TROIS AXES PRIORITAIRES POUR 2013 : L’immobilisme

Un an après son arrivée à la tête de son ministère, Abdoul Aziz Mbaye est un homme très décrié par les acteurs culturels ; et les résultats de sa politique ne sont pas vraiment au rendez-vous.

Ça ne bouge pas ! La culture tarde à retrouver ses lettres de noblesse. Depuis sa nomination au Ministère de la Culture, les observateurs ont été assez bienveillants sur la politique d’Abdou Aziz Mbaye. Attendant encore d’y voir plus clair et de juger sur pièces, l’homme a enchaîné les déclarations et autres discours pompeux. Ses discours sont peu profonds et son style, qui dérange parfois, ne s’inscrit pas forcément dans la lignée de son prédécesseur, Youssou Ndour, assez discret. Cependant, il est vrai qu’on juge aussi un homme sur son action, pas seulement sur ses déclarations ni son attitude. L’heure du bilan est maintenant venue pour le ministre Mbaye et il est malheureusement peu convaincant.

Certes, c’est avec Abdou Aziz Mbaye, que le Ministère de la Culture a véritablement décliné ses chantiers, avec la présentation de la politique culturelle voulue par le gouvernement de Macky Sall. D’ailleurs, c’est seulement en janvier 2013 que les grandes lignes du programme annuel ont été déclinées par le successeur de Youssou Ndour à la tête du Ministère de la Culture. Elles s’articulent autour de trois axes prioritaires, dont la mise en place de la société de gestion collective des droits d’auteur et droits voisins, la définition du statut de l’artiste et enfin la promotion et la valorisation de la diversité culturelle nationale. Pour cela, le Ministère de la Culture avait prévu de promouvoir la richesse et la diversité culturelles et s’assurer que les artistes vivent de leur création et de leur art. Pour le ministre Abdou Aziz Mbaye, il est nécessaire de «rendre l’environnement favorable à la création, et de renforcer la dimension économique, en rationnalisant les moyens et en évitant la dispersion des efforts financiers». Et tout cela promis pour 2013. Mais qu’en est-il à l’heure du bilan ? Que des paroles !

En réalité, cela fait des mois que les animateurs culturels en grève depuis son arrivée au ministère,  réclament son départ. Népotisme, abus de favoritisme, licenciements arbitraires…, nombre d’acteurs décrient le ministre et le monde de la culture sait désormais que les conseils d’administration et les conseillers techniques ne servent pas forcément à grand-chose ; que les bilans et projets n’ont plus de rapport avec les nominations strictement discrétionnaires ; que la diversité culturelle claironnée ça et là est un vulgaire discours. «Venez à notre secours. Président Sall, sauvez le Ministère de la Culture !», criaient récemment certains acteurs évidemment en désaccord avec le ministre Mbaye. Depuis lors, il est devenu indésirable pour nombre d’acteurs culturels. En témoigne la récente contestation de Mayacine Diop, pour qui la nouvelle société de gestion collective du droit d’auteur et des droits voisins n’est rien d’autre qu’un plagiat du Bureau sénégalais du droit d’auteur (Bsda). Même si, dès sa prise de fonction, Abdou Aziz Mbaye avait fait part aux acteurs culturels de sa «sincère» volonté de mener des politiques de nature à professionnaliser les métiers des arts, par la mise en place notamment d’un statut reconnu pour les artistes dans le Code du travail sénégalais, il n’en est encore rien. «Le statut des artistes va faire l’objet d’une adaptation au Code du travail pour les inclure dans le système. Nous voulons faire d’eux (les artistes) des travailleurs comme les autres», affirmait-il. Non sans défendre l’idée selon laquelle «il faut amorcer un début de la professionnalisation des métiers de l’art. Car les travailleurs des arts doivent être considérés comme des travailleurs normaux». Si cette initiative a donné beaucoup d’espoirs à de nombreux artistes, au finish, il n’y a aucun résultat concret. Que des paroles et un immobilisme déconcertant. Autre aspect : la mauvaise communication. Alors qu’il présentait ses fameux axes prioritaires le 09 janvier 2013, Abdou Aziz Mbaye promettait un nouveau site internet révolutionnaire du ministère, où toutes les actions seront diffusées en temps réel. Ce site web ne permet pas, aujourd’hui, de bien s’imprégner des actions et nombre de rubriques sont sous remplies ou ne sont qu’une sommaire littérature. Avec ces trois axes prioritaires pour 2013, l’immobilisme a été à son sommet et le monde de la culture aura perdu de précieux mois pour retrouver son impulsion tant attendue.

Pour l’heure, cette première année sous l’ère Macky, n’a pas connu d’évènements culturels majeurs, encore moins d’activités de loisirs… Les nouvelles autorités gagneraient donc à faire bouger les choses. Et pour cela, il ne faudrait pas oublier de revaloriser l’éducation artistique et culturelle et d’intéresser la société en rendant accessibles et en faisant circuler toutes les formes d’œuvres artistiques. Si ces premiers mois ont permis de jeter les bases d’une politique culturelle et d’afficher la volonté politique du gouvernement, l’heure est venue de traduire tout cela en actes… concrets !

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