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Top 10au Doing Business 2015 : Le Président Sall décuple la pression sur le gouvernement

Publié le 21 novembre 2014 par Fara SAMB

Après la publication le 28 octobre du rapport « Doing Business » 2015 par le Groupe de la Banque mondiale, classant le Sénégal parmi le Top 10 des réformateurs du monde (Top 5 Africain), la célébration a été de courte durée, puisque le gouvernement est exhorté par le Chef de l’Etat à aller gagner entre 10 et 20 places l’année prochaine. Soit donc faire autant en six mois (d’ici la fin des enquêtes pour l’édition 2016) qu’ils ont fait depuis le coup de…semonce présidentiel lors de la «veste» de l’année dernière quand le Sénégal se classait juste avant les 10 derniers (178ème sur 189 pays classés).

Mission accomplie !», pouvait simplement dire le Directeur général de l’Apix, qui s’était engagé lors d’une interview accordée à «La Gazette» à améliorer le classement du Sénégal. Puisqu’à l’annonce du classement annuel de la BM, d’aucuns parlaient d’un gain de 17 places par rapport à l’année dernière. Modeste comme le veut le «maître du jeu», M. Mountaga Sy a été le premier à mettre le bémol. «En valeur relative oui, mais en valeur absolue nous avons gagné 10 places», a-t-il précisé sur la RTS1. Un homme conscient, donc, que le vrai challenge vient de commencer. Dont acte ! D’autant que la nouvelle mission est aussitôt assignée par le président Sall qui a estimé, malgré tout, que « nous sommes encore parmi les derniers » en matière de climat des affaires. Pour gagner entre 10 à 20 places au classement 2016, le Premier ministre Mohammad Bou A. Dionne a aussitôt engagé tout le gouvernement à relever le défi, lors de la conférence de presse à quatre (Banque mondiale, Primature, ministère de l’Economie et des Finances, Apix) ouverte par leur hôte, Mme Vera Songwe, Directrice du Bureau de Dakar. Il pointait du doigt deux domaines où ça grince encore : l’énergie et le paiement des impôts et taxes, en insistant sur le rôle central du MEFP. Directement indexé dans sa spécialité qui est la fiscalité, M. Amadou Bâ a pris la balle au bond pour indiquer que l’Apix serait à leurs côtés. Et, réaction de Mountaga Sy, le soir même à l’émission «Le point» : les autres départements et l’Adie sont interpellés, l’Apix devant coordonner. Les responsabilités sont donc clairement situées, gestion de performance oblige. Sans oublier que Macky Sall a fustigé la corruption qui, dit-il, dans tous les pays, décourage l’investisseur. En indiquant la voie, avec la déclaration de patrimoine dont il venait de signer le décret d’application. Le formulaire étant disponible, il ne reste plus aux assujettis qu’à « aller le faire » pour gagner des places au DB et à l’indice Mo Ibrahim. A bon entendeur…!

La croissance inclusive comme credo

On aurait pu s’en arrêter là. Mais la lecture du DB est beaucoup plus complexe, et le Premier ministre Mohammad Dionne a insisté sur l’importance de la plateforme sous-régionale, en se félicitant notamment du fait que sur les cinq pays réformateurs africains, quatre appartiennent à l’espace UEMOA. Ce sont le Bénin, la Côté d’ivoire, le Sénégal et le Togo (dans cet ordre, indiquera le ministre béninois), à côté de la RDC pourtant classée 184ème sur 189 pays. C’est dire que l’analyse du rang global doit être plus fine qu’une simple lecture arithmétique. En effet, dans son entourage immédiat, même si le Sénégal (161ème) pointe derrière la Gambie (138ème), il faut retenir qu’il s’agit de deux économies totalement différentes (Banjul, port franc), puisque que ce voisin qui n’a grappillé que 6 places au classement le doit à des réformes sur la création d’entreprises et la protection des investisseurs minoritaires. Le Mali (146ème), en a fait de même, mais ce pays enclavé a perdu trois places au classement par rapport à 2015.
Comparativement, le Sénégal est champion sur le premier critère, avec un délai de création d’entreprise en 24 heures, réalisable grâce au guichet unique du BCE à l’Apix. Sur le second critère relatif aux investisseurs minoritaires, la leçon est importante et relève des réformes administratives et judiciaires à prendre. Dont acte ! Sans pointer du doigt la Guinée Bissau (179ème, soit un recul de 3 places), qui s’est débattue dans un climat politico-social délétère, il convient de relever que la Guinée voisine (169ème) fait du surplace, même si elle a engagé le chantier de la protection des investissements minoritaires. Au même moment, le Burkina Faso (167ème) qui était sur le même chantier a reculé de six places. Enfin, la Côte d’Ivoire qui pointe comme 3ème réformateur africain devant le Sénégal, a gagné 11 points au classement (de la 158ème à la 147ème) du fait de quatre réformes : création d’entreprises, obtention de prêts (par l’information sur le crédit), protection des investisseurs minoritaires, commerce transfrontalier. Le Sénégal ayant glané 17 points en tout, pour avoir mis en œuvre des réformes dans six des dix domaines, il semble que le DB mesure davantage les efforts consentis pour rendre le pays plus «Business friendly», comme disent les anglophones. D’où l’importance de cibler autant le secteur de l’énergie et l’accès au droit de propriété, que les cinq sous-critères qualitatifs qui seront affinés l’année prochaine.

