Vente de fleurs à Dakar : Ces jardins qui ne font pas florès

La capitale sénégalaise dispose de multiples points de vente de fleurs. Ces plantes aux prix relativement accessibles, ne sont pas si prisées que cela par les Sénégalais.

Lycée Blaise Diagne. Derrière le mur de l’établissement, au cœur d’un intense trafic, la verdure ! Différentes sortes de plantes et de fleurs y sont exposées. La multitude de tons saute aux yeux. Vert, rouge, jaune, violet ou blanc, le kaléidoscope visuel est magnifique. Diverses variétés campent le décor et contrastent totalement avec la jungle urbaine et la pollution voisines. Les fleurs sont rangées selon leur taille et obéissent à une certaine harmonie. Les sapins, géants dans ce décor, trônent fièrement tout au fond. A côté, des orangers, citronniers, cocotiers ainsi que d’autres arbres fruitiers de taille moyenne, affichent leurs belles couleurs. Les autres espèces de plantes, plus petites, sont mises dans des sachets remplis de sable. Plus attrayantes, de par leurs multiples couleurs, elles sont exposées à l’entrée du jardin, sous le soleil. Seules quelques «fleurs à ombre» comme les pervenches, les carex, sont sous des tentes ou dans leurs «dortoirs». Non loin des tentes, des artistes -sans doute inspirés par le centre culturel Blaise Senghor juste en face- s’activent à construire des vases en ciment. De forme carrée ou arrondie, les vases, eux, sont peints voire décorés avec figures géométriques. Tout aussi luisants que les fleurs; ces vases sont aussi exposés.

Un commerce au ralenti

Les vendeurs assis à l’ombre, chacun devant sa belle collection, guettent les clients avec impatience. Certaines personnes, attirées par le joli décor, tournent longtemps autour des pots, puis repartent après de vains marchandages. Le vendeur, la quarantaine, grande taille, teint noir, un peu déçu, reprend sa place, une brique qui fait office de banc. Un tour d’horloge sans un seul article vendu. Tiens, une dame la trentaine bien sonnée, s’approche. Elle s’empare d’un sachet, le renifle, puis l’achète à 1500 FCFA, au grand bonheur de Serigne Ndiaye. Qui confie qu’il lui arrive parfois de rester toute une journée sans recette. M. Ndiaye l’un des vendeurs de fleurs, s’active dans le commerce des fleurs depuis six ans. Il y est entré, poussé par un amour fou envers les plantes qu’il considère comme êtres qui, comme les humains, ont besoin d’amour et d’attentions. Ndiaye s’est intéressé, dès sa tendre enfance, à l’univers des plantes. A ses pieds, une charrette vient déverser de l’engrais frais et des excréments d’animaux ramassés par ci, par là. Cette marchandise est échangée contre quelques fleurs, que le charretier revendra sans doute à son tour. «Je fais du porte-à-porte pour écouler la marchandise. Il n’y a plus beaucoup de recettes, alors avec ce système, je peux me retrouver avec 5 à 10000 FCFA par jour selon les temps», confie l’homme à la charrette.

