que les éléments qui ont eu lieu par la suite. La mémoire collective procède de façon sélective sur les pronostics des Saltigués. C’est le cas, lorsque le saltigué Fodé Diouf affirmait  que : «Abdoulaye Wade ne sera pas réélu en 2012 et son fils ne sera jamais président au Sénégal, même s’il postule jusqu’en 2052. Pour les élections, beaucoup de sang coulera avant et après le scrutin. Toutes les régions sont concernées. Même Fatick n’est pas épargnée. Ce qui fait qu’elles n’auront même pas lieu à la date fixée. Elles seront repoussées jusqu’à nouvel ordre». Cette déclaration s’est montrée fausse en partie puisqu’il n’y a pas eu de violence post électorale et l’élection présidentielle s’est tenue à date échue contrairement à ce qui a été dit par l’un des saltigués. Mais, l’opinion a tendance à ne retenir que l’assertion confirmée par les faits. « Ils sont plusieurs et ne peuvent certes pas dire la même chose sur le même sujet. De ce fait, leurs prédictions sont forcément contradictoires. Donc, c’est déjà une erreur fondamentale, comme le font les journalistes, de dire : (Les saltigués ont dit…). Quand une chose arrive, on dit à tort que (les saltigués l’avaient dit), au lieu de dire quel est le saltigué qui l’avait dit. De plus, on ne retient que ce que l’on veut bien retenir, car la mémoire reste très sélective, partielle voire partiale dans ce domaine des prédictions », analyse le Pr Ibrahima Sow, directeur du laboratoire de l’imaginaire de l’Ifan.  L’imprécision, un critère commun aux prédictions des devins. Les sibylles modernes se servent de cette recette magique qui empêche aux observateurs de vérifier l’exactitude de leurs prévisions. C’est dans ce manège que les Saltigués annoncent de façon presque invariable « la disparition d’une grande personnalité ». Sachant qu’il s’agit d’une probabilité qui a de fortes chances de se réaliser.

Mémoire sélective

«La voyance et les horoscopes ont des énoncés suffisamment larges pour être validés subjectivement par un grand nombre de personnes », constate le Pr Henri Broch du laboratoire de zététique de l’université de Nice-Sophia Antipolis dans son ouvrage intitulé «Au Cœur de l’Extra-Ordinaire», cité par le magazine Marianne. Le chercheur sur la divination ajoute que : «certaines prédictions pourront tomber juste, d’autres seront fausses. Là encore, le cerveau retiendra plus facilement celles qui se réaliseront. Et les réalisations  pourront tenir aussi  bien de la coïncidence que de la suggestion».

En dépit des limites avérées de plusieurs actes de divination, celle-ci continue à attirer du monde. « La fonction divinatoire est précisément, par l’interprétation des signes, l’art ou le don de signifier le caché, l’indécis, l’aléatoire, l’hypothétique, en les rendant disponibles à la compréhension du consultant. Il n’est pas seulement interprète, mais il est aussi intercesseur », explique Ibrahima Sow. C’est pour cela croit-il que la fonction divinatoire connaît certes un regain d’intérêt dans les sociétés industrialisées, modernes, techniciennes d’aujourd’hui. « Elle a joué et joue encore un rôle fondamental de projection de l’angoisse et de justification des activités, du bonheur comme du malheur des humains, dans toutes les sociétés où est patente la prédominance du collectif sur l’individuel, des rapports sociaux conditionnant le vécu des individus, où existent des d’échanges, des dons et de contre-dons, des systèmes de rivalités, toutes réalités très importantes pour l’identité individuelle », conclut-il.

You may also like...

Add Comment Register



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>