Le numéro un socialiste n’a rien du leader charismatique capable de conquérir des électeurs en fuite, mais il rassure la maison socialiste. 

Ousmane Tanor Dieng est un personnage singulier. Sans avoir l’air d’y toucher, il a réussi son tour de force : se succéder à la tête de la formation socialiste. Depuis 1996, il est le maître, contesté, de la maison verte. OTD  a un défaut : il manque de magnétisme. C’est un fonctionnaire carriériste rattrapé sur le tard par une ambition politique. L’homme a été propulsé au-devant de la scène politique après le décès du tout-puissant, Jean Colin, ancien ministre d’Etat et ministre d’Intérieur. Quand Dieng démarre sa carrière, en 1976, comme conseiller au ministère des Affaires étrangères, il se destine à une tranquille carrière de diplomate, loin des miasmes de la vie politique sénégalaise. De cette vocation ratée, est né ce détachement et ce dédain pour la querelle politique, qui caractérise le natif de Nguéniène.

Une légende tenace raconte que Senghor l’aurait tiré de son bureau mal éclairé et encombré de paperasse du ministère des Affaires étrangères, pour en faire son conseiller diplomatique. Le président poète aurait flashé sur la qualité de sa plume. Ce qui est certain c’est que Tanor, raconte un proche, est un esprit méthodique, cartésien et économe. Il est doué d’une rare capacité de synthèse. Il est capable de bachoter un document gros comme un dictionnaire et de le réduire en deux feuillets maximum. Ce talent séduit Diouf au point d’en faire le directeur du cabinet présidentiel puis le ministre d’État, chargé des services et des affaires présidentiels. C’est alors que le commun des Sénégalais découvre ce technocrate réservé aux costumes sombres et aux lunettes claires. «Son image est intimement liée à celle d’un pouvoir socialiste, décadent,  largement déconsidérée dans l’opinion publique,  et cela lui colle encore à la peau », observe un analyste politique.

Tanor, devenu tout puissant ministre d’Etat, est très vite dépeint comme un  homme «arrogant et autoritaire». Il a beaucoup souffert de ces qualificatifs peu flatteurs.  Derrière son discours laconique et ses manières sobres, se cache  pourtant, selon ses proches, un « homme poli et affable ». D’ailleurs, c’est une fois passé dans l’opposition que Tanor se révèle être un homme mesuré, courtois jusqu’à dérouter ses adversaires politique. Pas un mot plus haut que l’autre. En réalité, résume un observateur, « Tanor n’a jamais réussi à être un politicien au sens plein du terme».  Il a du mal à sortir de son costume de technocrate. OTD n’a ni la langue de bois consumé des hommes politiques, ni leur esprit démagogue. Le discours républicain lui colle à la langue. Le mauvais côté des choses, c’est qu’il n’a rien du leader charismatique capable d’électriser les foules.

L’hypothétique grand soir

C’est l’ancien président de la République, Abdou Diouf, qui a poussé Tanor Dieng à  descendre sur le terrain politique et mouiller le maillot. Diouf l’encourage à militer à  la base. Il intègre le Bureau politique du Ps en 1988, année où son mentor est sérieusement malmené par le Sopi. En 1995, il est élu secrétaire général de la coordination départementale de Mbour. Mais, moins de dix ans après l’acquisition de la carte du Parti, Tanor prend  les pleins pouvoirs.  Le fameux  congrès de  mars  en 1996, l’adoube.  Ce fils cadet, intronisé chef de famille, pousse Djibo Kâ à quitter « la maison du père ». Avec le recul, le constat est quasi unanime : si Diouf a fait un casting efficace en confiant à Tanor les clés de son cabinet, il a, en revanche, fait un contre emploi en voulant faire de lui un leader politique. Tanor n’a jamais réussi à susciter l’affection populaire. Sa dégringolade électorale est éloquente : de 13, 56% en 2007, Tanor a encore chuté en 2012 avec 11,30%.

Ses principaux détracteurs lui reprochent d’avoir transformé le Ps, jadis tout puissant parti-Etat, en un parti-souteneur, noyé dans la mouvance présidentielle. Un sacré coup porté à l’orgueil socialiste !  L’ex-trublion du Parti, Malick Noël Seck, dénonçait jadis « l’impopularité de son chef, son manque de leadership et son absence dans les régions au profit de ses séjours à Dakar et à Paris ». Dans les rangs des militants, personne n’est assez dupe pour attendre le grand soir sous l’ère Tanor. Mais le  Ps, en tout cas pour ce qu’il en reste, est une «fabrication»  estampillée « OTD ». L’homme a  remodelé le parti à son image. Il a surtout placé ses hommes à la tête des différentes coordinations.

Après sa prise de pouvoir en 96, Tanor a renouvelé le personnel politique socialiste et poussé les mammouths à la sortie. Il est aujourd’hui symbolique que, c’est un pur produit de la refondation «Tanoriste», Aïssata Tall Sall,  qui se « rebelle » contre son ancien mentor. Mais le Ps est un parti conservateur. Finalement qui mieux que  Ousmane Tanor Dieng incarne ce parti ancré dans ses traditions formalistes, où l’on se sert, sans rire du «camarade» et délibère des structures aux accents caduques appelées Bureau politique, Comité central. Ces comités, hérités du bureaucratisme soviétique, qui vont assurer à Tanor, un score Brejnévien au congrès des 6 et  7 juin.