Des nuages planent sur la prochaine campagne de tomate, 2014-2015, du fait du non-respect des dispositions du protocole signé entre les producteurs et les certains industriels.

Le président du Comité de tomate, Abdoulaye Dieng déplore le non respect des engagements de la Socas leur principal partenaire pour l’achat de leur production. Selon lui, «la Socas qui s’est engagée à acheter la plus grande quantité ne respecte plus ses engagements signés dans le protocole d’accord sur la régulation et le suivi de la production et de la commercialisation de la tomate industrielle». Ce qui est à l’ origine du blocage de la campagne 2014-2015. La société Socas qui est implantée dans la vallée depuis une trentaine d’années a avancé comme motif qu’elle n’est pas d’accord avec l’importation de la tomate triple concentré au Sénégal destinée à régler le gap sur le marché national, alors qu’elle importe 3 752 T de tomate triple concentré, à l’instar de Agroline et Takamoul Food, qui introduisent respectivement dans le pays 2 144 T et 1761 T. La Socas doit acheter la moitié de la production de tomate estimée à 80 000 tonnes. C’est une filière dont l’apport à la croissance économique n’est plus à démontrer. Ce sont 2 milliards 688 millions de francs Cfa qu’elle a engrangé comme chiffre d’affaires pour le compte de la campagne agricole : 2013-2014. Elle polarise également des milliers d’emplois au niveau des jeunes et chefs de famille, domiciliés dans les départements de Dagana et Podor. Mais, des nuages planent sur sa prochaine campagne.

Chaque année, avant le démarrage de la campagne, un protocole d’accord est signé entre les producteurs de la vallée et les trois industriels de transformation de tomate (Socas, Agroline et Takamoul Food) qui s’engage chacun à acheter à acheter toute la production. Cette année, à travers ce contrat, signé au ministère du Commerce entre le Comité de tomate, la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas) et les industriels, les producteurs s’engagent à produire pour la campagne, 2013-2014, 80 000 T de tomate, qui sont vendus aux industriels conformément aux contrats établis. La clef de répartition est la suivante : Socas : 40 000 tonnes, Agroline : 20 000 tonnes, et Takamoul Food: 20 000 tonnes. Ce protocole d’accord déposé au niveau de la banque Cncas est destiné à l’octroi d’un financement aux producteurs «prêts à produire ce qu’ils ont convenu avec les industriels dans le but de respecter ce protocole». Mais, ce contrat risque de tomber dans l’eau et de compromettre la prochaine campagne. C’est grâce à ce protocole que la Cncas peut libérer les bons qui doivent être remis aux fournisseurs pour permettre aux producteurs de pouvoir s’approvisionner en intrants (semences, engrais, produits phytosanitaires…) et de faire le travail de sol. «Si Socas renonce au contrat, la banque se trouvera dans les difficultés pour libérer les bons de livraison», a déclaré M. Dieng, selon qui, si cet industriel s’obstine à ne pas respecter son engagement, il y aura forcément un manquement qui va créer un lourd préjudice, dommageable à la filière. Le directeur général de l’Horticulture, Macoumba Diouf, a salué les efforts déployés par l’Etat au profit de l’horticulture et, en particulier, de la tomate industrielle. Il a souligné que le l’Etat va jouer, dans les plus brefs délais, les bons offices en vue de lever les obstacles à la campagne 2014-2015. «Le gouvernement usera de tous les moyens pour inciter la Socas à renoncer à sa décision afin de protéger la filière tomate industrielle qui est un bel exemple de réussite. Nous avons également prévu de collaborer avec le ministère du Commerce à travers l’Agence de régulation des marchés (Arm) pour trouver des solutions», a-t-il déclaré. D’après Abdoulaye Dieng, cela fait trois ans que les producteurs de tomate sont confrontés à des difficultés intenables. La cause? «Chaque année, nous produisons suffisamment, comme convenu dans les contrats; mais les industriels ne prennent pas toutes nos productions», se désole-t-il.

L’IMPLANTATION DE AGROLINE ET TAKAMOUL, UN SOUCI PERMANENT

Le Comité de tomate se soucie de l’éloignement des deux usines de transformation de tomate que sont Agroline et Takamoul Food, implantés à Dakar. Les producteurs souhaitent que ces industriels s’installent, dans les plus brefs délais, dans la zone de production, à l’instar de Socas avec ses deux unités à Savoigne et à Dagana. Une vielle revendication, qui avait été soumise au président Abdoulaye Wade, qu’ils ont réitéré au président de la République Macky Sall lors du forum présidé par le Président Macky Sall, au troisième jour de sa tournée économique dans la vallée du Fleuve Sénégal. Selon Abdoulaye Dieng, ces deux industriels justifient la réticence de leur transfert dans la vallée du fait des problèmes liés à l’électricité. Le Dg de l’horticulture Macoumba Diouf a appuyé la doléance des industriels. La délocalisation peut être profitable aux deux parties a-t-il souligné.

LA REOUVERTURE DE L’USINE DE DAGANA REVENDIQUEE

Dans la même lancée, Abdoulaye Dieng, a demandé au président de la République d’œuvrer pour que la Socas procède à la réouverture de son usine de Dagana. De son avis, cette usine, fermée depuis plusieurs années, était une unité industrielle importante dans le dispositif mis en place pour un écoulement correct des récoltes de tomate. «Sa fermeture plombe le développement de la tomate. Car, vu qu’elle se trouve à Dagana, localité qui compte de grands producteurs de tomate, elle n’était pas loin des champs. Sa présence nous permettait, juste après l’enlèvement, de nous y rendre immédiatement avec nos charrettes», avant d’ajouter que cette fermeture a affecté négativement l’économie et le développement de cette localité. Cette usine générait beaucoup d’emplois directs et indirects.
Le Tarif extérieur commun (TEC) s’ajoute aux contraintes listées par le président du comité tomate, Abdoulaye Dieng. Car, avant l’adoption dudit tarif, il y a eu au Sénégal une protection qui était la taxe conjoncturelle à l’exportation. Mais, aujourd’hui, il y a des normes Cedeao qui vont suppléer les normes sénégalaises et le marché sénégalais va être ouvert vis-à-vis aux produits extérieurs. Donc, les industriels sénégalais seront en compétition avec les industriels des autres pays, alors que seuls les industriels nationaux ont l’obligation d’acheter sur le marché local. C’est pourquoi, Selon M. Dieng, des mesures doivent être prises par le Sénégal pour «faire face aux éventuelles conséquences sur l’économie nationale».