REMANIEMENT MINISTERIEL : Les ratés de Macky III

La composition du gouvernement dirigé par Mahammad Dionne donne à croire que Macky Sall ne tient plus au deuxième mandat. Trois virages essentiels ont été visiblement manqués. Il y a eu un signal vraiment faible à nos universités, à la Casamance et à Touba.

La copie que le chef de l’Etat a rendue tard dans la soirée du dimanche portant formation du gouvernement, donne à réfléchir. Des attentes logiques ont, en effet, été déçues, des virages ratés et des silences troublants servis à l’opinion. Porté sur les fonts baptismaux au lendemain de la déroute du 29 juin, le gouvernement dirigé par Mohammed Dionne devait porter les empreintes d’une réponse musclée à l’équation posée par les Locales. Certes, des politiques «pur miel» sont arrivés. Ils ont en commun leur brillante victoire sur le terrain. Il en est ainsi par exemple de Moustapha Diop de Louga, ministre délégué auprès du ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, Chargé de la Micro-finance et de l’Economie solidaire, de Mme Mariama Sarr, revenue aux affaires au poste de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, d’Abdoulaye Diouf Sarr, ministre du Tourisme et des Transports aériens ou Fatou Tambédou, ministre délégué auprès du ministre du renouveau urbain, de l’Habitat et du cadre de vie, chargé de la restructuration et de la requalification des banlieues. Mais, que de questions sans réponses, d’actes maladroitement posés ou d’oublis involontaires (?).

1) Universités

Pourquoi Mary Teuw Niane est-il resté dans le Macky III ? Cette question est loin d’être une simple fantaisie d’étudiant. Les violentes manifestations qui ont secoué le campus universitaire de Dakar le 21 mai dernier auraient dû normalement emporter le ministre de l’Enseignement supérieur. Ce jour-là, pour protester contre le retard lié au paiement des bourses et le master pour tous, les étudiants ont littéralement saccagés le Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud). Le spectacle a ému plus d’un. Car le Directeur général du Coud, promu ministre, s’est employé à révolutionner le campus social durant sa gestion. L’image des murs sauvagement endommagés est reléguée au passée. Il en est de même de la cantinisation anarchique qui avait fini de faire du campus un immense marché à ciel ouvert. A l’université Gaston Berger de Saint-Louis, les étudiants, dépités et de guerre lasse, quittent le campus après avoir attendu pendant 6 mois leur bourse. A Ziguinchor, ce sont les cours virtuels qui se sont plantés quelque part, alors que le vent frais de l’hivernage fouette les visages. Le ministre de l’Enseignement supérieur sert un discours musclé, parle de vaste magouille dans les bourses et met le campus de Dakar sous coupe réglée des forces de l’ordre. Partout on attend que Mary Teuw Niane jette l’éponge comme le lui demandent légitimement les étudiants. Dans la foulée, 22 étudiants arrêtés, puis envoyés à Rebeuss. Ils sont traduits en justice après de violentes manifestations ayant entraîné le saccage des locaux du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD). L’accusation ? Ils étaient poursuivis pour rassemblement illicite, destruction de biens, violences et voies de fait. A l’arrivée, ils sont tous relaxés.

