Après avoir longtemps refusé de signer un Accord de partenariat économique (APE) qu’elle négociait depuis plus d’une décennie avec l’Union européenne, la Cedeao est finalement arrivée à un consensus. Ce faisant, ils jettent les jalons d’une future zone de libre échange, dans le sillage de l’entrée en vigueur du tarif extérieur commun(TEC) au 1er janvier 2015. Il reste à convaincre les anti-Ape qui ne désarment pas, en dépit des mesures de sauvegarde annoncées.

En mars 2014 à Yamoussokro, les négociations de l’Accord de Partenariat Economique (APE) entre les quinze Etats membres et la Mauritanie, avec l’Union Européenne, ont été conclues dans le principe, jetant les basses d’une future zone de libre échange. Il ne restait plus que quelques questions techniques à résoudre, selon le communiqué de cette 44ème session ordinaire. Un comité technique regroupant le Sénégal, le Nigéria, la Côte d’Ivoire et le Ghana devait parachever l’accord qui, grâce au consensus réalisé lors du 45ème sommet ordinaire tenu à Accra le 10 juillet 2014, va finalement passer en janvier à Dakar. Ce nonobstant, les protestations n’ont pas faibli, surtout au niveau des Ong et des associations inquiets de l’impact à court terme sur les revenus fiscaux et le bien-être des populations. Mais souvent oublieux ou peu convaincus par les annonces de mesures de sauvegarde et de protection des économies locales. Pourtant, les craintes relativement à la signature d’’accords intérimaires par le Ghana, le Nigéria et la Côte d’Ivoire, pouvant remettre en cause les objectifs d’intégration régionale étaient partiellement levées du fait de « l’approche participative, consensuelle et constructive » adoptée par les Etats membres et la Mauritanie pays associé. 25 ans. Selon le journaliste de l’APS (28 octobre 2014), des avantages pour le pays étaient listés. A savoir que «Des effets positifs seraient enregistrés dans les secteurs tels que la pêche, l’énergie, les industries extractives et le coût des machines et équipements baisserait », selon le MEFP. Pour autant, il reconnaissait des effets négatifs sur « sur les industries alimentaires et l’agriculture ». Les économies des pays concernés reposant majoritairement sur le secteur primaire, l’exportation et la transformation des produits agricoles, les anti-Ape, notamment ceux de « La coalition Non aux Ape », ont dressé une liste de récriminations (voir par ailleurs notre interview), en dépit des mesures préventives annoncées.

Impact négatif sur les industries alimentaires
et l’agriculture

De son côté, le ministre sénégalais du Commerce confiait aux journalistes en séminaire que « si l’Afrique de l’Ouest n’avait pas trouvé des accords avec l’UE, nous risquions d’aller vers un éclatement du marché de la sous-région » (Le Soleil du 9 septembre 2014). Outre la préservation des acquis de l’intégration, l’Ape qui « consacre un cadre juridique harmonisé et prévisible de mise en œuvre de notre partenariat économique et commercial avec l’Europe », ouvre à l’Afrique de l’Ouest un marché beaucoup plus viable, « tout en permettant d’attirer les investisseurs ». En dépit de cet argument massue, le ministre reconnaissait toutefois qu’il « exposera notre région à une plus forte concurrence de la part de l’UE, à l’ouverture du marché régional et la baisse des recettes douanières ». Même s’il s’agit également de se conformer aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à l’Acte constitutif de l’Union africaine et aux Traités créant la Cedeao et l’Uemoa. En révélant au même moment que pour la part du volume des échanges commerciaux « le Sénégal est autour de 12% de commerce entre les pays de l’Afrique de l’Ouest alors qu’en Europe, ce taux est entre 60 à 70% de commerciale intereuropéen », M. Sarr pointait du doigt le paradoxe qui est que « les exportations des pays de l’Afrique de l’Ouest vers l’Union européenne se dégradent pendant que leurs importations ont connu une augmentation » entre 2002 et 2008.

Des avantages pour la pêche, l’énergie, les mines

En juillet 2014, dans une correspondance adressée au Chef de délégation de l’UE, estimant que les Ape avaient été dénoncés par le rapport du député européen Jean-Claude Lefort, la « Coalition non aux Ape » attirait l’attention sur les effets négatifs relevés par celui-ci, notamment le « choc budgétaire », le « choc sur la balance des paiements », le « choc industriel », le « choc agricole », jetant les pays concernés dans une « économie de souk » qui est pourtant déjà omniprésente sans Ape.
Réunie en mars 2015 autour de cet accord, la coalition Bennoo Siggil Sénégaal dirigée par l’actuel Président de l’Assemblée nationale, M. Moustapha Niasse, en présence du ministre en charge du Pse, Abdou Aziz Tall, les a passé en revue, avant d’appeler les députés à « connaitre et comprendre les Ape pour pouvoir contribuer efficacement à aider notre pays à sauvegarder ses intérêts dans un système de partenariat gagnant, équitable et équilibré » (L’Observateur du 30 mars 2015). Le bras de fer semble pourtant continuer.

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