Personne n’oserait prendre à son compte au sein de la majorité présidentielle cette conviction du maire Alioune Ndoye comme quoi la question de la candidature mérite d’être vidée dès maintenant. Ce membre du bureau politique du Parti socialiste a réitéré la semaine dernière dans une émission de la chaîne Walf TV la question tabou de la candidature aux prochaines présidentielles. Une pression de plus sur l’inamovible Ousmane Tanor Dieng qui voit en effet le temps effriter son parti depuis plus d’une vingtaine d’années.

Alioune Ndoye n’y est pas allé par quatre chemins : « Il est de l’intérêt du Ps de vider cette question. Si nous devons avoir un candidat, il faut que cela soit acté maintenant parce que le temps sera contre nous », dit-il non sans ajouter que « si en revanche, nous ne devons pas avoir de candidat, qu’on nous le dise tout de suite avec des arguments solides. Il faut qu’on respecte nos militants». Ce n’est en effet pas la première fois que des militants du PS exigent le respect de leurs dirigeants. Les premiers soulèvements des structures de jeunesse et des organisations assimilées ont été noyés dans des querelles de discipline et de positionnement. Noël Malick Seck et autre Barthélémy Dias ont eu tout le temps de faire mousser en vain ces frustrations propres à toutes les bases des partis qui ont des deals au sommet mais la particularité du PS réside dans son histoire, le leadership électoral et ses forces non encore complètement anéanties.

Le temps du gouverner ensemble

Alioune Ndoye n’est pas content de son camarade Cheikh Seck député signataire de la proposition de loi modifiant le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale en faveur de l’APR. Il soutient qu’«on ne peut pas, parce qu’on défend une proposition de loi, descendre en flammes ses camarades socialistes dans la presse». Il est évident que son souhait de voir cette attitude être sanctionné s’arrête au plateau de télévision. Le membre du bureau politique du PS a repris à son compte cette vérité de Polichinelle selon laquelle c’est son parti qui est visé par les changements du règlement intérieur, notamment l’impossibilité de se migrer dans un groupe parlementaire. Avec 20 députés, il pourrait créer la secousse à l’hémicycle et du coup il perd la confiance de la coalition. C’est clair, le temps du gouverner ensemble est révolu. Il est d’autant plus révolu qu’aujourd’hui, le PS est réduit à deux membres du gouvernement sur plus d’une quarantaine.

Alioune Ndoye l’établit à 4% du gouvernement pour en conclure que parler de gouverner ensemble « est une insulte». «On nous dit que nous nous engraissons alors qu’on a que trois PCA pour un président qui peut nommer des dizaines de milliers d’emplois civils et militaires», ajoute-t-il pour marquer ce que son parti perd au change. Il ne suffit plus de dénoncer l’entourloupe mais de poser les bases de la succession interne pour affranchir l’âme socialiste. C’est pourquoi ces partis politiques peinent à s’identifier aux courants de gauche ou de droite. Il se trouve que leurs leaders doivent finalement s’octroyer un marché, se tenir prêts à une éventuelle coalition dans un contexte de néo patrimonialisation. C’est toute la charpente politique d’une société qui est prise en otage, si bien qu’il devient difficile de déterminer le véritable chef de l’opposition. L’éternel candidat malheureux à la tête du PS laisse le flou dans sa définition du gouverner ensemble. Il disait à la presse que Benno Bokou Yaakar ferait route commune sur les aspects où il est possible de garder la ligne collective et laissera chaque morceau suivre son destin dans les cas d’impossible coalition. 2017 est proche.

Le temps de la chute

En se limitant aux 15 dernières années du PS, il s’impose une consternation largement partagée sur l’héritage de Léopold Sédar Senghor. Non pas que Amath Dansokho, Moustapha Niasse et autre Abdoulaye Wade font œuvre utile de leur parti à la postérité mais en fait il s’agit ici du parti socialiste tel qu’identifié dans le champ séculaire de la pensée politique mondiale et à contrario une longue et inintelligible inertie au Sénégal. Une grosse machine jadis parti de masse qui a réussi à tomber à 11% de l’électorat, dans le meilleur des chiffres, alors qu’il en était à 40 % quand il a été détrôné en 2000. La thèse de l’union équivoque de Charles de Montesquieu a bien montré ses limites : un ensemble de parties opposées pour le bien général comme des dissonances de la musique qui concourent au parfait accord. Faux. Sa première mort naturelle après le vent de démocratisation des années 90 venait bien de l’absence de concurrence. Le Professeur Jean François Médard établit que c’était moins un processus de démocratisation qu’une remise en question des régimes autoritaires qui avaient fait leurs nids depuis les indépendances. Le PS s’en est tiré avec une chute libre et aujourd’hui un avenir biaisé par la cupidité et la résiliation systématique.

En réalité, plus personne ne pense socialiste, mais plutôt business politique. On reste bien dans le contexte d’une démocratie prise en otage par ses élites, tel esquissait si formidablement Abdou Latif Coulibaly du temps de son engagement critique. Certains soutiennent qu’Ousmane Tanor Dieng est le rédempteur qui a permis au PS de survivre à tous les marchés sous Abdoulaye Wade mais cet argument est le parfait refuge de médiocrité au bout de la pire des fuites en avant. Mais est-il toujours pour autant la solution le temps passant ? Beaucoup attendent du patron des verts qu’il respecte ses engagements selon lesquels il partirait quels que soient les résultats des présidentielles. Les plus radicaux à l’exemple du maire Bamba Fall lui suggérèrent en vain un siège de président d’honneur du parti, mais ce serait une couronne vide de pouvoir qui l’éloigne des prébendes et de ses. D’autres Bamba Fall s’en sont allés ailleurs pour mieux rêver et l’âme du parti dut en prendre un coup. L’irrédentisme des camarades de Tanor et le bouclier contre le clientélisme des rapaces du pouvoir posent toute la question du renouvellement des appareils idéologiques de l’Etat. Des leaders se sont souvent passé les signatures sans consulter la base mais aujourd’hui le temps joue contre l’avenir. Le maire Khalifa Sall reste l’incertitude et le passé vide la candidature de la ministre Aissata Tall Sall de tout espoir. Désormais, on ne peut reprocher aux uns de briller sur les errements égocentriques des autres. Même pas à l’APR qui semble avoir tout appris d’Alain Peyrefitte : en politique, il faut savoir tirer le meilleur du pire ?