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VOL DE BOUCHES D’INCENDIES, DE CABLES EN CUIVRE, D’INSTALLATIONS SOLAIRES, DE GRILLES, DE PLAQUES… : Les malfaiteurs dictent leur loi

Publié le 28 août 2014 par Pape Mayoro Mamadou NDIAYE

Au Sénégal, le phénomène de vol du bien public est devenu banal alors que le préjudice s’avère très lourd pour toute la communauté.

Le vandalisme des biens publics est devenu une norme. Vol de grilles, de plaques de canalisation, d’installations solaires, de bouches d’incendies, de câbles en cuivre des lampadaires, de câbles téléphoniques… aucune installation n’est à l’abri de la cupidité de voleurs friands de cuivre et de matériaux ferreux.

A travers les rues de la capitale sénégalaise, des individus malintentionnés ont enlevé nuitamment beaucoup de matériels des installations de l’Office national de l’assainissement (Onas Transformant ainsi les canaux d’évacuation en dépotoir d’ordures. Des cadavres d’animaux, des matelas, pneus, sont jetés dans les buses. ). Le phénomène est montant et inquiétant. Il ne se passe plus quelques pas de marche dans les rues sans qu’on voie des regards grandement ouverts. Les plaques volées sont revendues dans les marchés de ferraille de la capitale.

Autre phénomène devenu de plus en plus inquiétant à Dakar, c’est le vol des plaques de panneaux solaires photovoltaïques. De Ouakam à Fass Mbao, en passant par Pikine, Guédiawaye, Parcelles Assainies…les populations sont privées d’éclairage public. Le soir, nombre d’endroits sont plongés dans l’obscurité à cause de ces forfaits.

Sur l’autoroute de Dakar, des centaines de lampadaires ont été installés, mais à ce jour peu fonctionnent. A cause des voleurs de câbles qui démontent tout le matériel permettant à ces candélabres d’éclairer la voie. En plus du cuivre qu’ils cherchent, tout le matériel de l’armoire de commande d’un lampadaire composé de contacteur, de porte de visite et d’horloge est emporté. L’installation des poteaux électriques par la mairie de Dakar a été très vite suivie par le passage des voleurs. Mais, ce n’est pas seulement l’autoroute qui est victime de cette situation. Plusieurs avenues de la capitale sont aussi plongées dans le noir, compromettant la sécurité des populations. Même scène dans la ville de Thiès. Dans cette localité, la quasi-totalité des lampes implantées sur la corniche sont terrassées par des malfaiteurs, retirant le cuivre qu’elles contenaient. Tout le matériel de l’armoire est emporté et revendu dans le marché noir.

La Sonatel, opérateur historique de téléphonie disposant de plus d’infrastructures fait aussi les frais de ce vandalisme. Des batteries, des câbles et des régulateurs sont retirés et d’autres vandalisés dans la capitale par des malfaiteurs. La gendarmerie de recherche avait effectuée une descente, il y a quelques années, dans un entrepôt situé à Yarakh, dans la commune de Dakar. Cette descente avait même permis de mettre la main sur un conteneur de 40 pieds renfermant 2,326 tonnes de câbles en cuivre appartenant à la Société nationale de télécommunications (Sonatel) et 2 tonnes de câbles en cuivre de la Société nationale d’électricité (Senelec). Des personnes ont été interpellées et sont soupçonnées de faire partie du réseau de trafic international de câbles de cuivre destiné à l’exportation vers l’Europe. Une affaire de trafic international qui aura permis d’exporter 5 conteneurs, soit 103,785 tonnes de cuivre vers l’Europe, entre le 1er février 2013 jusqu’au 5 avril 2013.

UN PHENOMENE AYANT CAUSE D’ENORMES DESAGREMENTS

De tels actes gratuits contre les biens publics sont de plus en plus fréquents au Sénégal et ont fini par s’enraciner au plus profond des comportements. L’incivisme s’est érigé en règle dans notre pays. Les auteurs de ces actes ne sont autres que des citoyens malintentionnés qui cherchent à se faire de l’argent sur le dos du peuple. Leurs actes ont causé d’énormes désagréments. «Le vol des grilles et des plaques peut être à l’origine de la destruction des cardans des voitures», se désole Ibrahima Sall, chauffeur de taxi. Cet incivisme quotidien coûte cher à l’Etat. L’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas) est pris dans la contrainte de renouveler ses objets aux frais de l’Etat et du contribuable. Ce problème du vol du matériel est estimé à plusieurs millions. «Le coût du renouvellement est supporté par l’Etat et par les impôts», regrette Amath Ndiaye.

