Le rapport 2012 du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) constate de nombreux manquements par les médias à  leurs cahiers de charge. Du chemin reste à faire pour le respect des lois et règlements régissant l’audiovisuel sénégalais.

«Epanouir les imaginaires et protéger la jeunesse». Tel est l’intitulé du rapport 2012 du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Les 54 pages du dernier rapport reviennent sur les enjeux du passage de l’analogique au numérique en 2015, sur le monitoring de la campagne présidentielle du 26 février et des législatives du 1er juillet 2012 et sur l’observation quotidienne des programmes audiovisuels proposés aux auditeurs. Sur ce point, la structure dirigée par le journaliste, Babacar Touré, expose une situation d’ensemble faite de violations quotidiennes des lois et règlements qui régissent le fonctionnement des médias. Plusieurs radios et télévisions  ont ainsi  été épinglées dans ledit rapport pour diverses fautes. Celles-ci vont de l’absence de signalétique portant la mention «interdit au moins de …» avant la diffusion d’images pouvant heurter la sensibilité du jeune public en particulier, à la diffusion de visages de personnes sans vie ou blessés, en passant par la tenue à l’antenne de propos salaces ou licencieux.

Dans ses délibérations qui reprennent l’essentiel des «trois avis trimestriels», le  CNRA s’insurge contre l’utilisation sans encadrement pédagogique ou psychologique nécessaire d’enfants et d’adolescents pour des compétitions télévisées à buts  essentiellement publicitaires ou commerciaux, l’atteinte à l’honneur, à la dignité  et à la vie privée de citoyens dans certaines émissions, sans leur donner la possibilité d’y apporter une réplique. En outre, l’organe de régulation dénonce «l’intrusion de plus en plus marquée de la publicité commerciale illégale dans certaines émissions ou séries» et «la diffusion d’émissions de téléachat, en violation des principes qui les régissent». Pour les neuf membres du CNRA «la liberté  d’expression ou d’opinion ne peut, en aucun cas, justifier la diffusion de propos, images, postures susceptibles de porter atteinte à la cohésion nationale, à l’intégrité du territoire  et au respect des institutions républicaines».

Par conséquent, le CNRA recommande aux médias audiovisuels de veiller à la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence, à la protection des mineurs dans la programmation audiovisuelle et de veiller aux principes qui régissent  la promotion des produits, marchandises et marques dans les programmations des télévisions et des radios. «Les medias audiovisuels devraient éviter la confusion de genres consistant à produire des émissions à cheval sur ces différents  modes de promotion, en violation de la réglementation qui caractérise chacune des formes de présentation de produits et marques publics», avertit l’organe de régulation. Celui-ci ordonne aux médias audiovisuels de ne pas «servir de tribune à la prolifération d’invectives et propos outrageants pouvant porter atteinte à l’honneur, à la responsabilité et à la dignité des personnes».

SUPERVISION DES ELECTIONS

Concernant la supervision des périodes électorales, le CNRA dresse un bilan  satisfaisant de la couverture médiatique de la campagne électorale. « En définitive, l’élection présidentielle s’est déroulée dans un climat apaisé. Les médias  ont joué un rôle fondamental par rapport au respect de l’équilibre, de l’équité et du pluralisme », relève le rapport. À propos des élections législatives du 1er juillet, l’organe de régulation a mis en place un dispositif renforcé par des correspondants régionaux  lui permettant de superviser les programmes diffusés par les radios et télévisions  nationales. «Les performances de ce service de veille qui ont contribué de manière significative à maintenir  le nombre des plaintes des partis politiques participant aux élections dans des proportions raisonnables, seraient améliorées à l’avenir par l’acquisition d’un matériel d’écoute performant», rapporte la même source.

En guise de recommandation, le Conseil national de régulation de l’audiovisuel ordonne la mise en place d’antennes décentralisées pour un meilleur suivi des médias audiovisuels au niveau local, à l’image de celles régionales et départementales de la CENA. Babacar Touré et son équipe demandent également le renforcement des ressources humaines et matérielles de la salle d’écoute et de visionnage  du CNRA, la formation des professionnels de la communication, les candidats et leurs mandataires sur le dispositif juridique  de la couverture médiatique des élections ainsi que la poursuite de la réflexion sur l’encadrement juridique de la presse, particulièrement en période électorale, entre autres.

PASSAGE AU NUMERIQUE

Lors de la remise du rapport 2012, lundi 11 novembre dernier, le chef de l’Etat, Macky Sall, a chargé le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) d’assurer l’opérationnalité du passage de l’Analogique vers le Numérique pour l’échéance butoir de juin 2015. Ainsi, le Comité de pilotage de la transition de l’analogique au numérique est dirigé par Babacar Touré et placé sous l’autorité du président de la République.

Outre le représentant du Ministère de la Communication et de l’Economie numérique, il comprend les représentants de la présidence de la République, de  l’Assemblée nationale, du Conseil économique, social et environnemental, de la Primature, des autres  ministères  et agences concernés. «Le CNRA se trouve de fait chargé d’un rôle d’éclaireur sur les chemins et les nouveaux tournants, numériques, culturels et professionnels qu’ouvrent la société globale de l’information et la société démocratique que se forge le Sénégal», écrit Babacar Touré dans la préface du rapport.

Selon le président du Comité de pilotage de la transition au numérique, par ailleurs président du CNRA, la tâche n’est pas simple pour aucun acteur. Cela d’autant plus, soutient-il, que «les bouleversements rapides et les mutations profondes que ne manquera pas d’engendrer l’ère du tout numérique, impacteront fortement notre vivre ensemble, nos équilibres précaires, nos fragilités structurelles, nos particularismes mondialisés».