PRESIDENCE FACON MACKY SALL : Régime sous cholestérol

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Macky Sall étale sur la place publique le spectacle d’une présidence tendue et empressée, qui contredit sa sérénité proclamée.

Beaucoup d’observateurs rapprochent Macky Sall à Abdou Diouf. Les tenants du pouvoir cultivent volontiers cette proximité. Au point que certains y voit un désir presque freudien de filiation politique. La dernière audience que le président a accordée à une des plus fidèles amitiés de Diouf, l’ancien premier Habib Thiam, conforte cette thèse. Une volonté de rompre avec le régime agité de Wade.

Macky Sall est présenté comme une nature posée, pondérée. Ceux qui le connaissent disent qu’il ne s’agit pas d’une imposture.  Pourtant, sa réaction devant l’actualité récente est en porte-à-faux avec cette image policée sur laquelle le président a bâti une bonne partie de son capital sympathie, de plus en plus chancelant. Il y a une communication et une façon de faire, qui font dissonance avec la personnalité de Macky Sall.

Il y a eu le pétage du tuyau de Keur Momar Sarr qui a privé   Dakar d’eau potable. L’image du président engoncé dans un treillis militaire a défilé sur tous les écrans. Le ton affecté sur lequel il s’est exprimé et sa tenue camouflée ont fait impression dans l’opinion. C’était sans doute le but recherché. Mais passée l’émotion, cette opération n’a pas été d’un grand secours pour les Sénégalais en manque du liquide précieux depuis une quinzaine. Il aura cédé à la tentation de théâtraliser son action publique, sans efficacité réelle sur la panne technique. Où est la sérénité dans ça ?

Le régime de Macky Sall a encore donné le spectacle de sa nervosité avec les démissions récentes et presque simultanées de deux personnalités de son entourage : Jacques Diouf, son conseiller spécial et Moubarack Lô, directeur adjoint du cabinet présidentiel. La morale républicaine recommande qu’en de pareils cas, le chef prenne de la hauteur, remercie son ex-collaborateur et lui adresse ses vœux de succès. Ne pas reconnaître à autrui la liberté d’être sous ses ordres, fussent-ils présidentiels, relève d’une propension despotique.

Il n’a échappé à personne la malheureuse initiative de la Présidence d’apporter des justificatifs à ses départs. Un fait quasi inédit dans les annales du Palais. Alors même qu’il est hors du pays, le Président a cru utile de gamberger sur deux membres de son équipe, partis parmi une foultitude de conseillers. Il faut noter au passage la malveillante subtilité des communiqués des services de la Présidence. Imbus de morale officielle, ces «certificats de divorce» sont, en matière de propagande, de véritables modèles du genre. Ceux qui quittent deviennent aussitôt alliés du diable, «issus de la cuisse de Jupiter». On leur dénie tout : talent, qualité et patriotisme. Ils «sont prétentieux, hautains, ils regardent les autres avec condescendance», a brocardé Macky, sous le coup de l’adrénaline.

Ces pratiques sont aux antipodes d’une présidence vertueuse, sobre (par la parole) que vante le régime actuel.
Ce sont précisément ces entorses répétées à un idéal de gouvernance proclamée qui créent dans l’opinion l’impression que l’incertitude tenaille le régime, qu’une angoisse indécise le poursuit comme celui qui ne sait plus s’il marche toujours sur le bon chemin.

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