Classé dans | Economie

VENTE DE LIVRES AU SENEGAL : La concurrence est-elle loyale ?

Publié le 11 novembre 2014 par Pape Mayoro Mamadou NDIAYE

Pour certains, des librairies au Sénégal vivent depuis des années une discrimination sans nom due à un monopole créé par les lycées qui font le programme français. Des propos considérés comme de mauvaise foi pour d’autres.

Une polémique tendue s’installe dans la concurrence des librairies au Sénégal. Certains soutiennent avoir éprouvé des peines depuis des années à faire leurs commandes ou écouler leurs produits, soutenant que les écoles qui sont à l’origine sont, entre autres, les Cours Sainte-Marie de Hann, Jeanne d’Arc, Jean Mermoz, l’école franco-sénégalaise de Fann, Dial Diop, les collèges Notre Dame, le collège de la Cathédrale, Aloys Kobes. Il y a, à en croire, Guy Anoumah, une faveur accordée à seulement deux librairies que sont 4 Vents et ClairAfrique.

Toutes les librairies ont besoin des listes de fournitures de ces écoles dont la plupart font le programme français afin de pouvoir passer leurs commandes avant la rentrée des classes. Mais, d’après M. Anoumah, ces écoles ont créé ce monopole et ne veulent pas que les parents de leurs élèves aillent chercher les livres ailleurs. En effet, à l’approche de la rentrée scolaire qui se prépare à partir de mai ou de juin, ces écoles se penchent sur la prochaine rentrée. Elles dressent les listes dont toutes les librairies ont besoin et les envoient seulement à 4 Vents et à Clairafrique. En plus, certains professeurs prennent sur eux de dire aux élèves que les livres au programme ne sont disponibles que dans ces deux librairies. Les autres libraires vont vers ces écoles pour disposer des programmes, mais ils se heurtent à un mur. Un favoritisme qui handicape le plus grand nombre de librairies. «Le fait qu’ils donnent ces listes à ces deux librairies ne nous dérange pas. Mais qu’ils ne nous refusent pas l’accès à ces listes qui doivent être à la disposition de toutes les librairies. Il y a une rétention d’information. C’est cela que je dénonce. Ce sont des pratiques qui doivent être bannies de notre milieu», se désole Guy Anoumah. «Un jour je suis tombé sur un ami d’enfance dans un lycée de la place, il m’a dit clairement qu’on leur a interdit formellement de donner leur liste à tout autre que Clairafrique. C’était lors d’une réunion avec la Direction de l’enseignement privé catholique».

Cette discrimination impacte de manière négative sur les chiffres d’affaires des autres librairies. «L’année dernière, on avait décidé de travailler avec l’Adp sur le programme français. Quand les livres sont arrivés au port de Dakar, la société Saga(sic) a mis un mois et demi pour sortir les livres du port», raconte-t-il. A l’en croire, il y avait une librairie de la place qui était derrière ce blocage et qui a fait que les livres de l’Adp ont été bloqués au port pendant un mois et demi. «Je trouve cet acte ignoble. Je ne sais au nom de quoi, on doit bloquer nos livres au port, alors que nous avons besoin de les vendre comme eux », déplore M. Anoumah. Il dit craindre que cette situation ne se reproduise cette année. Car, d’après lui, sa librairie a actuellement un bateau au port de Dakar, qui arrivé depuis le 10 septembre, et qu’il n’arrive pas à pas à recevoir la marchandise. «On est le 26(septembre) aujourd’hui, jusqu’à présent la commande est au port. Pour la rentrée des écoles françaises, on n’en parle plus. Et la rentrée des écoles du programme sénégalais, est prévue dans une semaine, le 8 octobre», s’inquiète le chargé de librairie. Avant d’ajouter qu’il s’est rendu deux fois à la Direction de la société de manutention. Mais à chaque fois, cette entreprise lui sert un prétexte pour justifier ce blocage.

Ce favoritisme engendre des difficultés que subissent les parents d’élèves. En effet, a explique M. Anomah, il y a des parents d’élèves habitant dans les alentours de certains librairies qui sont obligés de quitter leur quartier pour se rendre au centre ville afin de trouver des livres pour leurs enfants. Une concurrence déloyale s’est ainsi installée de fait. «Souvent, le parent d’élèves peut acheter un livre à un prix plus élevé que le nôtre. S’il était bien informé, il aurait pu venir chez nous et l’acheter moins cher», soulève Anomah. « Un parent d’élève était venu acheter un livre de maths chez nous et a constaté qu’il y a une différence de 2000 FCFA entre notre librairie et les autres. «Un autre parent nous a dit qu’il ne savait pas que nous vendions les livres du programme français, parce que ses enfants lui ont dit d’aller à 4 vents». Par contre, d’après lui, il y a des écoles comme LCB et Fann qui arrivent à leur donner les listes. «Le lycée Jean Mermoz met ses listes sur son site et nous y accédons pour faire nos commandes, contrairement aux autres écoles qui ne mettent pas leurs listes dans leurs sites».

