WADE-IDY, UN DUO D’ENFER : Le couple de feu qui pourchasse Macky

Un vrai brasier encercle le président Macky Sall. Abdoulaye Wade enflamme le terrain, Idrissa Seck fait feu de tout bois sur le champ de la communication, comme si les deux hommes s’étaient entendus.

Les deux ex-compagnons au sommet de l’Etat, Wade et Idrissa Seck, exécutent une étrange symphonie. Tout donne à croire que l’ancien chef de l’Etat et son ex-Premier ministre, se sont accordés pour mettre Macky Sall dans un cercle de feu. Si c’est une collusion scellée dans le secret douillet des chambres d’hôtel à l’étranger, c’est gagné. Du moins jusque-là. Une intelligence qui rappelle à bien des égards le Cd à succès du reggaeman ivoirien de Tiken Jah Fakoly. Lui qui ironisait dans un titre plein d’émotion sur le partage de l’Afrique à la conférence de Berlin. «Tu me cèdes le terrain et je te laisse le discours» ressemble bien au modus operandi entre les deux ténors de l’opposition. Et ça cartonne fort ! Alors que l’ancien Pm a rejeté l’offre du pape du Sopi de rassembler la famille libérale. Sitôt revenu de son séjour de six mois à l’étranger, le 20 avril dernier, Idy déroule un discours fort pimenté à l’endroit des tenants du pouvoir, à l’aéroport. Il démonte la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) au sujet de laquelle il forcera, plus tard, la dérision en rapprochant la sonorité à un cri de guerre. Puis il ouvre la boîte de Pandore. ««Si Macky Sall avait épargné la totalité des salaires de sa vie professionnelle que nous lui connaissons, de Petrosen à l’Assemblée nationale, cela ne ferait pas un milliard. Cela n’expliquerait pas le patrimoine qu’il nous a déclaré. Traque pour traque, pourquoi ne serait-il pas traqué pour enrichissement illicite ?», lance-t-il en direction du chef de l’Etat. Et comme s’il soupçonnait le parti-pris, le maire enchaîne : «le symbole de la Justice c’est la balance». Mara finit par lever l’équivoque : «l’implication de l’Exécutif dans ce dossier est patente. Ce n’est pas acceptable». Au sujet du retour mouvementé de Wade, Idy donne sa langue à un… Camerounais. «Dites à Macky Sall que les Africains sont choqués par le traitement qu’il a réservé à Abdoulaye Wade. Quoi qu’il ait fait, l’ingratitude qu’il manifeste à son endroit nous choque, en tant que Africains», rapporte-t-il de ce Camerounais «indigné». Dans la même foulée offensive, Idrissa Seck dit constater la carence et l’incapacité du régime de Macky Sall à prendre en charge les préoccupations des Sénégalais. «En deux ans, le président Macky Sall n’a même pas commencé à peindre les chantiers laissés par son prédécesseur. S’il dit qu’il va développer le Sénégal, cela pose problème», prévient-il, traitant la réunion du Club de Paris sur le Plan Sénégal émergent de «cirque à coups de centaines de millions, pour célébrer une vision achetée à un cabinet privé, à coups de milliards». Il n’en fallait pas plus pour enflammer une classe politique jusque-là terne et permettre à Idrissa Seck de faire figure de véritable super star.

Surtout lorsqu’il soulève le sujet pudique de la famille. Là, le maire de Thiès coule dans une dérive inouïe. «Nous avons combattu l’implication de la famille dans la sphère de l’Etat et de la politique ; aujourd’hui, c’est pire, puisque c’est la famille, la belle-famille, les amis. Vous avez le frère l’oncle, le beau-frère, tous envahissent l’espace politique. C’est cela, d’ailleurs, qui fait dire aux Sénégalais qu’il y a une  dynastie Faye-Sall, des noms de Macky et de son épouse», flagelle-t-il. Et puis, bien au fait que l’arme de séduction numéro un est le regard, Idy s’est incontestablement attiré le flash turquoise d’une bonne partie de la classe politique porteuse des Assises nationales et du rapport de la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri).  «Macky Sall est encore assis sur les conclusions des assises nationales et le rapport de la Commission nationale de la réforme des institutions», déplore-t-il. Mara se fait plus saignant en mettant le doigt sur une affaire sensible comme les recettes fiscales qui accusent, semble-t-il, une performance bien modeste. Ce qui lui inspire l’ironie de la difficulté pour Macky Sall à trouver le prix de la peinture des chantiers de Thiès. Sur le terrain à proprement parler, Wade, lui, enflamme les foules. Depuis son retour au pays, le 25 avril dernier, l’ancien chef de l’Etat ne cesse d’aimanter le long de ses «marches bleues» improvisées, des foules compactes et hystériques. Tous ceux qui croyaient que la folle soirée de son retour du 25 avril relevait du miracle ont dû se résoudre à reconnaître qu’il y a bien un phénomène Wade. A Khombole, Bambey, Darou Mousty et Touba, le secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (Pds) provoque des affluences monstres. A Kaolack aussi, il fait foule. Virulent aux premiers jours de son arrivée, Wade parle peu maintenant. «A quoi bon parler si Idrissa Seck et les foules sont là ?», semble-t-il se dire. C’est, sans doute, pourquoi tous les rendez-vous avec la presse et ses militants ont été annulés. Il en est ainsi du meeting envisagé le samedi ayant suivi son arrivée historique et de la conférence de presse. Il sort parfois d’audience et refuse de parler. Les rares propos que la presse rapporte sont tirés de ses entretiens avec ses hôtes. C’est le cas avec Abdou Aziz Sy Al Amine, porte-parole des Tidjanes. «Je ne détiens pas d’argent, encore moins mon fils et ma femme», confesse-t-il au marabout. En politicien rusé il sait qu’Idy s’occupe «à merveille» du discours. Pourquoi alors saturer l’opinion au risque de la dégoûter ? Comme dans une usine de montage de voitures, les deux ex-compagnons se sont partagé les rôles. Et exécutent les tâches dans une parfaite harmonie.

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