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Révolution au Faso : Signes avant-coureurs d’une chute inéluctable

Publié le 21 novembre 2014 par Jacques Lindor DIANE

Compaoré devait être sur une autre planète tant les signaux de sa brutale et cruelle déchéance crevaient l’œil.

Entêtement. Beaucoup voient dans la tourmente qui a emporté Blaise Compaoré une sorte d’opiniâtreté. Le signal d’une opposition et d’une société civile déterminées à lui faire respecter l’article 37 de la Constitution lui est bien parvenu depuis plus d’un an. Plusieurs manifestations se sont tenues contre la modification de cette disposition. La dernière mobilisation a eu lieu le 28 octobre 2014. Blaise Compaoré dorloté par le mauvais génie qui loge dans le pouvoir en était suffisamment enivré pour ne pas voir le séisme qui s’annonçait. Sa stratégie ? Le silence. Ou plutôt laisser le soin aux ouailles de porter la batterie de la propagande et des arguties.

En novembre 2015, les Burkinabè devaient aller aux urnes pour se choisir un nouveau chef de l’Etat. Tout a été finalement écourté par le peuple, ce 31 octobre 2014. Cette perspective avait bien alimenté la chronique. A juste raison ! Car, le chef de l’Etat Blaise Compaoré ne s’était pas jusque-là prononcé pour sa candidature à un troisième mandat. « C’est mon choix qui va être déterminant. Je sais où sont les limites de mes forces et de mon intelligence », avait-il lancé le 22 septembre sur La Voix de l’Amérique. De bonnes franges du pays notamment son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (Cdp), le monde des affaires et la grande muette, jusque-là vraie dépositaire du pouvoir au Burkina Faso. La position des États-Unis et la France, pas si claire qu’elle ne l’est aujourd’hui, joue en la faveur des partisans de la modification de l’article 37 de la Constitution qui verrouille le nombre de mandats à deux. Nombre de partenaires bilatéraux sont embarrassés par le départ éventuel de Blaise Compaoré en raison surtout de son rôle si précieux dans une sous-région tumultueuse. Comme en témoigne ce 22 mars 2012. Des militaires séditieux renversent le président du Mali, Amadou Toumani Touré. Ce coup d’Etat ouvre la voie à une instabilité politique qui vient s’ajouter à une rébellion touareg et islamiste dans le nord du pays. Le président du Burkina, Blaise Compaoré est désigné comme médiateur pour sa connaissance des acteurs qui tiennent le nord en otage. En Côte d’Ivoire, en dépit des accusations portées contre lui dans la crise politico-militaire qui se déclenche le 19 septembre 2002, Blaise Compaoré joue un rôle précieux. Résultat ? Les parties en conflit signent, le 4 mars 2007, l’accord politique de Ouagadougou (APO) entre le chef rebelle Guillaume Soro et le président ivoirien Laurent Gbagbo. Compaoré est au charbon dans le cas du capitaine putschiste, Moussa Dadis Camara. Un accord de sortie de crise à Ouagadougou est arraché, le 15 janvier 2010. Au Togo et récemment dans la Présidentielle et les Législatives catastrophiques en Guinée, le chef de l’Etat burkinabè s’implique. Au fil du temps, Ouagadougou s’est progressivement affirmée comme place stratégique dans la sous-région. « Que vaut alors l’article 37 de la Constitution face à tout ce bien rendu aux populations exposées au massacre ? », se sont alors demandés ses proches et cette brochette de partenaires dubitatifs.

Blaise Compaoré a dû croire comme le défendaient certains que le bien qu’il a fait à la communauté grâce à ses talents de négociateur suffisait pour l’absoudre du péché de faire sauter le verrou. Il n’en a rien été. Le jeudi 30 octobre sera une date historique pour le Burkina Faso. Certains leaders politiques commencent à qualifier la folle journée de mouvement démocratique et populaire. Les signes avant-coureurs étaient bien là.

D’abord au sein même du Congrès pour la démocratie et le progrès (Cdp), le parti présidentiel. En janvier 2014, le Cdp a enregistré une vague de défections et pas des moindres. On a dénombré 75 cadres démissionnaires dont Salif Diallo, ancien Premier ministre, Simon Compaoré, ex-maire de Ouagadougou, et Roch Marc Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale. Et tout commence le 15 octobre 1987. Ce jour-là, Blaise Compaoré, au nom de la rectification « fait » tuer son meilleur « ami » et parle d’accident. La Rectification est alors engagée. C’est clair, Blaise ne supportait plus le romantisme révolutionnaire du capitaine Thomas Sankara. Il se sépare ensuite des autres compagnons que sont Norbert Zongo et Henri Lingani avec qui lui et Sankara formaient le quatuor de la révolution. La tragédie survint un certain septembre 1989. Quatre militaires sont tués dans une « tentative de coup d’Etat. » Puis survint l’affaire Norbert Zongo. Le journaliste enquêtait sur la mort du chauffeur de François Compaoré, frère du président de la République, qui aurait été enlevé puis battu par des éléments de la garde présidentielle. Les organisations de la société civile, les partis politiques et les étudiants et les syndicats ébranlent le pouvoir dans une forte mobilisation où le slogan est « Non à l’impunité ». Le pouvoir plie mais ne rompt pas. A Garango, en 1996, deux élèves tombent sous les balles des forces de sécurité. En novembre, lors d’une manifestation, un élève de 12 ans est tué à Boussé. Blaise Compaoré poursuit son chemin et cultive l’indifférence. En mars 2011, la garde présidentielle se mutine. D’ailleurs, en 2013, il instaure le Sénat, en dépit de l’opposition d’une bonne partie de la classe politique.

A 63 ans, le chef de l’Etat burkinabè aurait pu se retirer auréolé de la gloire des succès éclatants.

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