La BM vise la convergence dans les «best practices»

Réagissant au cours de ce qu’elle a appelé une « célé-vision » réunissant également, par la magie des outils TIC, les trois Premiers ministres (Sénégal, RCI, Togo) et le ministre béninois du Développement, Mme Saran Kenet-Koulibaly, la Directrice Afrique de l’Ouest de la Société financière internationale (CFI), avait auparavant rehaussé le débat au niveau sous-régional, en saluant l’avènement d’un droit commercial moderne avec la réforme de l’OHADA. Puisque, selon elle, le «Doing Business» promeut un environnement des affaires simplifié, transparent et peu coûteux, gage d’une croissance économique solide en faveur d’un secteur privé fort, dynamique et capable de créer des emplois. Un credo qui a été au cœur des propos liminaires du Sénégalais Mohammad Dionne, notamment en direction des jeunes. Réagissant parallèlement depuis le siège de la Banque mondiale à Washington, le Directeur du Global Indicators Group, M. Augusto Lopez-Carlos, a salué les avancées notées dans ce 12ème rapport du DB et, notamment en tenant compte des innovations de l’année 2015, dont les indicateurs sur la seconde ville commerciale la plus importante dans les 11 pays du monde où la population dépasse 100 millions d’habitants et sur la distance à la frontière. A partir d’un score de un à 100, ce dernier critère est calculé « en fonction de la proximité de la réglementation des affaires aux meilleures pratiques mondiales ». De sorte qu’un score plus élevé indique un environnement d’affaires plus efficace et des institutions juridiques solides, note la BM. Tout se tient donc puisque, globalement, ces nouveautés ont permis une analyse plus fine de l’impact des mesures d’amélioration du climat des affaires. Dans la même lancée, après trois critères affinés cette année sur les dix, le DB envisage d’élargir l’étendue des données sur cinq autres critères en 2016. Parmi les innovations, M. Augusto Lopez-Carlos indique que l’indicateur relatif au raccordement à l’électricité va être renforcé avec des données sur la qualité, la régularité et la fiabilité de sa fourniture et celui sur le transfert de propriété par le critère de sécurisation des transactions et des titres. Selon lui, la BM vise in fine la convergence au niveau mondial. Et sur ce point, l’économiste a félicité les gouvernements des pays de l’Afrique subsaharienne pour les efforts soutenus qui y sont consentis. Un avis partagé par le Premier ministre sénégalais qui prône une convergence dans notre plateforme régionale, en saluant celle qui existe déjà dans notre espace communautaire immédiat, 4 pays du Top 5 africain venant de l’UEMOA. Ce n’est pas peu, au moment où l’actualité dans la CEDEAO est au tarif extérieur commun (TEC) qui entre en vigueur dès janvier 2015, dans le sillage de l’Union douanière.

D’importantes marges de progression

e secteur de l’énergie est le premier domaine ciblé par les économistes de la Banque mondiale, autant que par les autorités sénégalaises. Le Premier ministre Mohammad Dionne l’a clairement annoncé à l’issue de la vidéo conférence : «nous allons continuer à renforcer notre engagement en matière de réformes, qu’il s’agisse de l’énergie, on a vu qu’il y a véritablement des axes de progrès à réaliser. Car au-delà du coût, on parle maintenant de disponibilité». Une déclaration qui revêt tout son sens dans le contexte actuel où les délestages sont tels que le directeur général de Senelec a été obligé de monter au créneau sur la RTS1. Alors que l’ancien Premier ministre, Aminata Touré, récusait l’idée que la privatisation soit la bonne formule. «L’électricité est un secteur sensible, je dirais même social», défendait, dans une interview avec « l’Observateur » du 29 octobre, celle qui vient d’être distinguée à Genève du prix Crans Montana. Les chantiers du mix énergétique annoncé devront donc compter double, cette année.
De même, comme axe de progrès, «ce sera bien entendu le paiement des impôts et taxes, la fiscalité intérieure», a dit, mercredi, son successeur. Se félicitant des avancées qu’il attribue à la mise en œuvre du PREAC (Programme de réforme de l’environnement des affaires et de la compétitivité), Mohammad Dionne d’insister sur le fait que le Sénégal a engagé le chantier du Plan Sénégal émergent (PSE), tout en maintenant sa vision d’une croissance inclusive. D’où le renforcement envisagé de la Couverture maladie universelle (CMU) et des bourses familiales, alors qu’il n’est pas question de peser sur le déficit public.
De fait, nombre de critères qualitatifs inscrits aux innovations du DB touchent la sécurisation et la qualité des transactions et des paiements. Le Sénégal qui est pionnier dans la dématérialisation des procédures n’aura sans doute qu’à pousser à la roue. Il en ira cependant autrement pour «la question foncière et la sécurité judiciaire», domaines où les chantiers sont encore largement ouverts, selon Mme Saran Kenet-Koulibaly de l’IFC. D’ailleurs, selon Mme Vera Songwe du Bureau de la BM, «des défis restent à relever, notamment dans les domaines de la justice, du budget unique, du foncier, de la fiscalité». Last but not least, Macky Sall a insisté sur la lutte contre la corruption. Autant dire que la marge de manœuvre existe. Même si, 10 à 20 points, c’est énorme. Croisons les doigts !

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