Abidine Diakhaté de l’Onas, interrogé par un journal explique que le vol de ces couvercles, au-delà de ces risques générés, provoque des désagréments comme «ce fut le cas lors de la période hivernale ou une carcasse de mouton jetée dans un canal a provoqué l’inondation sur une bonne partie de l’autoroute occasionnant ainsi des files d’attente de deux à trois heures». Ce phénomène provoque également des difficultés majeures dans l’évacuation correcte des eaux usées et pluviales. Voire même des inondations. Aujourd’hui, cette société peine à assumer correctement le rôle d’assainissement qui lui est dévolu. D’où l’appel «au civisme, au respect et à la responsabilité des citoyens», que lance le directeur de l’exploitation de l’Onas, Alioune Diop, afin de préserver ces biens pour le bien-être des populations et le désir d’inverser les tendances négatives.

En réponse aux vols, l’Onas a déposé des plaintes dans plusieurs commissariats de police ou brigades de gendarmerie du Sénégal. Certains fautifs ont été traduits en justice.

Ce sabotage du système d’éclairage public compromet la sécurité des populations. Par exemple, sur l’autoroute, le vol effectué sur les lampadaires a contribué à rendre la zone plus obscure et très dangereuse la nuit. Les agressions sont monnaie courante sur cet axe de la route. Des automobilistes dont les voitures sont tombées en panne à certaines heures ont eu la désagréable surprise de croiser sur le chemin une bande de voyous qui sévissent.

A cause de l’obscurité qui y règne la nuit, les chauffeurs ne parviennent pas à voir de loin sur cet axe routier où beaucoup de fous y élisent domicile aux pieds des passerelles et sous les ponts. Et la lumière des véhicules venant de l’autre sens rend la situation plus difficile. Ces chauffeurs ont du mal à cacher leur inquiétude face à cette situation qui prend toujours de l’ampleur. «Un jour, j’ai failli écraser un fou. De loin, il traversait la route. A quelques pas de lui, je l’ai aperçu et j’ai freiné brusquement. Cela est du à un problème d’éclairage causé par les voleurs», a martelé El Hadji Ndiaye, chauffeur d’un bus de la ligne 61.

Du côté de la mairie de Dakar, le préjudice est lourd. Selon le Directeur des services techniques (Dst) de la ville de Dakar, Serigne Lèye Thioune, un seul candélabre peut coûter aux environs de 1,5 million de FCFA. Ce chiffre, rapporté à la centaine de lampadaires installés sur l’autoroute, renseigne sur l’énorme préjudice subi par la ville de Dakar. Pourtant, de 2008 à nos jours, rappelle Serigne Lèye Thioune dans un journal, la mairie de Dakar a réussi à se doter d’un puissant réseau d’éclairage public de 15.000 lampadaires, pour un investissement global de 30 milliards de FCFA. Mais, les vols commis les pertes sont incalculables. «C’est un préjudice extrêmement important que la ville subit, analyse Yoro Bâ, 3ème adjoint au maire de la Ville de Dakar. » Selon lui, les populations ne se rendent pas compte que quand la ville n’est pas éclairée, ce n’est pas faute d’avoir mis les moyens, mais à cause des personnes mal intentionnées. Ainsi, pour Yoro Bâ, c’est le rapport des Sénégalais avec le bien public qui doit être revisité.

Pour faire face à ces pratiques qui relèvent de l’incivisme et qui ont un impact néfaste sur la préservation des biens publics, le maire de Dakar Khalifa Sall avait réclamé une police municipale lors du vote du budget 2014 de la commune.
Le vandalisme des bouches d’incendie expose les populations à des risques de catastrophes encore plus graves. «Les bouches d’incendie sont des moyens de secours constitués de points d’eaux avec une pression permettant aux services de secours d’alimenter leurs engins lors d’un feu.

Le vol de ce dispositif très important favorise une propagation rapide d’un foyer d’incendie car le secteur est privé d’eau », explique, le Directeur de la Protection civile (Dpc), Dame Gaye. -t-il. Selon lui, en l’absence de bouche ou de poteau d’incendie, le ravitaillement des engins prendrait plus temps en cas de sinistre. C’est ce qui a fait que lors de l’incendie du marché Sandaga, les sapeurs-pompiers étaient obligés d’aller se ravitailler à la caserne distant d’environ 3 Kilomètres.

Au Sénégal, il s’avère indispensable et urgent de sécuriser le bien public qui contribue au bien-être de toutes populations afin d’endiguer ce phénomène. Car, les auteurs de ces actes de vandalisme ne se soucient jamais du bonheur de la communauté. Ce sont des individus irresponsables qui ne cherchent qu’à atteindre leurs intérêts.

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