Profusion de partis politiques : Une démocratie en danger

De 1700 listes en 2009, elles  passent à 2700 en 2014. Soit 1000 de plus. Qu’est-ce qui explique cette pléthore ? Renforcement ou péril démocratique ?

De quoi l’explosion est-elle le nom ? Bonne santé ou recul démocratique ? Avec ces 2700 listes pour les Locales, le Sénégal est à un tournant décisif. L’anarchie guette le champ politique. La pluralité des listes municipales et départementales révèle une faillite des hommes politiques, de l’Etat.

228 partis répertoriés sur une population globale de14 millions d’Habitant et  27007 listes pour 602 collectivités locales, c’est trop ! Si 2009 était le temps des grands ensembles, 2014 c’est le temps des divergences, des doublures, des basses combines. Tout le monde veut devenir Maire. Résultat, on s’éloigne des normes des grandes démocraties du monde comme les aux Etats-Unis ou la France, où un nombre restreint de partis sont en compétition.

Pourquoi cette explosion des listes électorales ? A l’irruption du mouvement citoyen dans le champ politique, à l’absence de caution, mais aussi à la fin des idéologies dans l’espace politique. Ce qui prime aujourd’hui, c’est  comment assurer un mieux-être aux populations. C’est pourquoi les candidatures indépendantes émergent sur le plan local. Acteurs du développement et économistes s’alignent sur la ligne  de départ. La pléthore des listes aurait-elle des allures de contestation du leadership politique local ?

Au plan national, l’explosion des partis politiques répond à la non-application des textes qui régissent le fonctionnement des partis politiques  et à l’absence de démocratie à l’intérieur des partis. Pour rappel, l’Afp et l’Urd sont nés des flancs du Ps, après le congrès sans débat intronisant Ousmane Tanor Dieng au poste de premier secrétariat. Donc  instaurer la démocratie interne au sein des partis politiques va rationnaliser le champ politique. Combien sont-ils ces leaders qui, pour un différend avec le chef de parti, ont créé leur propre formation ?  Rewmi et l’Apr sont sortis des entrailles de la  divergence  de vue d’avec le secrétaire général du Pds, Abdoulaye Wade. And-Jeef /Pads, l’une des dernières formations en scission en est à sa troisième branche avec And-Jerign Sénégal de Bassirou Sarr. Mais Penda Mbow, avertit en marge de la cérémonie du lancement de la revue citoyenne, en avril dernier coïncidant avec la 200e reconnaissance de partis : «Ce nombre incalculable de partis politiques constitue une maladie démocratique». L’alerte n’a pas eu d’effet. Quelques semaines plus tard, Bës du Niakk et trois autres formations ont reçu leur acte de naissance des mains du ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo.

Non respect de la législation des partis politiques : Selon la commission nationale des réformes institutionnelles, la « stricte application de la loi n° 81-17 du 6 mai 1981 relative aux partis politiques, modifiée par la loi n°89-36 du 12 octobre 1989, aurait sans doute permis un assainissement et une moralisation du champ politique ». La disposition précise :  « quels que soient les partis politiques qui déposent chaque année au plus tard le 31 janvier, sous peine de dissolution, le compte financier de l’exercice écoulé».

Quel est le parti politique qui répond à ces conditions ? Aucun. Le congrès est absent de leur parcours. Si le Ps essaie d’être en phase avec la législation, les autres sont loin de la régularité. Il viole le dispositif réglementaire. Le Pds est dans l’immobilisme total. Amath Dansokho  (Pit) et Abdoulaye Bathily (LD) n’ont récemment cédé la place à Magatte Thiam et Mamadou Ndoye qu’au bout de 20 ans. L’Apr, à 5ans, n’a jamais tenu de congrès.

Politique, ascension sociale et économique : Un parti politique, c’est un moyen de pression. Faire de la politique, c’est un métier lucratif. On sort du néant pour se retrouver sous les sunlights. La politique, c’est le moyen le plus rapide pour s’enrichir.  Il assure un emploi aux jeunes militants et enrichit les plus expérimentés.  Entre 2000 et 2012, il suffisait d’une fonction politique pour devenir millionnaire ou milliardaire. La traque des biens mal acquis renseigne à merveille sur le sujet.

