‘’S’il vous plaît m’sieur faites la place ‘’, parle, souriante et débordante d’activités une vendeuse du marché bio de Dakar. ‘’Ho pardon ! J’ai donné 5 000 francs et j’attends ma monnaie’’, répond poliment le client devant la caisse subitement envahie. Le monsieur, sans doute un expatrié, est vêtu d’un Jean un peu délavé et d’un tee-shirt  multicolores.

En ce vendredi de début mai, le petit marché bio s’anime progressivement à l’approche de midi. Niché au ‘’Clos Normand’’ un club d’expatriés français (lire encadré), ce marché jouxte l’université Cheikh Anta Diop et fait face à l’immeuble de  la SICAP. Ce matin, les clients n’arrêtaient pas d’arriver un à un, parfois avec leurs mômes. Tous connaissent ce coin repérable par son cour de tennis et son bel espace de jeux pour enfants. Le bouche à oreille a fini de faire la pub de ce marché ni vu, ni connu et où passent des milliers d’étudiants. ‘’J’ai découvert l’endroit par le biais de mon épouse qui m’en a parlé. Depuis, je viens ici régulièrement’’, affirme un coopérant français attendant patiemment l’arrivée des pommes de terre, ainsi que sa livraison de fromage de chèvre du fabriquant Abou Badji. ‘’C’est pour appuyer les produits locaux, fruits et légumes biologiques ’’, me lance à nouveau ce sympathique toubab, l’air un peu bucolique.

Par souci de santé

Derrière leurs étals, Fatou Sène et Coumba Guèye viennent de Djender à 45 km de Dakar. Elles sont partenaires de l’Ong Enda Pronat dans ce projet de marché. Mais Coumba pratique en même temps l’horticulture bio. Les deux femmes proposent choux, pommes de terre, carottes, aubergines, tomates, etc. Des légumes bio frais vendus entre 500 et 700 F cfa le kilo. Ce marché, Sylvie Laboub enseignante à l’Institut français de Dakar, le fréquente depuis deux mois. ‘’C’est pour dynamiser la production,  le consommer local et aider les producteurs bio’’, plaide cette dame, frêle et fière allure. Tout prêt, des femmes tabliers proposent divers fruits, légumes-feuilles et légumes.

De l’autre côté, Fatoumata, visage radieux, expose ses jus locaux et ses merveilleux gâteaux à base de fruits naturels sains. En face, Yama Ndiaye responsable marketing dans un Gie dakarois propose pêle-mêle : poudre de moringa (nébéday en Ouoloff), sachets de bissap, de ditakh, vinaigre de mangue joliment mis en bouteille. Yama, explique aux clients l’importance nutritionnelle et la qualité diététique de ses marchandises. Elle arrive à convertir un puriste acheteur sénégalais et finit par lui vendre une bouteille de vinaigre à 1000 F cfa et un sachet de moringa à 1200 F cfa. Sourire au vent, Yama improvise de temps en temps une discrète dégustation. ’’On cherche le rapprochement avec les clients. Là, on est présent parce que les gens sont conscients des produits bio…’’, explique-t-elle. Adepte d’une agriculture saine son client Amadou Samb rétorque aussitôt : ‘’J’ai découvert ce marché sur le net. C’est par souci de santé que je viens ici. Je me méfie des produits chimiques à l’origine de maladies chroniques’’ Une autre, une Asiatique diplomate des Nations Unies à la mise bien raffinée, fait son commentaire en chuchotant : ‘’C’est cher !’’ Puis très vite elle met un bémol pour sa voisine de cliente : ‘’Mais il y a la qualité !’’

Gorgoorlou et Diék n’y vont pas 

Ce marché, il faut le dire, n’est pas fait pour ‘’Gorgoorlou’’ tirant ‘’Diék’’ par la main. Mais, peut être plus tard, ils y viendront pour sensibiliser les Sénégalais.

C’est l’Ong Enda Pronat, en partenariat avec les fédérations Woobin et des producteurs de Djender (Fapd) qui animent ce marché au Clos Normand depuis 2013. Un marché qui utilise des produits locaux naturels avec les labels ASD (Agriculture Saine et Durable) et qui se déplace les autres jours au Parc zoologique de Hann ainsi que dans d’autres quartiers huppés de Dakar. ‘’Nous n’avons pas encore l’agrément Bio. On a commencé doucement et on a voulu être discret. Nos prix sont au dessus des marchés Castor et en dessous de Kermel’’, reconnait Sabine travaillant à Enda Pronat, comme pour se dédouaner d’éventuelles critiques sur les prix.

Quelques parts sur d’autres étals, les pains embaument le coin. De bons pains à base de farine de mil ou de maïs accompagnés de noix de cajou. D’autres sont cuits avec des compléments d’arachides grillés. D’autres encore sont à base de patate douce ou de fonio. Ces pains dorés qui donnent l’eau à la bouche sont à 250 F cfa la petite grosse miche, ou entre 700 et 800 F cfa la pleine baguette.

Au Sénégal, la culture biologique occupe une très faible place dans la production agricole.  La région de Thiès (75 km Est Dakar) où existent déjà un marché pour ce type d’agriculture et des resto bio, fournit l’essentiel de la production avec la Fédération nationale des agriculteurs bio (Fénab). Selon la FAO, le secteur  est l’un des plus dynamiques dans le marché mondial alimentaire. En effet, plus de 100 pays exportent Bio et le commerce international croît de 15 à 20% par an.

Cependant au marché du ‘’Clos Normand’’, l’environnement est bien préservé jusque dans les moindres détails. Dès son arrivée, le client se dirige vers la rangée de paniers d’osier. Là, point de sachets plastiques, ni papiers jetés à terre, encore moins des détritus de feuilles de légumes. Dans ce beau décor, un modeste rayon de livres vendus par Enda Pronat agrémente les emplettes. A la caisse, le client reçoit un joli sachet en papier kaki, en plus d’un formidable accueil plein d’amabilité et de familiarité.

Le ‘’Clos Normand’’ s’ouvre au Dak’Art et l’Environnement

Le Clos Normand est un club familial de coopérants français ouvert à Dakar depuis 1962.  Géré par des bénévoles français, le club est ouvert à tout le monde (Français comme Africains), à l’Environnement et à l’art. L’actuel président, Jean Claude Peyro  est un enseignant à la retraite depuis 20 et vivant à Dakar. Ses membres, qui  sont  bien engagés dans l’agriculture bio s’activent aussi sur des projets de développement durable aux côtés de paysans sénégalais qu’ils appuient. A l’occasion du Dak’Art 2014 (du 12 mai au 8 juin),  le Clos Normand avait ouvert des expositions OFF pour mettre en valeur les produits bio, annonce son président Jean Claude Peyro

Par Madieng Seck