Classé dans | International

Sommet de la Francophonie et Sécurité : Alerte rouge

Publié le 17 novembre 2014 par Pape Amadou Fall

Le Sénégal est en alerte maximale au plan sécuritaire en prévision du prochain sommet de la Francophonie. Cible des terroristes depuis son intervention au Mali, le Sénégal met en œuvre le plan « Karangué » et peut compter sur la coopération internationale pour faire face aux menaces. Mais avons-nous les moyens d’annihiler cette hydre ?

Les services français de sécurité ont alerté les autorités sénégalaises s’agissant de menaces qui pèseraient sur le sommet de la Francophonie de Dakar. La cible est trop belle pour ne pas susciter d’envie chez les terroristes. Des 77 pays partageant la langue française, la plupart seront représentés par leurs chefs d’Etat. Une belle opportunité pour les groupes terroristes de se donner de la visibilité et de faire mal. Dakar est donc une zone à risques car se situant dans un cercle de feu. Cerné par le Mali qui se débat contre Aqmi, le Nigéria où sévit Boko Haram pour ne citer que les groupes terroristes les plus en vue. Des menaces bien connues des autorités sénégalaises qui veulent se donner les moyens de faire face. Malgré la mutualisation des forces de sécurité qui sont logées à la présidence de la République, les questions demeurent sur les capacités du Sénégal à faire face à la menace terroriste. Les frappes qui ont atteint les Etats-Unis en septembre 2001, les attentats qui ont eu lieu dans la capitale du Kenya, sont très présents dans les esprits. La capitale sénégalaise serait une base stratégique pour des terroristes qui en auraient fait un centre opérationnel, nous a informé un haut gradé de la police qui aurait requis l’anonymat.

Sécurité discrète

« Le Sénégal est donc en alerte maximale sur l’ensemble de son territoire national ; mais, pour l’heure, il n’y a rien à signaler », a révélé le commissaire divisionnaire Amadou Lam, lors d’une rencontre avec les patrons de presse, samedi dernier. A un mois du sommet de la Francophonie qui se tiendra à Dakar, les 28 et 29 novembre prochains, endiguer les menaces terroristes est une préoccupation majeure des autorités sénégalaises. Le commissaire divisionnaire Amadou Lam, membre de la commission sécurité du sommet, révèle cependant que les services de renseignements sont sur le-qui-vive pour éviter toutes mauvaises surprises.
M. Lam n’aura livré que l’essentiel des informations sur la situation sécuritaire du Sénégal à un mois environ du sommet de Dakar. On ne pouvait attendre plus de sa part. La sécurité est une question taboue, elle est présente mais plus elle est invisible, plus elle est efficace. Depuis plus d’un an, la mobilisation est quasi générale au Sénégal. Le dispositif anti-terroriste, pour ne pas dire anti-djihads, est permanent à la suite des attaques perpétrées au Mali et l’environnement difficile dans lequel le Sahel est plongé à cause du terrorisme est suffisamment prégnant pour interpeller les forces de sécurité. Les Dakarois ont pu voir au moment le plus fort de la menace terroriste au Mali, des brigades mixtes police-gendarmerie positionnées dans certains coins de la capitale sénégalaise. Une démarche dissuasive fortement appréciée et maintenue depuis lors. Cette conjonction des efforts pour juguler toute présence terroriste au Sénégal a jusqu’ici été efficace. L’alerte est extrême au niveau des frontières et quelques interpellations ont été annoncées. « Nous savons que nous sommes une cible», avait reconnu le ministre des Forces armées lors de son passage à l’Assemblée pour éclairer les députés sur les développements de la situation au Mali. Le ministre Augustin Tine avait révélé que «tous les cantonnements militaires sont très bien organisés pour faire en sorte qu’on ne puisse pas nous y frapper. Tous les points sensibles du pays, que je me garderais de citer, sont très bien défendus». Les représentants des délégations étrangères ont été rassurés par le délégué général à la Francophonie, Jacques Habib Sy, lors de la visite du site devant abriter le sommet : ‘’Dans les airs, sur mer et sur terre, la sécurité sera de mise avec un dispositif important pour veiller à toute éventualité. La sécurité, moins on en parle, mieux c’est. Mais sachez que le Sénégal a consenti d’énormes efforts pour sécuriser les chefs d’Etat, les chefs de délégation et l’ensemble des participants’’, a assuré Jacques Habib Sy. La conjonction des événements a mis sur le pied de guerre la police et la gendarmerie sénégalaise depuis quelques années. C’est ainsi que la police sénégalaise a lancé l’opération de sécurisation appelée « Karangué » depuis l’année dernière. Elle doit durer trois ans.
La montée du terrorisme en Afrique de l’ouest, particulièrement dans la bande du Sahel avec l’installation des forces terroristes, a été rapidement prise en charge au Sénégal appuyé par la France. Alors que l’Union Africaine interpellait ses pays membres sur la nécessité de mettre en place un mécanisme africain de coopération policière (AFRIPOL). L’érection de cette structure avait été entérinée par la 25ème session ordinaire du Conseil exécutif de l’UA, tenue à Malabo du 20 au 24 juin 2014 ; ainsi que la tenue, à Addis Abéba le 2 juillet 2014, de la première réunion du Comité ad hoc d’AFRIPOL. Le Conseil a souligné lors de cette rencontre « l’important rôle attendu d’AFRIPOL dans le renforcement de la coopération entre les États en matière de police, en vue de relever les différents défis liés au crime transnational ».

