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Promotion et protection de la Diaspora Sénégalaise : Mécanismes pour un retour réussi

Publié le 19 novembre 2014 par Cheikh Ibra FALL

Longtemps caractérisé par une instabilité institutionnelle, le sous secteur des Sénégalais de l’Extérieur a, depuis maintenant deux années, pris le taureau par les cornes pour assurer de meilleures conditions de vie à la diaspora sénégalaise. D’où la mise en œuvre d’une politique cohérente assise sur un certain nombre d’outils et de mécanismes efficaces.

Le premier atout de la promotion des Sénégalais de l’extérieur, c’est leur capacité financière. Ainsi, les transferts de fonds contribuent fortement à l’amélioration de la balance des paiements. Entre 1997 et 2002, le volume de ces transferts est passé de 6,79% à 81,73% par rapport à l’Aide Publique au Développement (APD). En effet, pendant que l’APD a diminué dans la même période de 240 à 208 milliards, le volume des transferts a considérablement augmenté. C’est fort d’un tel constat que les autorités gouvernementales ont mis en place un certain nombre d’outils et de mécanismes pour mieux promouvoir les Sénégalais de l’extérieur, en prenant en charge, de la façon la plus adéquate, leurs préoccupations. Ainsi, le Fonds d’Appui à l’Investissement des Sénégalais de l’Extérieur (FAISE), principal levier sur lequel s’appuie l’Etat pour soutenir les Sénégalais établis un peu partout dans le monde, est passé de 300 millions en 2012 à 2,5 milliards FCFA en 2014. Il est exclusivement destiné au financement des projets de la diaspora.
Mieux, l’Etat a noué un partenariat avec les promoteurs immobiliers publics et privés pour offrir un canal d’investissement immobilier sécurisé pour la diaspora. Une telle démarche permet d’éviter le détournement de l’investissement des Sénégalais de l’Extérieur. L’autre initiative non moins importante reste la prise en charge des familles des émigrés, restées au Sénégal. Elle passe naturellement par les allocations familiales et la mise en place de mutuelles de santé.

Parallèlement à ces programmes en cours d’exécution, il existe d’autres projets tout aussi importants et qui entrent en droite ligne de la politique de promotion des Sénégalais de l’Extérieur. C’est le cas de la mise en place du Haut Conseil des Sénégalais de l’Extérieur (HCSE) en décembre 2014 pour consacrer définitivement la diaspora sénégalaise «15e région» du pays. Ce qui favorisera une meilleure organisation des émigrés et permettra un recensement exhaustif avec la mise en place de la carte consulaire biométrique. En plus d’apporter un chiffre exact, cette carte offrira l’avantage de retracer les parcours et les profils migratoires de nos concitoyens basés à l’étranger. Aujourd’hui, l’insuffisance de données statistiques fiables sur la migration rend difficile le recensement des émigrés sénégalais. Dans les pays de destination, les émigrés clandestins sont totalement omis. Les effectifs des émigrés restent en deçà de la réalité, malgré l’effort fourni par les ambassades et services consulaires pour enregistrer leurs ressortissants. En dehors des sources internationales peu précises, le phénomène peut être saisi à travers les statistiques officielles incomplètes et non encore exploitées. Cependant, elles estiment à environ trois millions le nombre des Sénégalais de l’extérieur.

En perspective de la maîtrise des facteurs de la migration, il est également question d’établir des Maisons de l’innovation des Sénégalais de l’Extérieur, dès 2015. L’objectif d’une telle initiative est de mobiliser la compétence hautement qualifiée dans les projets de développement économique et social. Ce qui débouchera sur le concept de «diaspora bonds» dont le but est de financer le développement par la diaspora.

Protection des émigrés

L’émigré est une personne vulnérable par définition. Eloigné de sa patrie, il est exposé à des chocs dus à des traitements hostiles. Ses conditions de séjour sont régies par des lois souvent draconiennes dans un environnement socio-économique particulier. Les cas extrêmes de difficultés sont surtout vécus par l’émigré qui n’est pas en règle avec l’Administration du pays de destination, par rapport aux conditions de séjour ou de travail. Il en est de même en cas de retour involontaire (rapatriement ou expulsion). Dans ces cas aussi, les droits humains de l’émigré ne sont pas toujours respectés. D’où le rôle prépondérant des représentations consulaires. La protection consulaire est l’une des fonctions les plus importantes d’un poste consulaire, citée à l’alinéa 1 de l’article 5 de la Convention de Vienne, comme étant «la mission première de l’activité consulaire». Il est du ressort du Consulat de délivrer aux ressortissants sénégalais les documents nécessaires à leurs bons séjour et établissement à l’extérieur. Il s’agit principalement du passeport mais aussi de la carte consulaire, qui permet à un compatriote ne bénéficiant pas de la sécurité sociale d’obtenir une aide médicale d’Etat, mais aussi de servir de justificatif de sa durée de séjour en cas de demande de régularisation.

De nos jours, eu égard à la recrudescence des problèmes liés à l’établissement de leurs documents administratifs, huit centres de dépôt et de production de Passeports numérisés à l’étranger et d’instruction de demande de carte nationale d’identité avec immatriculation (délivrance de numéros d’identification nationale provisoire permettant le dépôt immédiat de passeports) ont été installés à l’étranger. Ces centres sont répertoriés à Paris qui couvre Berlin, Londres, Bruxelles ainsi que Marseille, Lyon et le Havre. Abidjan prend en charge le Togo et le Burkina ; Madrid (Lisbonne et Brasilia) ; Milan (Rome) ; Casablanca (Tunis et Alger) ; Djeddah (Abu Dhabi) ; Caire (Addis Abeba, Pékin) ; Kuala Lumpur (Thaïlande), New-York (USA et Canada).

Il est, par ailleurs, dévolu au poste consulaire la mission d’enregistrement ou de renouvellement annuel des dossiers des compatriotes bénéficiant de prestations sociales. Ces dossiers sont ensuite transmis à la Caisse de sécurité sociale par l’entremise du département pour permettre à leurs familles restées au Sénégal de percevoir des allocations familiales. Aussi, pour le rapatriement des dépouilles, une assistance gratuite et spontanée doit être apportée aux proches de Sénégalais dont le décès a été communiqué au Consulat. Le cas échéant, un membre du Consulat Général se rend sur les lieux pour apporter conseils et réconfort aux proches du disparu et s’occuper des formalités administratives pour le rapatriement de la dépouille (délivrance de laissez-passer mortuaire). Le champ de la Chancellerie s’élargit aussi à la recherche de personnes disparues, à la visite des hospitalisés et à la médiation sociale.

Il existe, en outre, une autre forme de protection dite juridique et assurée par le Consulat. De ce fait, à chaque fois que le Consulat reçoit une notification de la détention d’un de nos compatriotes, un agent de la Chancellerie doit se rendre à la prison pour s’enquérir de la situation de la personne. Il s’agit de s’assurer que ses droits sont respectés en prison, que ses conditions de détention sont acceptables, mais aussi de voir si elle a des besoins ponctuels d’ordre administratif (Ex : procuration, renouvellement de documents…) ou le besoin d’entrer en contact avec des membres de sa famille et de voir les perspectives de réinsertion ou de retour au Sénégal. Toujours, le poste consulaire, sous réserve des pratiques et procédures en vigueur dans l’Etat de résidence, peut prendre les dispositions appropriées pour représenter ou faire représenter le Sénégalais prévenu devant les autorités locales ou au tribunal lors de procès. Dans ces situations, la présence d’un membre du consulat est gage de régularité de la procédure et du respect des droits de notre compatriote.

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