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Recrutement d’un millier d’agents de santé : L’éclaircie

Publié le 24 novembre 2014 par Pape Adama Touré

Comme promis, le gouvernement a procédé au premier recrutement massif, dans le secteur de la santé. Quelque 1.000 agents de santé vont ainsi aider à résorber le déficit des ressources humaines.
Rejoindre les rangs des fonctionnaires et enfiler la fameuse blouse blanche : un rêve pour beaucoup de jeunes étudiants de la Faculté de médecine ou des écoles privées de santé. Pour un millier, c’est devenu une réalité qui n’arrive pas trop tôt. Le gouvernement du Sénégal a en effet réaffirmé et notifié son intention de recruter 1.000 agents de santé. C’est une première victoire de l’Etat sénégalais dans sa lutte contre le chômage et le déficit des agents dans le secteur de la santé. Parmi ce groupe d’un millier d’agents figurent 95 médecins, 90 infirmiers d’Etat et 500 sages-femmes entre autres. Un véritable progrès pour renverser une tendance qui a longtemps consisté à un personnel non qualifié largement supérieur au corps médical.

Période noire, de 2006 à 2010, il n’y a pas eu le moindre recrutement massif et l’entrée dans la fonction publique n’a plus été plus systématique. Denrée devenue trop rare dans nombre de contrées du pays, les ressources humaines manquent gravement. Récemment, le ministre de la Santé insistait d’ailleurs sur la nécessité de procéder à un recrutement d’envergure. «Nous voulons un recrutement massif de sages-femmes. Il y a au moins 2000 sages-femmes qui chôment. On est dans une situation difficile. Il n’y a pas de sages-femmes», regrettait le ministre de la santé Awa Marie Coll Seck.

Le recrutement de ce millier d’agents vient donc à son heure. Même si le hiatus entre ce chiffre et les besoins, est loin de mettre fin aux contraintes dans lesquelles se débattent les directions des hôpitaux et des centres de santé pour gérer des «ressources humaines» insuffisantes en spécialistes. Une situation dont souffrent toutes les structures sanitaires du pays. Du niveau le plus bas de la pyramide aux hôpitaux de référence, l’insuffisance en personnels de qualité se traduit en une gestion inefficiente et un accès inéquitable aux soins de santé. Mais beaucoup plus, les promotions sortantes de médecins, de pharmaciens, des infirmiers, d’assistants sociaux, d’agents d’hygiène, d’assistants infirmiers et de sages-femmes attendent de connaître leur sort… Pour la plupart issus de l’université, de l’Ecole nationale de développement sanitaire et social (Endss), et du Privé, ils ne font que grossir année après année les rangs des chômeurs. Au même moment des postes sont souvent fermés, des hôpitaux ou centres de santé tardent à ouvrir et des patients renvoyés par défaut de personnel. S’y ajoute la condition des agents de santé communautaires et de certains infirmiers chefs de poste qui n’ont pas de rémunération correcte ou restent souvent plusieurs mois sans salaire ; alors que leur concours est capital au niveau de la base de la pyramide sanitaire.

La disponibilité des ressources humaines, l’offre de formation, leur qualification, leur emploi et leur maintien posent de véritables problèmes de management, de mobilisation de ressources financières de plus en plus insuffisantes en raison d’une demande croissante et des moyens dérisoires dont disposent les hôpitaux.

La pléthore d’agents non qualifiés n’est pas sans conséquence. Ce personnel dit «non qualifié» généralement constitué d’agents d’appui pèse lourdement sur la masse salariale et son nombre élevé constitue une contrainte dans la continuité du fonctionnement des établissements publics de santé. En effet beaucoup de médecins exigent un toilettage du fichier du corps médical, un audit du personnel, pour une maîtrise de la masse salariale.

Formation «déficiente»

