Le chalutier « Le président Matar Ndiaye » qui appartient à l’armateur Saer Seck, a brûlé Depuis le 23 juin 2014. C’est un amas de bois dont l’intérieur est calciné, qui s’expose sur les quais de la société Dakar Nave et suscite moult interrogations. Le bateau, qui était en carénage, devait subir des réparations. La société Dakar Nave propose de ne payer que 8% des frais de réparation, alors que le propriétaire évalue son bateau entre 1,5 et 2 milliards de Fcfa.

Saër Seck se dit choqué. Le propriétaire du bateau «Le président Matar Ndiaye» qui a brûlé alors qu’il était en carénage sur les quais de la société Dakar Nave, pour subir des réparations, ne comprend pas l’attitude des dirigeants de Dakar Nave. Ceux-ci refusent nt de reconnaître leurs torts à la suite d’un sinistre d’une rare ampleur qui a fait flamber son appareil. C’est quelques jours après avoir été mis à quai sur ces chantiers pour réparation, que «Le président Matar Ndiaye» a brûlé. «Ce n’était qu’une opération de routine. Quelques tôles qui devaient être changées pour boucher un trou au niveau de la cale», révèle Saër Seck. L’affaire tourne au vinaigre : une étincelle qui jaillit, mal maîtrisée, elle embrase le bois. Le bateau s’enflamme tard dans la nuit du 23 juin 2014, aux environs de 3 h 30 du matin. Le feu se propage. L’ouvrier qui effectuait seul des travaux de soudure sur le bateau, court chercher du secours. Le sapeur pompier de service, averti du danger, entre en action. Il se précipite sur la bouche d’incendie à proximité du bateau, branche la lance d’eau et l’actionne, mais la pression n’y est pas. Il aurait suffi d’une bouteille d’eau pour éteindre le feu. Une catastrophe, souligne un Saër Seck amer. On fait appel aux sapeurs pompiers sénégalais. Ils arrivent et mettent en place leur dispositif. Il est près de 4h30 du matin. Une descente rapide à l’intérieur permet de localiser la zone du sinistre. C’est la salle des machines qui est en feu. Les sapeurs déploient leurs lances d’eau. Les citernes se vident et l’eau ne jaillit toujours pas de la bouche d’incendie.

Entretemps, le feu continue de faire des ravages. Les sapeurs pompiers français sont sollicités. Ils arrivent avec un camion-citerne chargé d’eau. La lance d’eau entre en jeu, mais le feu continue à faire des ravages.S’engage alors un combat de titans contre les flammes. On puise de l’eau de mer pour éteindre les flammes. Au fil des heures, ce qui était une lutte nocturne finit par devenir un affrontement diurne. L’ombre a laissé la place à la lumière. Le spectacle de «président Matar Ndiaye» en flammes est cauchemardesque. Seul le jet de la lance d’eau des sapeurs pompiers français fait face au monstre qui étend ses tentacules.

Réparation-catastrophe

C’est aux environs de 12h que le feu est éteint. Les dégâts sont très importants, relève-t-on sur le rapport des sapeurs pompiers. Du bateau «le président Matar Ndiaye», il ne reste que la coque et un amas de bois enfumé. Tout l’intérieur est ravagé. Saër Seck est amer. Son bateau était en carénage parce que quelques jours après avoir quitté les chantiers de Dakar Nave pour y subir des réparations, le bateau s’était retrouvé en pleine mer avec une avarie. On l’avait ramené pour colmater la brèche. Juste quelques tôles à changer. Une réparation qui a viré à la catastrophe.

POLEMIQUES

L’ampleur du préjudice est telle que Saër Seck décide de demander réparation. Son bateau est assuré, souligne-t-il. Là où le bât blesse, c’est la décision de la société Dakar Nave de ne s’engager à payer que 8% des frais de réparation. Une broutille. Un expert est saisi pour évaluer les dégâts. Il estime à près de 800 millions de Fcfa, les dommages subis par le bateau. Une sous-évaluation, pour Saër Seck, puisque c’est tout l’intérieur du bateau qui a brûlé. Il ne reste presque que la coque. Il faudra reprendre entièrement le bateau ou en acheter un autre. Pas question d’accepter les 8% pour des travaux de réparation. Une telle proposition est inconvenante, rejette Saër Seck.

