Le premier président de la Cour des comptes a livré ce 25 août son rapport pour l’année 2O12 faisant état de graves dysfonctionnements qui interpellent autant le premier magistrat du Sénégal que l’Assemblée nationale dans son rôle de vérificateur final de la bonne gestion du patrimoine commun. Leçons de transparence pour l’exigence populaire d’une gouvernance vertueuse.

Violations du Code des marchés, opacité de gestion, malversations… ! Si on peut dire qu’il n’y a là rien de nouveau, la réflexion doit s’orienter aujourd’hui (à l’ère des ruptures) vers les mesures rectificatives pour sanctionner les fautifs et éviter à l’avenir les graves comportements relevés. En effet, ceux-ci n’épargnent pas des administrations très sensibles, du fait de leur caractère à incidence économique (le ci-devant FPE et la SAR) ou sociale (le commissariat général au pèlerinage à la Mecque, le Programme national de lutte contre le paludisme, le Centre des œuvres universitaires de Dakar). Sans compter nombre d’administrations, de collectivités locales et d’entreprises et projets publics, cités par l’APS le 27 août.

Entre redressement et sanctions

Ne serait-il pas utile dès lors de corriger le plus urgent, voire ce qui peut l’être à moindres frais : les mécanismes garantissant la transparence. Car devant le pire exemple d’une société anonyme comme la SAR (au capital d’un milliard de FCFA), les violations du Code des marchés publics ne devaient plus être qu’un vieux souvenir depuis l’évènement de l’ARMP à côté de la DCMP. Comment expliquer en effet qu’on ait pu régler entièrement pour 31 milliards FCFA ( !) une commande de pétrole diluée d’eau et ce, en faisant fi des alertes des techniciens ? Qui sont les fautifs ? Qu’est-ce qui sera fait à leur encontre ? Au Coud, outre des subventions fantaisistes, la Cour des comptes a relevé des paiements par des sources non reconnues par l’agent comptable, des dépenses sans base juridique et sans aucune pièce justificative et des recrutements abusifs à tour de bras. Le ci-devant Fonds de promotion économique a trempé continuellement dans les micmacs, la cour dénonçant un laxisme innommable dans le suivi des financements consentis aboutissant, par exemple, à la non-justification d’un écart de plus d’un milliard FCFA au profit d’une entreprise privée. Oui, nous sommes bien au Sénégal où la rareté des ressources a causé d’importants dommages (cas des bourses des étudiants), les difficultés de trésorerie coulé bien des projets et la lourdeur de la dette des hôpitaux causé des situations dramatiques. Les contribuables attendent désormais des correctifs. D’autant qu’en décidant de créer, au sein du cabinet présidentiel, une commission d’évaluation des politiques et programmes publics, le chef de l’Etat ambitionne que celle-ci « s’assurera que notre système de contrôle reste en adéquation avec l’évolution des modalités de la gestion publique et permettra à la fois de sanctionner les irrégularités et de mesurer l’efficacité des interventions », tel qu’il l’a dit au micro de la télévision nationale. C’est aussi la préoccupation de l’Assemblée nationale –vérificateur suprême-, exprimée par son président Moustapha Niasse qui a eu en direction du premier président de la Cour Mamadou Hady Sarr, à l’heure du dépôt dudit rapport, ces mots solennels : « vous veillez à la sauvegarde du patrimoine public, à l’optimisation des ressources disponibles, à la régularité et à la sincérité des opérations effectuées sur les finances publiques ». Avant de reconnaître que la transparence est même une exigence populaire pour une gouvernance vertueuse qui ne saurait laisser passer pour pertes et profits certains manquements et fautes de gestions. Attendons le rapport 2013 déjà bouclé et annoncé dans les prochains jours.


EMERGENCE : changer de paradigmes

« 20 milliards d’Euros pour le développement du continent ». Cette annonce du président François Hollande a sans doute apporté du baume au cœur des administrations nationales confrontées à la rareté des ressources. Mais au moment où l’aide publique au développement (APD) ne cesse de se resserrer, jusqu’à tomber en-deçà du niveau des transferts des émigrés, une telle manne (13 920 milliards FCFA) semble sortir du chapeau d’un prestidigitateur.  Que non ! Le président français faisait allusion à l’ensemble des interventions attendues du secteur privé français en faveur des projets bancables en Afrique. Ce qui suppose d’abord que la majeure partie des fonds annoncés ira aux investissements productifs, lesquels impliquent le respect d’un ensemble de règles de bonne gestion et de transparence, en commençant à un bon climat des affaires de classe internationale. C’est dire que l’argent sera là, mais qu’il faudra adopter des pratiques vertueuses et conformes aux standards internationaux. Et c’est justement là qu’un spécialiste et non des moindres a tenu à attirer notre attention au cours d’une interview reprise par Africable. Prônant un changement de paradigme, le Président de la Banque Africaine de développement (BAD) M. Donald Kabéruka rame à contre-courant de la tendance à se comparer à la Chine ou au Brésil. Il estime que l’Afrique doit plutôt se regarder elle-même, par rapport à ce qu’elle a été hier et à ce qu’elle est devenue. Il s’agit selon M. Kabéruka, non plus de dire que tel pays était au même niveau en telle année, mais de se demander quelles avancées avons-nous accomplies et de se mettre à la tache pour améliorer les performances du continent. Un tel changement de paradigme est de nature à bouleverser bien des prévisions, la plupart de nos dirigeants s’étant mis depuis belle lurette à lorgner du côté des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ou de se dire que la Corée et le Japon n’étaient pas mieux lotis en 1945. Sans réellement se reprocher de n’avoir pas fait mieux, sinon autant. Au travail donc  en nous concentrant sur nos propres forces et faiblesses !

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