Interpellant les associations de parents d’élèves qui « doivent élever leurs voix par rapport à ce genre de pratique nébuleuse car eux-mêmes vivent des situations dramatiques »il souligne que, le commerce doit être libre. «Il ne faut pas que des gens cherchent à faire disparaître certaines librairies ou à s’accaparer de tout le marché. On peut se retrouver avec une facture de 200 000 FCfa pour équiper un seul élève en fournitures et en livres avec une marge de bénéfice de 10%». A en croire M. Anoumah, certaines écoles remettent directement à la librairie 4 Vents et non pas à aux élèves, de peur qu’ils aillent chercher ces livres ailleurs. «Cela signifie qu’il y a une combine. Ça m’a paru bizarre. Je m’en suis référé au lycée Jean Mermoz où j’ai rencontré le directeur et le proviseur qui, eux-mêmes, étaient choqués par cette histoire», a-t-il dit. N’empêche ces librairies se débrouillent de toutes leurs forces pour avoir accès à ces listes afin de mener à bien leurs activités comme 4Vents et Clairafrique. «Je connais un élève de Jeanne d’Arc ou du Lycée Jean Mermoz… auprès de qui je me rends pour le solliciter afin qu’il me donne la liste de son école. C’est pareil avec quelqu’un d’autre qui travaille dans cette librairie. C’est comme cela qu’on arrive à faire nos commandes. Et je trouve cela inadmissible », informé. Anoumah, avant de poursuivre qu’il profite de la visite des parents venant acheter des livres qui manquent à Quatre vents ou à Clairafrique pour les commander.

Ces propos du chargé de la librairie Guy Anomah, ont été balayés d’un revers de main par les deux librairies en question: 4 Vents et Clairafrique. «Je jure que ce sont des individus de mauvaise foi. C’est faux! Nous recevons les listes des écoles et nous savons que les autres en reçoivent comme nous. Il y a même des parents d’élèves accompagnés de leurs enfants qui viennent avec des listes. Aucun parent n’est venu ici pour demander une liste déposée par telle école. Ces listes sont disponibles dans les sites des écoles que toutes librairies ont la possibilité d’y accéder. Vous pouvez vérifier si vous ne me croyez pas. Je suis étonné car ce sont des accusations malveillantes. C’est la première fois que j’ai entendu cela. Au nom de quoi ces écoles doivent nous favoriser au détriment des autres librairies ?», s’est interrogé un des responsables de la librairie 4 Vents. Le même sentiment a rejailli à Clairafrique où les propos de Anoumah ont été démentis.

Toutes les autres librairies où nous nous sommes rendu ont réfuté ses propos. Selon Alioune Ba, responsable de la librairie «Chez Mon Ami», situé à quelques pas du Lycée Jeanne d’Arc, une des écoles citées, les propos de Anoumah sont inexacts. «Chaque année, Jeanne d’Arc nous envoie ses listes de fournitures. Pour les autres écoles, on tire leurs listes de leurs sites. Les parents d’élèves viennent également chez nous acheter à chaque rentrée des classes», a-t-il expliqué.

Des arguments confirmés par la responsable de la librairie «Athéna», Khady Ndiaye qui a soutenue qu’elle reçoit chaque année les listes de fournitures des écoles qui font le programme français. «Cela m’étonne car les élèves viennent chez nous avec leurs listes pour acheter; ils sont souvent accompagnés de leurs parents. Il y a des écoles qui nous envoient leurs listes et pour d’autres qui ne les ont pas mis dans leur site, on s’approche d’elles pour en disposer ou les tirer de leurs sites», a-t-elle souligné. Khady Ndiaye a précisé qu’il y a des écoles qui travaillent avec des librairies. Mais n’empêche, a-t-elle précisé, elles donnent leurs listes aux élèves ou à leurs parents. «Ces écoles peuvent collaborer avec une librairie; mais elles ne peuvent pas obliger les parents à acheter à 4 Vents ou à Claireafrique. Chaque librairie a sa clintèle», a souligné Mme Ndiaye.

Selon le chargé du site et des listes au collège de la Cathédrale, Félix Mendy, c’est à l’occasion de la remise aux parents d’élèves des bulletins de note de composition de fin d’année que leur école leur remet les listes de fournitures de l’année à venir. «Dès le mois de juin, les parents d’élèves avaient les listes de fournitures par devers eux. On n’a aucun intérêt de demander aux parents d’aller à telle librairie. On n’envoie aucun élève à une librairie quelle qu’elle soit pour y acheter ses livres», a-t-il martelé, avant d’ajouter que les élèves ou leurs partent à la librairie de leur choix. «L’essentiel est d’acheter les livres dont nous avons besoin. Cette année, nous avons mis toutes les listes dans le site du collège. Un site que nous avons ouvert cette année». D’après lui, la librairie Clairafrique envoie au collège de la Cathédrale dans le courant de l’année scolaire une lettre pour demander les listes de fournitures en vue de faire sa commande ou ses commerciaux s’y rendent pour chercher les listes comme elle le fait dans d’autres écoles. Trouvée devant le collège de la Cathédrale, Espérance Philomène Faye, élève en classe de quatrième tenant dans ses mains la liste de ses fournitures désapprouve. «Malgré que mon papa est le préfet du secondaire du collège, personne ne m’a dit d’aller à une telle librairie. Ni mon père. Pour l’achat de mes livres, je pars où je veux», a témoigné la jeune élève, confirmée par un élève de Terminale du lycée Jeanne d’Arc, ayant requis l’anonymat. «C’est faux. Je n’achète pas mes livres à 4 Vents ni à Clairafrique parce que ces librairies sont loin de chez moi».

Ecrire un commentaire

m4s0n501
Advertise Here
Advertise Here

Les Editos

SITES AMIS