2) La Casamance

Là, nombreux sont restés interloqués. Rien que la paix en Casamance méritait un ministre. Les populations du Sud, étranglées par 30 ans de braquage, d’exactions et de dépossessions de leurs rizières savourent depuis quelque temps le sommeil à poings fermés. Voici, en effet, bien des semaines que les correspondants régionaux des radios ne nous réveillent pas par des attaques à main armée ou des braquages d’automobiles. L’accalmie est si réconfortante que  l’un des chefs de faction les plus irréductibles du Mfdc, Salif Sadio, s’est payé le luxe de donner 3 millions de CFA pour la réparation du scanner de l’hôpital régional de Ziguinchor tombé en panne. «Le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc), par son chef Salif Sadio, soucieux du danger que constitue le manque du service d’un scanner dans un institut sanitaire comme celui là, s’engage, dans le cadre humanitaire, à payer  les frais de réparations de cette machine vitale au bon fonctionnement de l’hôpital, qui s’élèverait à trois millions de FCFA contribuant ainsi à réduire les peines  des populations dans le cadre sanitaire», renseignait le communiqué daté du 3 mars dernier et signé par Salif Sadio. Par la suite, il a décrété de manière unilatérale une trêve. En plus, le lancement par le chef du Projet pôle développement de la Casamance (Ppdc) auquel les Usa ont dû apporter leur concours financier devrait permettre la réalisation, à partir de 2014, des projets relatifs à l’axe Kolda-Pata-Médina Yéro Foulah –Fafacourou, aux travaux d’aménagement et de bitumage de la Boucle du Boudier (Sédhiou – Kamoya – Marsassoum – Djibabouya – Niassène – Singuère – Djiribi – Bambali – Sédhiou) d’environ 150 km, ainsi qu’aux pistes de production de la Boucle des Kalounayes (sur 74 km). Sall a également promis la réhabilitation des travaux engagés sur la Boucle du Blouf (2è section Thionck Essyl- Balinghor) et leur extension à toutes les localités polarisées, la construction des huit ponts «dont les accords de financement ont déjà été négociés auprès des partenaires de la République populaire de Chine». Dans l’ambitieux programme de désenclavement figure le pont de Ziguinchor, des ponts de Tobor, de Katakalousse, de Niambalang, de Baïla, de Diakhène, de Diouloulou et de Marsassoum. Dans la foulée, Macky Sall a lancé à la foule enthousiaste : «le bateau Aline Sitoe Diatta va être rejoint, en juillet 2014, par deux navires ‘Aguène’ et ‘Diambogne’ financés par la République de Corée et l’Etat du Sénégal, dans le cadre de la première phase du projet d’infrastructures et d’équipements maritimes». Tout cela méritait, sans doute, une sorte de ministre du suivi des travaux. Macky n’a pas trouvé non plus utile de lancer la mise «en abîmes» politique du probable futur maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé. Moustapha Lô Diatta, secrétaire d’Etat, n’est sûrement pas désigné pour freiner l’envol de l’ex-ministre des Forces armées sous Wade.

3) Touba

Il faudra davantage au gouvernent que la furtive évocation de la ville sainte dans son bref face à face avec la presse au bas des escaliers de la présidence pour adoucir les rapports entre la ville sainte et le pouvoir. Bambey, Diourbel, Mbacké et Touba, en somme tous les sanctuaires du mouridisme ont tourné le dos à la mouvance présidentielle. Ce n’est certes pas nouveau. En 2000, le vote massif en défaveur d’Abdou Diouf et en 2012 le désaveu de Wade témoignent de la capacité de Touba à se démarquer du pouvoir. Mais Abdou Diouf a eu pendant 20 ans l’onction protectrice de la hiérarchie mouride, Wade en a joui 12 ans durant. Macky Sall, lui, s’est vu brutalement sevrer de l’aile protectrice de Touba. La liste unique du marabout a été battue par les bulletins blancs. Et à quelques jours des Locales, deux maisons, la boulangerie et le véhicule du vice-président à l’Assemblée nationale, Moustapha Cissé Lô ont été incendiés. La cause était entendue pour le commun des Sénégalais. La victime, Cissé Lô, visiblement planté dans une autre planète annonce que ses adversaires vont mordre la poussière. Il avance un fossé de 10 000 voix entre Benno bokk yaakaar et l’opposition. C’est bien le contraire qui s’est produit. Malgré tout, le gouvernement mis en place n’en tient pas compte. Personne dans Macky III n’a le profil diplomatique apte à resserrer les rapports entre le pouvoir et Touba. Et c’est suicidaire !

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