Silaba

« Silaba » qui signifie Boulevard en langue Mandingue, c’est la dénomination de la troupe de Pikine qui vient de participer à la 9ème édition du Festival International de danses et d’arts scéniques de Pékin, où les jeunes de Tally Diallo ont dignement représenté l’Afrique à ces joutes culturelles.

Il est vrai que quelques jours avant leur départ, des élus locaux, des parents et de nombreux acteurs culturels, avaient organisé une cérémonie d’au-revoir dans l’enceinte de la Mairie de Pikine. Pour non seulement communier avec la troupe, mais surtout encourager ses membres et les exhorter à représenter le continent dans la dignité et le fair-play. L’accent avait longuement été mis sur la nécessité de veiller en tout temps et en tout lieu sur la conduite des uns et des autres en terre chinoise, pour éviter que le Sénégal et l’Afrique soient écorchés par le fait d’un comportement, d’une tenue ou d’un geste incommodant.

C’est ainsi que le drapeau national avait été remis à la troupe par le Maire de Pikine ; qui a lancé un appel au civisme, au courage et à l’honnêteté, pour que le séjour de nos « ambassadeurs » soit irréprochable en Chine.

Au terme du festival, la troupe est retournée dans son fief de Tally Diallo, avec comme un butin de guerre un trophée jalousement gardé dans une mallette. Amis, parents et sympathisants viennent par petits groupes contempler ce trophée qu’à chaque visite l’on sort avec fierté pour le présenter aux curieux, qui le caressent et le secouent comme pour avoir une idée du poids ou du design.

Bocar Djiba, le président de Silaba, se dit satisfait que la troupe ait obtenu son premier trophée international qui, à n’en pas douter, constitue un réconfort moral pour tous et va davantage pousser tout le monde au travail pour permettre à Silaba de faire d’autres conquêtes et de mieux se faire connaître à l’échelle internationale. « Nous sommes conscients de notre statut d’enfants de la banlieue. Et nous qui avons choisi de vivre de l’art, sommes persuadés qu’il nous reste un long chemin à parcourir avant d’atteindre le sommet », explique le président. Selon lui, la troupe va serrer les rangs et continuer à travailler dans le sérieux pour l’internationalisation de son talent, mais tout ceci dans le calme et la plus grande sérénité. « Parce que ce trophée que nous avons conquis de haute lutte ne doit pas nous pousser à l’autosatisfaction mais à nous remettre en cause et à travailler plus dur », déclare le président.

Le Silaba c’est l’ancêtre de « Ninkinanka » une troupe théâtrale essentiellement mandingue, mise sur les fonts baptismaux par le gendarme à la retraite Bakary Cissokho, un disciple du virtuose Soundioulou Cissokho, dont il épousa la fille aînée.

« En réalité, c’est courant 2006 -2007 que Bakary a ouvert la troupe à toutes les ethnies, peu avant d’être rappelé à Dieu », raconte Bocar Djiba, le président de la troupe. Mais le décès de leur mentor a donné un second souffle à la troupe, qui a cru en ses chances et continué à travailler dur, ce qui lui a permis de participer honorablement au Festival « Contes et Paroles de Gorée » et à la première édition du Festival « Kaay Fecc ».

Outre ses 15 membres établis à l’étranger et qui, chaque fois que de besoin, peuvent rejoindre le reste du groupe, ce sont 30 éléments qui sont restés au pays, à savoir 20 garçons tous célibataires et 10 femmes dont trois mariées.

« Mariama » une de leur danses fétiches, est relative au mariage forcé qui de nos jours est puni par la loi. Mais grosso modo le spectacle est bâti sur le théâtre corporel sans parole et avec la mimique, les faits, gestes et le rythme endiablé mais évolutif, dont la mise en scène porte notre empreinte indélébile. On en redemande toujours.

« Le geste étant un langage universel, dans tous les pays du monde, les différents publics n’éprouvent aucune peine pour apprécier, comprendre et déguster nos spectacles », raconte M. Djiba. Pour lui, il n’y a pas de sot métier, l’essentiel est d’exceller dans son travail et de laisser un jour une œuvre grandiose capable d’inspirer d’autres générations de jeunes. Pour que celles-ci ne tombent jamais dans l’oisiveté, cette mère de tous les vices.

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