Une question centrale, d’ailleurs, se pose sur la responsabilité de la société de réparation. «A Dakar Nave, révèle Saër Seck, des voix s’élèvent pour dire que le feu a couvé pendant des jours à l’intérieur du bateau. Pour ceux-là, ce n’est pas l’opération de soudure qui se faisait dans la nuit du 23 juin qui a déclenché le sinistre». Un argumentaire balayé d’un revers de main par le propriétaire qui interpelle certaines dispositions en vigueur à Dakar Nave. «Toute opération de soudure faite sur les chantiers de Dakar Nave par des tiers est assujettie à un bon de feu. Mieux l’opération ne peut se dérouler qu’en présence du sapeur pompier qui est détaché à Dakar Nave.» Saër Seck indique qu’il y a eu des travaux sur le bateau, la semaine précédant le sinistre. Dakar Nave avait délivré le bon de feu. Les travaux avaient été effectués dans la cuve du bateau. Ironisant, Saër Seck indique : ainsi, suivant leur logique, le bateau est parti en mer pendant une semaine avec un feu qui couvait. Il est revenu en cale sèche avec des flammes dans ses soutes. «Cette situation est ubuesque», estime le propriétaire de «président Matar Ndiaye», qui invite les autorités de Dakar Nave à se ressaisir et à accepter la vérité des faits.

Dakar Nave et la SERT s’étripent

« Nous réfutons vos affirmations tendancieuses selon lesquelles notre société évoquerait ses Conditions et Termes Généraux du Chantier, qui constituent ces Conditions Générales, dans le seul but de se couvrir, suite à l’incident survenu sur votre bateau, » Président Matar Ndiaye », dont vous nous imputez la responsabilité.
Nous vous avons déjà fait connaître notre position sur ledit incident par notre lettre en date du 29 septembre 2OI4.

Vos prétentions ne sont que de pure façade, car vous savez parfaitement que la responsabilité du sinistre incombe aux membres de votre équipage qui, en violation flagrante du contrat liant les parties, ont effectué des travaux de soudure à notre total insu.

En tout état de cause, la procédure judiciaire est en cours.» C’est en ses termes que le Directeur général de Dakar Nave s’est adressé par courrier à Saër Seck le 31 mars 2015, près de 8 mois après l’incendie qui a ravagé le chalutier « président Matar Ndiaye.» Une missive dont la tonalité laisse perler le profond fossé qu’il y a entre les deux parties. En réponse à la lettre de Dakar Nave, la Société d’Exploitation de Ressources Thonières (SERT) que dirige Saër Seck a réagi en indiquant : « Notre Groupe ISERT - DAKAR THON - SPT), par la présente vous notifie le rejet des Conditions et Termes Généraux de votre Chantier pour, d’une part, vice de procédure et, d’autre part, désapprobation d’un certain nombre de ses clauses. Ce contrat a été élaboré unilatéralement et selon les conditions qui vous agréent.

En effet, lors de nos échanges dans vos locaux en mars 2015 en vue d’une prise en charge de nos bateaux pour des travaux de carénage et de réparations, vous nous avez réaffirmé d’une manière péremptoire que l’acceptation des Conditions et Termes Généraux de votre chantier était une condition SINE QUA NON de l’exécution de ces travaux.
Nous estimons qu’un contrat doit être considéré comme une base équitable et raisonnable d’une parfaite collaboration entre parties et en conséquence se doit d’être négocié et non imposé.

Nous comprenons aisément qu’à la suite de la destruction au niveau de votre chantier, et par votre faute, de notre bateau le « Pdt Matar NDiaye », que vous soyez amenés à vouloir prendre des dispositions pour votre couverture. Nous constatons que c’est à la suite de cet accident qui vous est totalement imputable, que ce contrat est porté à notre connaissance.

Notre collaboration remonte à plus d’une décennie et jamais des conditions de cette nature ne nous ont été soumises avant la montée de nos navires au synchrolift.
Il en est de même pour la plupart des armateurs Sénégalais qui vous ont sollicité récemment pour une prise en charge de leurs bateaux. Vous avez certes le droit de vous couvrir. Cependant, votre position ne vous confère pas le droit de vouloir nous contraindre à accepter vos conditions et vous confier nos bateaux sans garantie ni contrepartie aucune de votre part en cas de sinistre. Aussi nous vous invitons à reconsidérer votre attitude et en relation avec vos partenaires que nous sommes tenter d’apporter les ajustements indispensables à une collaboration franche et fructueuse »

Le directeur général de Dakar Nave, le portugais Mendez, ne parle pas à la presse. L’homme que nous avons eu au téléphone se rétracte dès que nous lui avons dit que nous étions journaliste. «Je ne parle pas à la presse». Nous insistons en mettant en avant le sujet qui nous préoccupe, à savoir le contentieux qui lie sa société à Saër Seck. Il n’écoute pas notre propos et verse dans un monologue indescriptible. C’est dire que la Gazette ouvre ses colonnes à Dakar Nave pour donner sa version des faits dans ce dossier.