PRESIDENTIELLE 2017 : Wade fait semblant de chercher un candidat

« Je ne peux pas abandonner le navire libéral. » Ce propos de Me Wade hante encore le Pds qui cherche dans l’obscurité de la traque des biens mal acquis un homme pour 2017.

ade aime bien les énigmes. Au plus fort de la sourde contestation de la candidature virtuelle de Karim Wade à la Présidentielle de 2017, il annonce le congrès du Parti démocratique sénégalais (Pds) pour le 8 août prochain. Une date qui va coïncider avec les 40 ans de ce parti. Wade en a fait l’annonce dans un message à la Nation délivré depuis la France et diffusé sur You Tube. L’enjeu de ce rendez-vous ? Le choix du candidat des libéraux à la prochaine Présidentielle. «Le pouvoir n’est pas éternel. Celui qui l’exerce aujourd’hui doit savoir qu’un jour, il sera appelé à quitter pour laisser la place à un autre», philosophe-t-il dans son message. Cette sagesse-là, nombre de libéraux l’ont intériorisée. Aujourd’hui, des caciques, naguère haut placés et roulant pour certains avec des bolides, fréquentant les supermarchés les plus huppés, sont dans le pétrin. La prison menace, elle menace dangereusement d’autant que le pouvoir en place a fini de mettre les instruments juridiques destinés à tracer la voie. La Crei tant décriée est là. Son rôle ? Demander aux riches qui se sont faits par la politique de justifier leur fortune. Le débat juridique que charrie cette cour n’a pas réfréné l’ardeur des tenants du pouvoir. Mieux, 113 députés ont voté la levée de l’immunité parlementaire d’Abdoulaye Baldé, Oumar Sarr et Ousmane Ngom. Cette nouvelle donne laisse croire que les autorités, comme l’a souvent martelé le chef de l’Etat Macky Sall, iront jusqu’au bout de la traque des biens supposés mal acquis.

Pour le fauteuil de SG national du Pds

Quelques petits jours après la débâcle de mars 2012, le Pds était en congrès extraordinaire au Cices. Ce week-end-là, l’ancien président de la République très en verve avait raffermi chez ses militants l’espoir de le voir toujours aux commandes. « Le vieux ne partira pas ! », avait hurlé un sopiste. Effectivement, l’avenir lui a donné raison. Wade est toujours là. Le Cices, lieu de la rencontre était plein comme un œuf. La chaleur d’étuve qui plombait l’air obligeait Wade à arracher mouchoir après mouchoir pour s’essuyer le front huilé par la sueur. Un climat d’enfer qui a été exacerbé par le discours de feu du pape du Sopi. Ruminant encore sa colère après sa « surprenante » défaite, il attaque les puissances occidentales qui à ses yeux devraient aller mettre de l’ordre dans leurs pays. Le geste raide, Wade martèle être capable de bloquer le pays pendant 10 ans. « Je ne le ferai pas. Je n’ai pas la culture bolchévique (sic) », rassure-t-il. Les militants, eux, commencent à se rendre à l’évidence : « Gorgui » a la poitrine en feu. Un militant qui tentait de l’interrompre par des propos du genre « Gorgui dolignou » s’est vu arrêté net par le vieux.
Moins d’une semaine après sa défaite de mars 2012, Wade avait convoqué ses troupes. Objectif ? Cap sur les Législatives. « Le parti doit aller résolument vers la conquête de l’Assemblée nationale », lançait-t-il, non sans trahir l’apparence d’une volonté ferme de tenir le gouvernail. Pour autant, une question subsistait : pourquoi Wade a subitement tenu à dicter sa loi à l’agenda politique ? Les bruits de fissures y sont incontestablement pour quelque chose. En véritable « bête » politique, il a dû flairer que ses héritiers risquent de se livrer un combat de gladiateurs pour occuper le fauteuil de secrétaire général nationale du Pds.

