La pluviométrie du Sahel est régie par la mousson de l’Afrique de l’ouest. La mousson peut être schématisée comme le renversement saisonnier, à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, des alizés qui prennent une direction sud-ouest permettant ainsi l’apport de l’humidité de l’Océan vers le continent et par suite le développement de systèmes pluvio-orageux.
La mousson est caractérisée par une forte variabilité à plusieurs échelles : à l’intérieur de la saison, d’une année à une autre, d’une décennie à une autre. Ces variations sont gouvernées par des phénomènes et mécanismes aussi bien au sein de la sous-région qu’au niveau des zones plus lointaines (Méditerranée et moyennes latitudes, Océan Indien, Océan Pacifique).
Durant les mois de juin et juillet, les configurations atmosphériques et au des températures de surface de la mer, permettant une bonne pénétration de l’humidité, de l’Océan Atlantique vers le Continent, n’étaient pas bien établies.

Egalement, le début de l’hivernage coïncidait avec un évènement El Niño qui s’est affaibli ces dernières semaines. El Niño qui trouve sa source dans le Pacifique se manifeste par un réchauffement anormal à l’Est de ce bassin avec une fréquence de deux à sept ans. Il occasionne des variations interannuelles du climat à l’échelle du globe. Pour le Sahel, El Niño a comme impact la baisse de la pluviométrie.
L’Hivernage 2014 a été marqué par un retard sur l’installation effective de la pluviométrie presque partout dans le Sahel avec une prééminence plus marquée dans le Sahel Ouest, y compris le Sénégal.
C’est ainsi que la plupart des régions du pays, excepté l’Est et une partie du Sud, ont connu, un retard marqué des premières pluies significatives (seuil de 20mm en trois jours consécutifs). Certaines régions du centre-ouest à vocation agricole ont même connu des retards de plus d’un mois.
Il a été également noté des pauses pluviométriques relativement importantes après les premières pluies significatives dans les régions du Sud et du Nord.
La situation pluviométrique des mois de juin et juillet de la saison 2014 est inédite au moins pour les deux dernières décennies. En la comparant avec l’année la plus sèche des deux dernières décennie, 2002, et l’année 2013 qui est plutôt normale mais avec une longue pause dans la deuxième quinzaine du mois de juin, il apparait que l’année 2014 cumule rareté, retard et recul des pluies pour les mois de juin et juillet .

Les configurations propices au développement des systèmes pluvio-orageux n’ont été bien établies qu’à partir du début du mois d’Août. Ainsi, des évènements notables ont permis, à partir de la deuxième décade du mois d’Août, de bien arroser l’ensemble du pays avec même des fortes pluies ayant occasionné des dégâts mineurs notées par endroits.
Cependant, la situation pluviométrique reste globalement déficitaire au 31 août sur une bonne partie du pays comme le montre la figure 2 ci-dessous. Les déficits les plus marqués concernent l’axe Dakar-Saint-Louis avec une extension dans le centre ouest et la région de Kolda. Il faut noter que cette figure ne donne pas une indication sur la répartition des pluies pendant la saison. Ainsi le département de Louga se situe dans une fourchette tendant vers la catégorie « normale » alors qu’il n’a reçu les premières pluies significatives que le 19 Août mais avec un cumul important (70 mm).
La question qui se pose maintenant concerne la date de la fin de saison 2014.

L’analyse statistique des dates de fin de saison des pluies sur une période de trente ans montrent que les dates moyennes de fin de l’hivernage dans la partie Nord et à Dakar se situent dans la dernière décade du mois septembre. Dans la partie Centre, de Goudiry à Mbour, en passant par Koungheul, Kaolack et Fatick, les dates moyennes statistiques de fin de l’hivernage se situent dans la première décade du mois d’octobre. C’est dans les départements de Tamba, Nioro et les régions situées au sud de la Gambie, que les dates moyennes de fin de l’hivernage peuvent aller jusqu’à la fin du mois d’octobre. Il faut noter que ces données sont des moyennes et connaissant une grande variabilité d’une année à une autre.

Les limites de la prévision météorologique et climatique ne permettent pas de prédire la date exacte de fin de saison des pluies plusieurs semaines ou mois à l’avance.
Par contre, les analyses statistiques permettent de donner des probabilités d’avoir des pluies au-delà d’une certaine date. Ainsi, les probabilités d’avoir des pluies dans la partie Nord du pays au delà du 05 octobre sont de 20%, de moins de 1% au-delà du 10 octobre. En revanche, dans la région Sud, les probabilités sont de 100% au delà du 05 octobre, de 90% au-delà du 15 octobre, 50% au delà du 20 Octobre et de moins de 20% au-delà du 31 octobre.
La carte ci-dessous (Fig. 3) donne les dates moyennes de fin de saison des pluies dans différentes localités du pays :

Il faut noter que nous sommes dans un contexte de changement climatique et les variations sur le début de la saison des pluies, sur la distribution des pluies et sur la fréquence des évènements extrêmes seront accrues.
Les travaux de recherche récents ont montré que les projections des modèles climatiques pour le 21e siècle sur le Sahel indiquent, avec un degré de confiance élevé, une tendance à la baisse de la pluviométrie au début de la saison et une tendance à la hausse en fin de saison. Cependant, il est important de noter que les projections fournissent une tendance générale qui est sujette à des variations d’une année à une autre.
Une analyse avec les données météorologiques historiques de l’ANACIM permet de voir dans quelle mesure les résultats de recherche sur les changements du cycle de la pluviométrie à l’échelle du Sahel s’appliquent sur le Sénégal.

Au niveau du Sénégal, les analyses climatologiques en différentes localités pour les périodes 1961-1990, 1971-2000, 1981-2010 n’indiquent pas vraiment une tendance au décalage de la saison des pluies. Cependant, une analyse comparative plus fine de la différence des quantités de pluie mensuelles entre la moyenne des trois dernières années (2011-2013) et la récente normale (1981-2010) pour les mois de juin à octobre. (Fig. 1-ci dessous), montrent que :
Pour les mois de juin la tendance à la baisse de la pluviométrie est nette.
Pour le mois de juillet, la tendance à la baisse prédomine, néanmoins avec des tendances à la hausse aux extrêmes sud-est, sud-ouest et nord.
Pour le mois d’août et septembre, la tendance à la hausse de la pluviométrie est notée partout, notamment pour la région de Dakar qui connait des phénomènes extrêmes (inondations) durant cette période.
Pour le mois d’Octobre, c’est la tendance à la baisse qui se dégage, néanmoins le centre-ouest et l’extrême sud-ouest connaissent des mois d’octobre plus pluvieux pour la quasi-totalité du pays.
Ainsi, nous pouvons conclure à une tendance au raccourcissement de la longueur de la saison de manière générale et une tendance au décalage de la saison dans le centre-ouest et l’extrême sud-ouest. Pour pouvoir confirmer ces changements dans le cycle pluviométrique, il faudra que les tendances observées se confirment sur plusieurs années.

Source : Anacim