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Reportage - Pénurie d’eau dans la capitale : Dakar assoiffée

Publié le 06 octobre 2014 par admin

La capitale sénégalaise vit une pénurie d’eau qui perdure. La recherche du précieux liquide est devenue une corvée quotidienne pour les ménages. Zoom sur le calvaire quotidien des habitants de plusieurs quartiers.
Dakar est assoiffée. Dans plusieurs quartiers, les robinets sont secs. L’eau n’est plus courante. Ce calvaire perdure depuis plus de six mois. A Scat-Urbam, un groupe de jeunes femmes aux pagnes mal noués, portant sur la tête des bassines remplies d’eau, marche à petits pas en déversant des gouttes d’eau sur la terre sèche. A Khar Yalla dans la commune d’arrondissement de Grand-Yoff, des enfants tenant de grandes bouteilles vides sont à la recherche du liquide tant convoité. Au quartier Conachap dans la même circonscription géographique, des charrettes transportent des barils et des seaux, déversant l’eau qui ruisselle sur la route goudronnée. La scène se déroule à Grand-Yoff, un populeux quartier de Dakar frappé par la longue pénurie d’eau, en cette matinée du lundi 1er septembre 2014. La même situation est vécue par les habitants des quartiers alentour de la grande commune de Grand-Yoff. Particulièrement ceux de Arafat, Hlm Grand-Yoff, Cité Keur Khadim, Cité Kérétou… La fourniture d’eau dans ces quartiers n’est plus revenue à la normale depuis la rupture du tuyau de Keur Momar Sarr, l’année dernière. Mais le rationnement de l’eau s’est exacerbé ces derniers mois.

Difficile, dans pareilles conditions, d’approcher quelqu’un pour lui arracher un mot. La première tentative avec une charmante demoiselle, échoue. Puis, coup de chance, la deuxième sera la bonne ! Trouvée devant une maison avec cinq grosses bouteilles entre les mains, Astou Ndiaye, mère de quatre enfants, accepte de raconter son calvaire. «Mon mari me donne 1500 francs pour la dépense quotidienne et c’est à partir de cet argent que j’achète cinq à six bassines d’eau par jour, à raison de 50 francs l’unité. Ce qui est très insuffisant», se désole notre interlocutrice. Elle revient à la charge : «Vouloir effectuer les tâches ménagères avec le peu d’eau que nous avons, est impossible. Nous n’avons pas de réserve dans nos immeubles et j’habite au deuxième étage, c’est vraiment dur de faire monter l’eau par les escaliers, nous sommes constamment obligées de requérir l’aide d’autrui. Depuis la semaine dernière, c’est la panique à cause du virus Ébola et la première protection, c’est la propreté, dont l’eau est à la base. En ce moment c’est vraiment la galère».

Ce manque d’eau s’accroît à travers la capitale sénégalaise. Surtout en début d’été. Les populations parcourent plusieurs kilomètres à la recherche du liquide introuvable. Une situation vécue avec difficulté dans les ménages en cette période de forte canicule qui fait que la rareté de l’eau exaspère les Dakarois.
Assise sous un arbre devant une mosquée avec ses bouteilles et bidons de 10 litres, en compagnie de deux filles, Ndèye Astou Niang vit le même calvaire. Elle arrache notre micro et s’empresse de dénoncer le manque de solidarité manifesté par certaines familles. «On a cherché l’eau partout. C’est incompréhensible le comportement de certaines familles qui refusent de nous offrir de l’eau, au motif que leur facture est trop élevée. On a tellement pompé qu’il ne nous reste plus de force. Nous sommes des pauvres qui n’avons pas de réserves chez nous», dénonce-t-elle. Elle profite de l’occasion pour décrire une autre réalité qui prévaut à Grand-Yoff : les factures chères en cette période de pénurie d’eau. «Même avec cette pénurie, on continue de payer des factures salées. On a l’impression que le robinet est devenu un meuble dans nos maisons. On reste à veiller jusque tard dans la nuit, dans l’espoir de voir le liquide précieux. Nous sommes vraiment fatigués. Si nous n’avons personne pour nous offrir de l’eau, nous sommes obligés de l’acheter. Avec une dépense de 600 à 1000 francs ce n’est pas facile. Rationnement d’eau ne rime pas avec propreté, surtout avec le spectre de cette maladie mortelle, Ebola».

Discutant avec ses amis devant la porte d’une maison, cette personne habitant à Ouest-foire choisit de garder l’anonymat. Avec ses joues creuses qui trahissent l’absence de plusieurs dents, le jeune homme raconte que depuis plus de huit à neuf mois, la pression est devenue faible, surtout les matins à partir de 10h. Il explique que dans ce quartier tout le monde n’est pas servi, loin s’en faut. Certaines familles n’ont pas du tout d’eau, malgré leurs installations sanitaires et un système complet de plomberie. Et par conséquent, elles sont obligées d’aller se ravitailler chez leurs voisins. Au moment où les autorités sanitaires exhortent les populations à se laver régulièrement les mains pour éviter la maladie Ebola, ces dernières cherchent avant tout à boire.

Mame Sokhna DRAME
(Stagiaire)

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