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SAID MBOMBO PENDA, AUTEUR DU Documentaire sur la crise ivoirienne : «J’étais animé par la volonté de dévoiler de grossiers mensonges du régime Gbagbo»

Publié le 04 mai 2014 par Godlove Kamwa

A l’occasion des masters class sur le cinéma qui se sont achevés samedi dernier à l’institut supérieur de l’information et de la communication (Issic), le réalisateur du film « Laurent Gbagbo: despote ou anti-néocolonialiste… Le verbe et le sang», Said Mbombo Penda, censuré au Cameroun, a expliqué que l’ancien président Laurent Gbagbo n’est pas celui qu’il prétend. Il l’accuse d’avoir exacerbé les tensions; renforcé l’exclusion, et trompé l’opinion par des discours anti-occidentaux loin de la réalité. La gazette a profité du séjour de l’auteur  au festival ciné droit libre pour évoquer son enquête, déjà objet de critique pour les inconditionnels de l’ancien président.

Pourquoi un film à charge contre Laurent Gbagbo ?

Autant vous dire d’entrée que ce n’est pas mon film qui est à charge contre Laurent Gbagbo, mais ce sont bien plutôt les faits qui sont à charge contre monsieur Gbagbo. Quand on réalise un documentaire où l’on voit Laurent Gbagbo lui-même dire aux CRS, qui sont une unité de maintien de l’ordre et non une unité combattante, qu’ils n’ont pas un rôle d’analyse et qu’ils ne doivent surtout pas chercher des circonstances atténuantes aux manifestants et qui ordonne de mater sans état d’âme, on ne peut en toute honnêteté que le reconnaître : ce sont les faits et actes qu’ils a posés et non mon documentaire qui sont sans pitié pour monsieur Gbagbo. Mais quant à savoir pourquoi j’ai fait un documentaire sur Laurent Gbagbo, c’était surtout par devoir de mémoire dans une démarche pédagogique, afin que d’autres pays africains ne reproduisent pas la même manipulation politicienne des questions sensibles que sont la religion et l’ethnie. D’autre part, j’étais animé par la volonté de dévoiler de grossiers mensonges du régime Gbagbo sur son prétendu anti-néocolonialisme et son panafricanisme. Pendant son magistère, non seulement il n’a pris aucun acte fort qui aurait permis d’affirmer la volonté de rupture de son régime d’avec la France, comme la sortie de la zone Franc ou encore la fermeture de la base militaire française à Abidjan, mais bien au contraire, il a offert aux groupes français Bouygues et Bolloré leurs contrats d’affaires les plus juteux jamais obtenus en Côte d’Ivoire. Vous remarquerez d’ailleurs qu’aucun des voisins de Laurent Gbagbo ne l’a soutenu, puisque dans ces pays, on connaissait très bien la situation et l’on voyait souvent les cercueils des ressortissants de ces pays arriver. En réalité, comme le démontre mon documentaire, on était en présence d’un machiavel qui s’est bien moqué des opinions africaines. Laurent Gbagbo c’était un illusionniste et un prestidigitateur.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez été corrompu en vue des prochaines échéances électorales ?

J’ai travaillé pour un média international, la BBC pour ne pas la citer, pendant près de deux décennies, et je me suis bâti une réputation devant laquelle l’accusation de corruption ne résistera pas. On pourrait m’accuser de tout sauf d’avoir été acheté. Je pense que face à une œuvre comme celle que j’ai réalisée, il faudrait plutôt questionner la véracité des faits présentés plutôt que de vouloir salir la probité morale de l’auteur. Comme correspondant de la BBC, j’ai travaillé dans des pays pétroliers où l’on pouvait m’acheter. J’ai même été expulsé d’un pays où, si j’étais du genre à être acheté, je serais sûrement devenu un des conseillers les plus écoutés du régime. Ailleurs, j’ai fait l’objet d’interrogatoires musclés, molesté par les forces de l’ordre et souvent même emprisonné pour avoir fait mon travail de journaliste. Telle n’est pas la trajectoire d’un journaliste qu’on achète.

Votre film n’est-il pas une entorse au chantier de réconciliation en Côte d’ivoire ?

Devrait-on au nom de la réconciliation faire comme si ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire n’a jamais existé ? Or ceux qui vivent en Côte d’Ivoire savent qu’aujourd’hui encore les partisans de Laurent Gbagbo continuent à affirmer qu’il n’a posé aucun acte répréhensible. Ce film, en réalité, est une sorte de miroir que je pose devant les Ivoiriens afin qu’ils voient jusqu’à quel niveau de déchéance et de déshumanisation ils étaient arrivés avec Gbagbo, afin qu’ils se disent qu’ils ne doivent plus jamais accepter de descendre aussi bas. Mieux, comme je l’ai dit plus haut, mon film a une valeur pédagogique.

Croyez-vous que les éléments de votre film puissent servir les investigations de la procureure de la CPI ?

On me demande souvent si mon documentaire n’est pas un peu une sorte de pièce à conviction portée devant le parquet de la CPI. Quand je faisais mon film je n’ai jamais pensé à la CPI, mais s’il pouvait aider à faire confondre Laurent Gbagbo, si un autre documentaire que je pourrais produire dans le futur pouvait faire condamner un autre de ces très grands criminels de l’histoire de l’humanité, le défenseur des Droits de l’Homme que je suis n’en serait que satisfait. Et c’est là un héritage que je serais fier de léguer à mes enfants.  Il y a eu en Côte d’Ivoire un bourreau et un agresseur. Vouloir traiter ces deux camps de la même façon, c’est faire comme ces esprits mesquins qui veulent mettre sur le même pied d’égalité les actes d’agressions d’Israël et les actions de défense des Palestiniens.

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