« Je reste à la barre du parti et je vais rester secrétaire général », avait dit Me Wade, fondateur d’un parti politique dont il a le gouvernail depuis 1974. « Je ne peux pas abandonner le navire libéral », renchérit-il. Pour respecter les formes, il avait demandé à Oumar Sarr, le chargé des élections des libéraux d’être le mandataire du parti pour le dépôt des listes. C’est après seulement les législatives que Me Wade avait promis de renouveler les bases de son parti, pour ensuite dénicher à l’issue d’un congrès l’oiseau rare. Depuis lors qu’y a-t-il à la tête du Pds ? Un corps acéphale que tente de contrôler Modou Diagne Fada, président du groupe Liberté et démocratie. La mission d’Oumar Sarr a visiblement pris fin depuis que les Législatives sont dépassées. Et puis, le maire de Dagana n’a pas la tête à piloter le Pds.

Oumar Sarr fait, en effet, partie de ces caciques visés par la traque des biens supposés mal acquis. Il est cité dans cette affaire de marché de produits phytosanitaires qui aurait englouti près de 6 milliards de FCFA. Même s’il clame partout que cette traque a des relents politiques. Il en est de même pour Ousmane Ngom, l’ancien ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur sous Wade. Il a la carrure d’un bon leader libéral. Habitué aux bagarres politiques, Ousmane Ngom est la tête de pont du débat juridique qui avait tenté de battre en brèche la légalité de la Crei. Depuis bien des mois, Me Ngom est resté silencieux. Les libéraux ne lui feront, sans doute, pas le cadeau de le voir diriger le Pds. Ils garderont toujours en mémoire sa défection au profit du Parti socialiste. Me Ngom s’est pourtant, entre-temps, beaucoup investi aux côtés de l’ancien chef de l’Etat. C’est lui qui a le premier déclenché les hostilités contre Idrissa Seck sur les chantiers de Thiès.
L’ex-Premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye connu pour son orgueil débordant a laissé entendre qu’après Wade, il ne serait derrière personne. On peut bien le croire sur parole, lui qui a annoncé sa candidature pour 2017 après avoir suivi en Angleterre, pendant six mois, des cours intensifs d’anglais.

Il reste alors Modou Diagne Fada. « Modou Diagne Fada est incontestablement la meilleure carte pour relancer le Pds. » C’était il y a quelque huit mois, la conviction du secrétaire général du Comité de liaison fédéral du Pds à Ranérou Ferlo, Aliou Souleymane Sow. L’idée est loin d’être ridicule. Car, Fada est un militant de la première heure. Il a été à la tête de l’Ujtl, ce réceptacle qui a vu grandir la nouvelle génération incarnée par le jeune député El Hadj Wack Ly. Autre fait intéressant, débarqué du gouvernement, il est revenu aux affaires grâce à « Waar Wi », instrument qui lui a permis de défier Wade et d’être député en 2007. Redevenu ministre de la Santé, Fada, complètement absorbé par les dossiers n’était visible sur quasiment aucun plateau. L’image de gaffeur qu’il a donnée au lendemain de l’Alternance l’a quitté. Seulement, redevenu député de l’opposition dans ce contexte explosif pour ses frères sous la menace certaine d’un embastillement, Fada perd le nord. Il retombe dans la fièvre des années de jeunesse. Des années où l’invective et la défiance vis-à-vis des adultes était de mise. Peu lui pardonnent sa subite perte de sérénité. Il pourra toujours se justifier en évoquant la volonté des « apéristes de déglinguer leur parti. Mais, il parviendra péniblement à se mettre dans les habits du leader libéral que le Sopi attend.
Il y en a qui évoquent Karim Wade, à tort ou à raison. En premier, sans doute, Wade, son père. Les audits, les interminables interrogatoires puis Rebeuss auxquels le fils de Me Wade est soumis en ont fait pour le Pds un martyr. Il était tantôt porté en triomphe lorsqu’il sortait de chez les enquêteurs, tantôt sujet d’une folle attraction les jours de mobilisation des libéraux. Des mouvements se sont créés en son nom. Il traîne toutefois le handicap de la langue et surtout d’une réelle opposition incarnée par des caciques comme Aïda Mbodj. Un obstacle que le congrès du 8 août pourrait bien levé.

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