Le secteur de la santé qui bat de l’aile malgré les politiques menées jusqu’à maintenant est également plombé par une pénurie de spécialistes chirurgiens, gynécologues ou encore de sages-femmes. Le déficit s’élèverait aujourd’hui à plus de 200 chirurgiens alors que dans certaines régions comme Ziguinchor même 1 seul gynécologue pose problème. Pour cause, un intérêt peu marqué des étudiants à la spécialisation et une désertion continue des zones enclavées par les spécialistes. Inimaginable dans un pays où la Couverture maladie universelle (Cmu) est devenue une priorité pour l’Etat.
Par leur essor sans précédent, les écoles privées de formation en santé offrent sans nul doute des opportunités de recrutement pour les hôpitaux et autres structures sanitaires. Mais pour nombre de professionnels, si ces écoles permettent de palier les manquements en ressources humaines, elles apparaissent en même temps comme un problème, eu égard au manque de rigueur constaté et dénoncé. Pour preuve, plusieurs parmi ces établissements d’enseignement supérieur privés offrant des formations dans diverses filières de la santé, affichent souvent de piètres résultats aux examens organisés pour l’obtention de « diplômes d’Etat ». Ce qui remet en cause l’offre et les produits qui y proviennent. C’est dire tout le sens du débat sur la nécessité d’une réglementation rigoureuse dans la délivrance d’autorisations d’ouverture de ces écoles et sur les moyens de leur contrôle dans l’absolu.

Pis, la réforme hospitalière de 1998 n’a pas apporté de solution efficiente aux problèmes des statuts à l’hôpital. Elle laisse intacte la complexité dans la gestion des ressources humaines. Agents de la fonction publique, personnel universitaire, techniciens en santé…Autant de catégories issues de divers horizons. La qualification des personnels, leur méthode de recrutement et les cadres statutaires réglementaires sont autant d’éléments qui ne facilitent point la gestion des ressources humaines. Outre l’aspect fonctionnel et la place de chaque acteur à l’hôpital, la notion de standardisation y demeure totalement absente.

Le désert en milieu rural

Facteur aggravant, la distribution du personnel laisse apparaître des disparités plus aiguës au niveau des CSP. Ainsi, chez les médecins, Dakar et Thiès comptent à elles seules 71% des effectifs (Dakar 60% et Thiès 11%). Le reste, soit 29%, est réparti entre les douze autres régions du Sénégal. Les régions de Fatick, Kaffrine, Kédougou et Sédhiou ne comptent que 2,6% du personnel médical. Si 80% de la population ne disposent pas de couverture médicale, la plupart des médecins sénégalais exerce dans la capitale, en plus du grand déséquilibre infrastructurel entre Dakar et l’intérieur du pays. A en croire, lbrahima Soukandella Diouf, chargé de la gestion du personnel au Ministère de la Santé et de l’Action sociale, «dans notre pays il y a une concentration du personnel de santé dans les zones urbaines. Ce taux est de 76%. La région de Dakar à elle seule concentre 66% du personnel de santé, au moment où seulement 10% de ce personnel est éparpillé dans les régions». Une situation qui pose un véritable problème d’équité.
Il en est de même pour les sages-femmes dont 51% sont dans la capitale. Concernant le personnel paramédical (Infirmiers et Sages-femmes), Dakar compte 43,5% et Thiès 12,6% d’agents, soit 56,1% de ce personnel contre 43,9% pour les douze autres régions du Sénégal. Les régions de Fatick, Kaffrine, Kédougou et Sédhiou sont toujours à la traîne, avec seulement 7,4%. Ce grand déséquilibre entre Dakar et les autres régions s’explique aussi par le poids des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) et des Etablissements Publics de Santé (EPS) de Dakar qui sont pour l’essentiel de niveau 3 avec un le plateau technique est plus relevé que dans les autres formations sanitaires.

Un déficit toujours important

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 57 pays dont 37 en Afrique et 6 en Asie du sud-est connaissent un déficit de 4,3millions de personnels de santé.
Au Sénégal, avec seulement un millier de médecins pour tout le pays, les ratios restent très faibles pour une population de plus de 13 millions d’habitants et loin des normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandant un médecin pour 5 000 à 10 000 habitants.

En 2008, le Sénégal comptait 672 médecins. Selon les données de la carte sanitaire, le Sénégal totalise un gap de 44 généralistes, 18 dermatologues et 16 cardiologues dans les effectifs des Etablissements publics de santé de niveau 3 (EPS). Des insuffisances identiques en personnel sont notées dans les EPS2 et les centres de santé. Mais cela témoigne également du retard de notre pays quand on le compare à des nations telles que le Maroc ou la Tunisie, qui comptent chacune plus de 15 000 médecins, alors qu’on était partis sur les mêmes bases au sortir des indépendances.
Pour rappel, de 2006 à 2010, il n’y a pas eu de recrutement massif. Les promotions sorties entretemps, chôment encore. En 2013, à l’occasion du recrutement de 5591 fonctionnaires, 470 agents ont été affectés au secteur de la santé, dont 70 médecins, 100 sages-femmes, mais très peu de spécialistes.

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