Protection civile - Des rapports, peu d’actions

Le dernier rapport publié par la Direction de la protection civile est encore sans appel. Pas moins de 578 morts liés à divers accidents ont été répertoriés en 2014. Si la protection civile permet d’alerter et de prévenir populations et autorités, les rapports annuels d’activités ne connaissent toujours pas d’actions à la mesure du danger.

es rapports de la protection civile se succèdent et les recommandations s’empilent année après année. Sans vraiment connaître de suite…heureuse. Pour une énième fois, un rapport annuel a été produit sur les activités de la direction de la protection civile (Dpc) au Sénégal. En 2014, le bilan de la brigade nationale des sapeurs-pompiers est encore catastrophique. Il se chiffre à 27.216 sorties. La protection civile n’a donc pas ménagé ses efforts. Présenté au début du mois de mars 2014, le rapport dresse le bilan de nombreuses actions réalisées. Difficile toutefois d’en dégager les points saillants tant les accidents et les victimes font légion.

Au total 15.109 accidents ont été répertoriés dont 578 morts. 2464 accidents domestiques et de travail. En cause, la sempiternelle rengaine : vétusté du parc automobile, indiscipline sur la route, mauvaise qualité des infrastructures, défaillance technique, négligence etc. Bref, la quadrature du cercle !

Par ailleurs, 188 personnes ont également péri dans des accidents de noyades et 19 autres malheureux ont perdu la vie à cause de la foudre.
Si les accidents énumérés doivent permettre au ministère de l’Intérieur de même qu’aux autres autorités compétentes (ministère de l’urbanisme et de l’habitat, ministère de la santé, ministère des infrastructures, ministère des transports…) de situer le mal et de prendre des mesures fortes pour arrêter l’hémorragie, les rapports de la direction de la protection civile ne sont encore qu’un outil de prévention et d’alerte. Mais non d’action.

A preuve, les prescriptions des rapports sont rarement suivies d’effet. Même si les victimes se comptent par milliers tous les ans. Inacceptable ! Sans doute faudrait-il des lettres de rappel à qui de droit pour que les mesures idoines soient prises.

En 2011 déjà, le rapport de la direction de la protection civile demandait la fermeture de l’usine Gravita installée à 500 m de l’hôpital pédiatrique de Diamniadio ainsi qu’à 200 m d’un orphelinat. Cette usine est décrite par les riverains comme une bombe chimique qui pourrait décimer la population des quartiers et villages environnants.

Il faudrait aussi rappeler que le collecteur d’eaux usées de «Hann-Fann» dont les dangers ont été révélés à l’opinion il y a quelques années, pourrait faire plus de 300 mille victimes en cas d’affaissement. Depuis cette découverte, rien n’a été fait alors que nombre de portions déjà affaissées sont aujourd’hui visibles dans certains endroits de la capitale (à Hlm et au quartier Ouagou Niayes). Depuis, les rapports de la Dpc en font à peine mention. Ailleurs, c’est au tour de la principale infrastructure d’approvisionnement en hydrocarbures d’inquiéter responsables de la SAR, autorités, populations…Avec tous les dégâts chimiques et écologiques y afférant, ces oléoducs de la SAR représentent une menace réelle sur la santé des populations ainsi que sur l’environnement.

Des prescriptions non suivies d’effets

Toutefois, la question à se poser est sans doute : pourquoi les experts attendent-ils toujours qu’on soit aussi proche de l’irréparable pour inquiéter l’opinion publique et alerter des autorités qui ne vont jamais agir à la mesure du danger ?

«C’est un organe de prévention et de prévision des catastrophes. A notre niveau, ce qu’on peut faire c’est de procéder à une visite, de relever les anomalies et d’édicter des prescriptions. Maintenant, le PV est transmis à qui de droit. Il appartient à l’autorité de prendre les dispositions qui s’imposent, mais nous, nous ne sommes pas un organe répressif. Au niveau de la protection civile, les visites sont menées normalement et les rapports sont établis et transmis à qui de droit. Il appartient à l’autorité de faire suivre ces prescriptions», renseignait dans une interview à La Gazette, le commandant Cheikh Tine de la Dpc.

D’après lui, il est regrettable qu’après un travail technique aussi difficile, cela ne serve à rien en fin de compte. Pour Tine, l’idéal serait de valoriser ces rapports en faisant respecter les prescriptions édictées. Ce qui motiverait davantage tous les démembrements de la Dpc et contribuerait même au respect des normes de sécurité.
Pourtant, depuis 2012, un dossier a été ficelé pour faire face aux risques liés au collecteur Fann-Hann, le marché Sandaga et les pipelines de Sar. Mieux, des estimations ont été faites pour fixer les le coût des indemnisations. Rien y fait ! Les autorités n’ont toujours pas agi à la mesure du fléau. En dehors de Sandaga qui continue de servir de squat malgré la fermeture, les pipelines de la Sar, le collecteur Fann-Hann et l’échangeur Sénégal 92 à la Patte d’oie entre autres attendent une solution qui préserverait les Sénégalais d’un autre Joola.

Actuellement, même les édifices publics font l’objet d’une visite de prévention, comme ce fut le cas pour le Ministère de l’Intérieur, par exemple ont fait l’objet de constats et des prescriptions ont été édictées. Pis, il y a un autre problème de culture de la prévention qui pourrait permettre d’éviter beaucoup de dommages.

En termes de perspectives, la direction de la protection civile a mis en place le Projet de gestion des Risques de Catastrophes et d’Adaptation au Changement climatique (PGRC-ACC). Mais sans fonds conséquents, cet outil ne ferait qu’attendre des appuis financiers externes pour gérer des catastrophes comme ce fut le cas pour les inondations en 2012. Dans le même registre, il y a également une recommandation phare de la Cedeao qui pourrait régler beaucoup de problèmes : il s’agit de demander aux Etats de se doter d’une agence unique de gestions de catastrophes. Cette agence serait autonome non seulement sur le plan financier, mais elle sera dotée de moyens conséquents et pourra intervenir à tout moment, sans attendre l’avis de qui que ce soit. Dans des pays comme le Ghana, c’est le Nadmo, au Nigéria le Nema, etc.

En attendant un autre lot de drames et de victimes pour 2015, les rapports de la protection civile, une fois suivis d’actions fortes, seraient beaucoup plus utiles.

Des ruines par centaines

En 2014, 168 bâtiments menaçant d’effondrement ont été recensés par les services de la protection civile sous la supervision de la Préfecture de Dakar. Sur ce chiffre, 25 ont fait l’objet de mesures d’évacuation en vue de leur démolition et/ou réhabilitation. En pourcentage, cela pourrait paraître faible, mais c’est l’arbre qui cache la forêt: le risque est bien réel et les accidents peuvent survenir à tout moment. Pour rappel, l’an dernier, l’immeuble abritant l’agence de presse sénégalaise (Aps) a été vidé de ses occupants à la dernière minute alors que le drame était imminent. Beaucoup de bâtiments sis dans la capitale dakaroise, y compris le ministère de l’Intérieur, sont dans cette même situation. Les investigations faites par les services de la protection civile ont révélé que les matériaux de construction ne répondaient pas toujours aux normes, l’absence d’entretien fait défaut, les normes de construction ne sont pas toujours respectées et le recours à un architecte est très faible entre autres manquements.

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