Si l’activité ne fait plus florès, la culture de fleurs n’est pourtant pas trop exigeante, selon ces spécialistes. D’ailleurs, confie Moussa-fleur, (surnom en lien avec son métier), ces plantes sont cultivées par lui-même durant la saison des pluies. « Des grains de fleurs semés pendants trois mois seulement sont déjà bonnes pour la récolte », explique-t-il. C’est le cas du Blanchoya dont la culture est très rapide ? à l’inverse des palmiers qui demandent plus de patience. «Des fleurs peuvent être plantées n’ importe où, l’essentiel est d’assurer l’entretien », explique-t-il. En effet, c’est souvent au bout de trois mois que ces fleuristes procèdent à la récolte et chaque fleur est transférée dans un pot ou un sachet, avant de se voir exposée. Selon les vendeurs, les fleurs ne font pas trop partie de la culture africaine comparée à celle occidentale. « Il est rare de voir une maison de Blanc sans espace vert », insiste-t-il. Mais au niveau de nos compatriotes, les fleurs ne sont guère convoitées ; à part, il faut le reconnaître, quelques exemptions où nous voyons des Sénégalaises venir et acheter des fleurs. En moyenne quatre à cinq pots sont vendus par jour chez ce fleuriste. « Les Sénégalais sont plus à la recherche de pain, et ne consacrent pas tellement de temps aux plantes et c’est vraiment dommage ». La vente des fleurs nourrit plus ou moins son homme. Les dépenses sont moindres et les vendeurs voient rarement leurs fleurs se faner. « On prend toutes les dispositions ; sauf qu’une fleur, tout comme l’être humain, peut perdre la vie subitement », se désole le vendeur. Et de conclure : « Nous engageons aussi constamment un bras de fer contre les insectes à l’aide de pesticides ».

Des vertus médicinales

Les noms, les symboles et les vertus même des fleurs sont ignorés par un grand nombre de Sénégalais. « Parmi les rares clients locaux qui viennent, la majorité constituée de femmes. Elles reviennent souvent se plaindre, par la suite, car elles ignorent tout des plantes. Et le plus souvent leur choix est influencé par la belle fleur du voisin. Or ceci peut créer des problèmes car la survie d’une plante peut même dépendre du plan de la maison et de l’entretien». Cependant, certains prennent la peine de bien entretenir leur jardin, conscients des bienfaits de la plante. En témoigne Charles Boissy, ce fidèle client, teint métissé, vêtu d’un costume cravate et qui lance avec son accent étranger : « les plantes chassent le stress, donnent la longévité et la clarté d’esprit, j’adore les fleurs !». De plus, les fleurs ont des vertus médicinales avérées, fait remarquer Youssou Ndiaye, un autre spécialiste des plantes, trouvé sur le site. Se frayant un chemin entre les tiges, il explique et conseille un autre client aux cheveux gris, venu, lui, chercher de quoi soigner ses boutons au visage. Sans hésiter, Youssou lui propose une plante du nom de Doctoré. Son appellation assez explicite, épargne au fleuriste de s’étaler sur les vertus thérapeutiques. Il en cueille une poignée de feuilles et le tend au vieil homme en échange d’un billet de 500 FCFA. Pointant du doigt une autre espèce, il lance : « il suffit d’asperger sa sève sur une blessure pour le guérir en moins d’une semaine » ; et d’ajouter «tout arbre a une utilité. C’est dommage que les gens privilégient l’aspect embellissement tout court». Ils vendent aussi des feuilles séchées qu’on peut utiliser pour des bains de vapeur, c’est à l’exemple de la camomille, la lavande ou l’achillée mille feuilles. Leurs effets bénéfiques vont des soins de la peau aux problèmes liés au système digestif ou nerveux. Les calendula aussi, sont des cicatrisantes et anti-inflammatoires. Au-delà de ce traitement ; les marabouts recommandent à leurs fidèles, des types de fleurs qui accompagnent un gris-gris ou qu’ils doivent dissoudre dans des décoctions : « Certaines fleurs conjurent aussi le mauvais sort », se risque-t-il.

Selon leur diversité, les fleurs ont une acception différente souvent mal connue des consommateurs. Les chrysanthèmes signifient la fin d’un amour, tandis que les violettes signifient que l’on vous aime en secret. Les camélias blancs sont un message d’admiration. Quant aux roses jaunes ; elles demandent, ou accordent le pardon suite à une infidélité. Les hortensias vous demandent si un espoir est possible avec la personne vous les ayant offertes. Enfin, un œillet blanc est symbole de fidélité. A ne pas confondre avec l’œillet de poète qui délivre un tout autre message : « Je suis votre esclave » !

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