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Portrait : Nadjirou SALL, nouveau secrétaire général du ROPPA : Un paysan intègre au cœur des luttes paysannes

Publié le 11 novembre 2014 par Aminata DIENE

Intègre, sobre et pragmatique, Nadjirou Sall est le tout nouveau secrétaire général du ROPPA (Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest). Cet agro pasteur, natif du village de Donaye, près de Podor (480 km au nord de Dakar) dans la vallée du fleuve Sénégal, a participé à toutes les luttes paysannes contre l’accaparement des terres… et pour la promotion des exploitations familiales agricoles.

uand il parle il est posé et calme. Avec son interlocuteur, il aime souvent rappeler les dictons qui illustrent la sagesse de son père paysan. En mai 2014, au lendemain de sa nomination au poste de secrétaire général du ROPPA, Nadjirou Sall de la Fédération des Ongs du Sénégal (Fongs) a le triomphe modeste. Avec un sourire non dépourvu de fierté, il revient sur sa nomination. ‘’A Niamey, c’est le président du Cncr (Conseil national de concertation et de coopération des ruraux : Ndlr) qui est venu me dire que le Roppa va élire son bureau. J’ai été proposé au poste de secrétaire général. Après, j’ai accepté…’’, confie-t-il. A Thiès (70 km à l’est de Dakar), au siège de la Fongs où il occupe le poste de S G pendant plus d’une décennie, ce solide gaillard aux cheveux grisonnants, fait la fierté de ses camarades, qui lui ont manifesté toute leur sympathie après son élection.

Taille moyenne et teint noir, vêtu d’un caftan noir et blanc assorti de sandales de même couleur, Nadjirou Sall est membre d’une exploitation agricole de quatre hectares appartenant à sa famille à Donaye. C’est là qu’il cultive le riz, pratique le maraîchage (oignon, tomate, gombo, etc.) et pratique l’élevage (bovin, caprin, ovin, équin). Après avoir travaillé sur l’organisation de la filière oignon en 1989, il s’est occupé du riz et de la tomate à partir de 1991. Pour la promotion de ces filières, Nadjirou Sall s’est battu dans la vallée du fleuve Sénégal pour appuyer ses collègues paysans à mieux s’organiser dans la concertation, la contractualisation et l’interprofession.

Natif de Donaye, il y a une cinquantaine d’hivernages, Nadjirou a blanchi sous le harnais des luttes paysannes, notamment pour la promotion de l’exploitation familiale agricole. Au lycée de Podor, il arrête ses études secondaires pour repartir au village aider son père dans les travaux champêtres. Sa riche expérience, il l’a acquise avec la Fongs et le Cncr. C’est parce que, tout jeune, Nadjirou défendait les paysans. De là, il s’est forgé un leadership paysan avant d’intégrer en 1987 l’Union des jeunes de Koyli Wirnde (Ujak) de Podor, une association membre de la Fongs.

Nadjirou, un homme modeste

Ce Foutanké bon teint s’habille généralement d’une manière sobre. Maintes fois élu conseiller rural dans son Fouta natal, cet activiste de la société civile paysanne acquiert l’expérience de la gestion des collectivités locales. ‘’Pendant trois mandats, j’ai beaucoup travaillé sur le foncier, la décentralisation et le développement local’’, rappelle cet homme, connu pour son franc-parler et ses propos directs.
Nadjirou qui aime les choses concrètes, adopte un style de vie sobre. Dans son travail, il n’a pas de temps à perdre sur les longues et abstraites théories qui freinent sa logique discursive. Ce fils de Donaye a une pratique de la gestion foncière dans le cadre de la loi sur le domaine national. A cet égard d’ailleurs, il préfère qu’on lui colle l’étiquette de connaisseur de la terre de ses ancêtres, au lieu du titre élogieux d’expert. ‘‘Je ne suis pas dans la théorie des choses. Quand je parle, si je ne vois pas, je suis malade’’, confie cet homme véloce (il se hâte en marchant) et qui sait quand il le faut, prendre des décisions rapides. ‘‘On dit que je m’énerve vite aussi mais je ne suis pas rancunier, ni un homme de conflit’’, explique-t-il. N’empêche ce leader paysan est très ‘‘sociable’’ et garde le sens du partage. Il aime cependant se rappeler des dictons de son père auprès de qui il a hérité une certaine sagesse paysanne qui lie l’homme à l’action: ‘‘La parolene vaut rien si elle n’est pas liée à l’acte. Quand on dit des choses, il faut le faire’’. souligne-t-il. Pour corroborer, il raconte : ‘’Lorsque j’ai adhéré au mouvement paysan, mon combat était de défendre l’exploitation familiale…’’.

Fier agriculteur

L’année 2014 qui a été déclarée Année internationale de l’agriculture familiale (Aiaf) est symbolique pour Nadjirou. Le mouvement paysan a beaucoup d’activités cette année. Au-delà du symbolisme, il est en train de donner un contenu à cette année. C’est ainsi que le Cncr va rendre compte du résultat de son rapport sur le suivi des 2000 exploitations familiales, le 22 octobre prochain dans les 44 départements du Sénégal en termes d’emplois, de création de richesse, de sécurité alimentaire, de préservation des ressources de base. ‘‘On va présenter à L’Etat les apports et les contraintes de ces 2.000 exploitations familiales. Ce message qui va être transmis au niveau national et international, c’est pour dire que les exploitations familiales peuvent nourrir le Sénégal et que à peu près les 65% de ce que nous mangeons viennent d’elles’’, précise M. Sall.

Cet homme qui garde souvent l’humeur constante a son secret de vie : La marche ! ‘‘Je marche beaucoup. Les grands moments de discussion que j’ai partagés avec mon père, c’était en marchant’’, confie Nadjirou avec gravité et nostalgie.

Côté gastronomie, son plat préféré est le riz au poisson. Mais il adore aussi le couscous. Cet agro pasteur du Fouta a très tôt initié ses enfants à l’agriculture. ‘‘Le fait d’aller aux champs quand ils ne sont pas à l’école est leur contribution à la maison’’.
Avec sa franchise directe, l’homme dérange parfois. ‘‘Je dis les choses telles quelles sont et personne ne peut m’empêcher de d’exprimer ce que je pense. On peut me convaincre, mais pas m’empêcher de donner mon avis’’.

L’intégrité de ce leader paysan a bien souvent été citée en exemple, dans des réunions où il ne se trouvait point. ‘‘Nadjirou ne se vendra jamais à la Banque mondiale ou auprès de n’importe quel autre bailleur de fonds’’, rappelait, en septembre à Dakar un expert en foncier pastoral, témoignant sur son engagement dans la défense des terres paysannes.
Un mot à ses collègues sénégalais : ‘‘Nous sommes majoritaires dans ce pays, donc nous devons avoir la fierté de notre métier et le prouver. C’est cela qui construira notre le Sénégal’’.

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