Menace permanente

L’Afrique est sous la menace terroriste depuis des années. De la piraterie dans la corne de l’Afrique, le trafic de drogue, le blanchiment d’argent, le trafic des humains et, aujourd’hui, le terrorisme islamiste qui s’étire sur une large bande du Sahel à l’Ethiopie. Le terrorisme a des couleurs multiples dont la dominante est le sang des citoyens et la psychose des attentats. Boko Haram au Nigéria, Aqmi au Mali et d’autres groupuscules hantent l’esprit des populations et traumatisent les autorités. Des menaces auxquelles les Etats africains font face difficilement. Une partie du Sahel est aux mains des terroristes et les experts en lutte contre le terrorisme affirment que le combat contre ce monstre hideux sera long et difficile.

C’est dans ce contexte que la France a décidé de faire de Dakar le Pôle de coopération stratégique du dispositif français dans la lutte contre l’insécurité et le terrorisme en Afrique de l’Ouest. Lors de son dernier voyage à Dakar, Jean Yves Le Drian, ministre français de la Défense, avait indiqué : «Nous souhaitons que ce soit à partir de Dakar et de Libreville au Gabon que se fasse la stratégie du commandement d’anticipation pour le contrôle du périmètre régional. C’est à partir d’ici que se fait la coopération et c’est également à partir de Dakar que se préparent sur l’ensemble de la région les interventions si nécessaires». Pour Yves Le Drian, la présence française est garantie, maintenue et renforcée qualitativement. Son souhait a été que ce soit à partir du Sénégal avec la coopération qui existe entre nos deux pays et les bases militaires qui existent ici. Depuis avril 2012, Dakar et Paris sont liés par un nouvel accord de coopération militaire qui institue les Eléments français au Sénégal (Efs) et remplace celui de 1974. Les 1200 militaires qui composaient les anciennes Forces françaises du Cap-Vert ont fait place aux Eléments français au Sénégal avec un effectif de 350 hommes. La nouvelle convention entre Paris et Dakar ne prévoit plus que la France intervienne pour aider le Sénégal en cas d’agression extérieure ou de crise armée interne. Il s’agit d’une relation d’échange d’informations concernant les menaces à la sécurité dans la sous-région et au plan international. Sans oublier le volet formation des soldats sénégalais par les militaires français présents au Sénégal. La France a également signé un Plan d’action de lutte contre le terrorisme (Pact). Un projet dont l’objectif est d’anticiper le risque terroriste par la mise en œuvre d’obstacles à l’action terroriste, en améliorant la recherche et l’administration de la preuve par l’emploi de techniques d’investigation modernes. Le Pact conçu à partir de Dakar est d’un coût de 460 millions de francs Cfa, financé par le Fonds de solidarité prioritaire du ministère des Affaires étrangères, a été «conçu au Sénégal dans un dialogue et une concertation permanents avec les différents services». Il vient compléter d’autres projets, notamment le projet d’appui à la modernisation de la police sénégalaise qui est un plan généraliste pour la police. «Il a déjà bien préparé le terrain à la Police nationale pour cette action de coopération», confie l’ambassadeur. Il faut aussi souligner que le Pact vient également compléter le projet : Justice et Sécurité au Sahel. Un programme qui réunit la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Bénin et désormais le Sénégal.

Ecrire un commentaire

Advertise Here
Advertise Here

Les Editos

SITES AMIS