La cohabitation entre la société Senchim et les populations riveraines est très tendue. Une bagarre existentielle oppose les deux entités. Depuis quatre ans déjà, un collectif des populations se bat énergiquement pour la délocalisation de cette usine. Une volonté rejetée par les responsables de l’usine.

Implantées dans la commune de Thiaroye-sur-Mer, les installations de l’usine Senchim passent presque inaperçues dans cette zone. Mais, cette discrétion est trahie par les miasmes putrides résultant de l’activité de cette industrie chimique. Ces émanations piquent les narines du passant comme une bombe asphyxiante. Le phénomène est véritablement insupportable pour les populations de la cité Famara Ibrahima Sagna, logées juste derrière la fabrique. La cohabitation avec cette unité industrielle devient impossible. Tout récemment, le vendredi 29 août, juste après la prière, des centaines de fidèles conduits par l’imam de la grande mosquée ont investi la devanture de SENCHIM en guise de protestation. Bloquant la circulation sur la nationale pendant quelques minutes avant l’arrivée des forces de sécurité.

Samba Ndiaye, porte-parole d’un groupe de jeunes assis à l’ombre d’un arbre, explique que la pollution augment sensiblement le matin et à la tombée de la nuit. Il désigne d’un doigt, une maison peinte en blanc, appartenant à un certain Ndiaye qui serait tombé malade des miasmes morbides de l’usine. «Il a dû déménager vers les HLM et c’est là qu’il a été rappelé à Dieu», précise-t-il. Un autre adolescent révèle que l’élevage de basse-cour est presque impossible dans cette localité. «Les poulets et canards y meurent systématiquement. Ils ne supportent pas le niveau élevé de pollution», explique-t-il. Une jeune femme tenant un enfant entre les bras souligne que dans le coin, on n’arrête pas de faire bouillir la théière. Car ajoute-elle, il est attribué au thé la vertu d’amoindrir les graves conséquences liées à l’inhalation des substances toxiques qui polluent l’atmosphère dans cette localité.

Fermeture

Mansour Guèye, chargé de la communication du collectif, s’appesantit sur toutes les démarches entreprises depuis la création de cette structure en 2010. Il brandit une pile de correspondances qui avaient été adressées aux plus hautes autorités du régime sortant, avec un compte-rendu détaillé de la visite effectuée à SENCHIM par la Direction de l’Environnement et des Etablissements Classés.
Entre autres conclusions, devant l’évidence des dégâts causés il avait été jugé non nécessaire de faire un audit de l’usine, d’autant que les impacts sont connus avec la formulation de prescriptions à satisfaire dans un délai d’une semaine. C’est ainsi que SENCHIM devait transmettre des documents techniques précis sur la gestion des matières réactives, la gestion des rejets (air, eaux, poussières), le suivi sanitaire du personnel, le programme de biopesticide développé, les plans de l’usine et les documents relatifs aux incinérateurs.

Pourtant, la fermeture de l’usine avait été décidée par courrier en date du 20 avril 2011 par le ministre d’Etat, ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature M. Djibo Leyti Kâ. «La société SENCHIM exploite une installation de première classe de façon non conforme aux dispositions de la loi portant Code de l’Environnement, notamment en ses articles L 13 et L 78 ainsi que son Décret d’application n° 2001-282 du 12 avril 2001 en ses articles R2 et R72», notait la correspondance du ministre. Celle-ci ajoute : «considérant les nuisances et les désagréments que génère votre installation industrielle, en dépit des prescriptions et recommandations faites lors des différentes visites effectuées par mes services compétents qui sont restées sans suite, et en application des articles L 79 et L 105 du Code de l’Environnement, je vous demande d’arrêter toutes activités de formulation, de production, de conditionnement et de stockage de produits phytosanitaires sur le site actuel de l’usine SENCHIM, à compter de la réception de la présente lettre». Dans ce courrier adressé au DG des Industries Chimiques du Sénégal, il revenait à la Section Protection de l’Environnement de la Gendarmerie Nationale, en relation avec la Division Régionale de l’Environnement et des Etablissements Classés de Dakar, d’assurer le suivi de l’exécution de la mesure. En dépit de cet arrêté ministériel, la Senchim continue allègrement ses activités. Face à la protestation croissante des populations, le Directeur délégué de SENCHIM, M. Alla Dieng, se défend. «L’usine est implantée sur ce site depuis 1958. Ce sont les populations qui sont venues habiter aux alentours», plaide-t-il Selon lui, aucun cas de maladie due aux émanations de SENCHIM ne leur a jamais été présenté. «Un médecin et un infirmier effectuent trois vacations par semaine ; mais ils n’ont jamais décelé un seul cas de maladie dans le personnel qui travaille dans les installations», rassure-t-il.

M. Dieng souligne que SENCHIM est ouvert à la négociation mais le collectif n’est préoccupé que par la délocalisation qui exige des moyens indus considérables, des études d’impact, surtout que l’usine emploie 75 Sénégalais.