Un récépissé de parti politique permet aussi de récolter des fonds de manière gratuite. Sous Wade, les partis membres de la Cap21 avaient des salaires mensuels de 20 à 30 millions F CFA par mois. D’ailleurs, le différend entre Mamadou Diop Decroix et Landing est né de là. On soupçonne aussi une solde mensuelle de 15 à 20 millions F CFA versée aux membres de la coalition de Macky 2012.

Au contact du pouvoir, des politiciens sont devenus des propriétaires terriens. Combien sont-ils ces hommes politiques à bénéficier des terres de la vallée avec la Goana ? Mbane en est une parfaite illustration.

Comment limiter les partis politiques ?

Pour rationnaliser les partis politiques, la Cnri propose la création d’une Autorité de régularisation de la démocratie dont la mission est le «contrôle et la supervision de l’ensemble du processus électoral. Elle  assure le contrôle de la régularité du fonctionnement et du financement des partis politiques, la vérification du financement des campagnes électorales. Elle organise aussi la tenue de concertations régulières entre les acteurs du jeu politique».

«La Cni propose que la délivrance d’un récépissé attestant la création d’un parti politique soit assujettie à la production d’une liste de 10.000 adhérents domiciliés dans 10 régions au moins à raison de 700 adhérents au moins par région(…).

Pour la Cnri «le défaut de contrôle du circuit de financement des activités des partis politiques favorise les financements occultes, source de corruption et la stricte application de la loi est de nature à entraîner la réduction drastique du nombre de partis politiques ».

Dans la même lignée que la Cnri, le Forum civil et le réseau Apnac (réseau des parlementaires africains contre la corruption) proposent une loi sur le financement des partis politiques pour la lutte contre la corruption. L’un des objectifs est de rationnaliser les partis. Le projet de loi comporte 28 articles et 5 chapitres élections.

Dans la Section 1 qui traite des  conditions d’éligibilité au financement public des partis politiques, l’article 6 décline les critères suivants pour bénéficier d’une subvention de l’Etat : «Etre régulièrement enregistré au Ministère de l’Intérieur, Développer un système de formation civique de ses militants (universités d’été, publications de brochures, création d’institut, etc.). Selon les résultats obtenus suite à la participation aux dernières élections législatives, disposer de structures implantées sur l’étendue du territoire national.  Tenir à date les états financiers soumis au contrôle des organes de l’Etat, Avoir un siège connu et attesté par un titre de propriété ou par un contrat de bail, Disposer d’un compte bancaire ayant un solde créditeur d’au moins cinq millions 5 000 000 FCFA. Tenir une comptabilité régulière et disposer d’un inventaire de ses biens meubles et immeubles et produire l’attestation fiscale du dernier exercice. Tenir compte de la parité Homme/Femme dans les instances du parti et lors de l’établissement des listes électorales. Tenir régulièrement des élections de renouvellement des instances du parti (congrès, bureau politique), Avoir des supports de communication (site web, journal).

Tout parti politique  qui remplit ces critères peut adresser une demande écrite à la commission de financement des partis politiques et des campagnes électorales instituée par cette présente loi. L’allocation des subventions aux partis politiques se fera sur la base de ces critères à partir d’une échelle spécifique de notation déterminée par la Commission pour le Financement des Partis Politiques.»

Ces réformes prodiguées par la Cnri et l’Apnac vont, certes, rationnaliser et moraliser le champ politique. Mais la vraie rupture doit démarrer par le respect et la stricte application de la Loi n° 81-17 du 6 mai 1981 pour renforcer la démocratie. Et non la mettre en danger.

Le scrutin du 29 juin doit faire face au défi de la participation. Puisqu’il a déjà perdu le défi de la légalité avec cette validation de la liste non-paritaire de Touba.

You may also like...

Add Comment Register



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>