Pikine-Elections Locales : Moustapha Niasse tord le bras à ses lieutenants dans la banlieue

Papa Sagna Mbaye, le Maire de la Ville de Pikine, membre de l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) et El Hadj Malick Gakou le N° 2 de ce parti, ne sont pas en course pour les prochaines élections locales. Cette situation comparable à un séisme politique est diversement appréciée par la population, qui soupçonne un deal au sommet entre Macky Sall le patron de l’APR et Moustapha Niasse celui de l’AFP. Comme si, sous la pression de Macky, Niasse avait  tordu le bras à ses principaux lieutenants dans la banlieue pour les dissuader de se présenter aux locales les plus disputées de l’histoire, avec plus de 200 listes en compétition rien qu’à Pikine et Guédiawaye. L’autre principale fausse note étant les cas de forclusion, enregistrés même au sein de la coalition au pouvoir.

Le refus de Papa Sagna Mbaye de briguer un second mandat n’est pas fortuit dans la mesure où, sur toute l’étendue de la région de Dakar, les Maires de villes sont tous candidats à leur succession. De Khalifa Sall à Badara Mamaya Sène en passant par Cheikh Sarr. Ils figurent tous sur les listes.  L’absence du Maire de Pikine est donc incompréhensible et inexplicable pour bon nombre d’observateurs. Pape Sagna Mbaye qui, en toute vraisemblance, se préparait à solliciter les suffrages des Pikinois, annonce tout de go qu’il n’est pas candidat à sa succession et qu’il va tout mettre en œuvre pour mener campagne aux côtés de Benno Bokk Yaakaar afin que son candidat lui succède à la tête de la Mairie de Pikine.

Les deux seules fois que ce cas de figure s’est invité dans la vie politique pikinoise, c’est pendant les locales de 1983 ; quand feu El Hadj Ibrahima Boye de la 6ème coordination PS de Guédiawaye s’était désolidarisé de Kabirou Mbodj de la 5ème coordination de Pikine, pour renforcer la 7ème  de Thiaroye-sur-Mer dirigée par M. Alioune Samb. Sentant que les dés étaient déjà jetés, Kabirou s’est retiré et Alioune Samb devient Maire de l’ex-grande commune de Pikine qui comprenait l’actuelle agglomération de Guédiawaye.

Le second retrait d’un Maire de Pikine à la course aux locales a eu lieu en 1996 à la veille de la mise en application de l’Acte 2 de la Décentralisation. Là aussi, c’est au niveau des instances du Parti Socialiste que la décision avait été prise d’investir Demba Seck à la place de Kabirou Mbodj, qui a, depuis lors, pris sa retraite politique.

C’est donc l’histoire qui bégaie avec ce brusque revirement effectué par le Maire de la Ville de Pikine, M. Papa Sagna Mbaye. Tout portait à croire qu’il allait briguer un autre mandat à la tête de l’institution. L’homme était enthousiaste et déployait toutes ses forces, semblant se préparer pour les locales. Mais certains proches du Maire affirment que depuis le lundi 28 avril  2014, jour d’installation des membres de la Haute Cour de Justice, le Maire de Pikine qui est allé répondre au président de l’Assemblée Nationale et patron de l’AFP, a pris la décision de ne pas se présenter. «M. Mbaye aurait pu figurer sur les listes et même s’il n’était plus Maire il aurait pu, en qualité de simple conseiller municipal de sa localité, apporter son expérience et son savoir-faire. Surtout que dans le domaine de la coopération, il a effectué un travail de titan qui a permis à la Ville de Pikine de se positionner dans le peloton de tête des grandes Villes des Périphéries du monde, aux côtés de Canoas au Brésil et Nanterre en France», regrette Amadou Faye, un Pikinois.

Il faut toutefois retenir que c’est seulement à Pikine qu’aucun Maire n’a rempilé de 1984 à nos jours. Même si à Dakar, Guédiawaye et Rufisque des Maires ont eu le privilège d’assumer entre deux et trois mandats consécutifs, à Pikine les Maires n’ont jamais obtenu deux mandats. La collectivité devenue autonome, disposait d’un Maire ordonnateur de budget ; même si, avant 1984, la circonscription administrative rattachée à la Mairie du Grand-Dakar avait des représentants du Maire de Dakar dans l’Arrondissement de Pikine, lesquels ont eu à rempiler. Mais ces Maires-là ne géraient aucun budget à cette époque.

D’autre part, le cas Malick Gackou est également source de beaucoup d’interrogations et de suspicions, dans la mesure où, ce dernier qui était très attendu à l’occasion de ces joutes électorales, pour s’être recroquevillé dans sa base originelle depuis son éviction du gouvernement, paraissait disposer d’une grande majorité électorale après avoir multiplié les initiatives, effectué des tournées, tenu d’interminables réunions. Gackou qui est non seulement très populaire dans beaucoup de localités de Guédiawaye et que la rumeur associait à Khalifa Sall pour un duo de choc, a quelque peu constitué un obstacle par rapport à l’hégémonie politique de Aliou Sall, le frère du président de la République.

Woré Sarr et Cheikh Sarr en danger

En fin de compte, Gackou a cédé le terrain politique à Aliou Sall, investi tête de liste, pour s’emparer de la prestigieuse Ville de Guédiawaye à l’issue des élections locales du 29 juin prochain. Dans cette collectivité, les carottes sont déjà cuites, de telle sorte qu’on attend simplement le jour indiqué pour exécuter à la lettre le schéma politique collégialement conçu et accepté d’un commun accord par tous les responsables politiques concernés. C’est, comme qui dirait, qu’il y a un arrangement à l’amiable permettant à chacun des maires socialistes que sont Aïda Sow Diawara, Dieynaba Fall ex-socialiste, néo apériste et Badou Faye de même que Cheikh Ndiaye de l’AFP de se faire réélire chacun en conservant leurs postes respectifs.

En clair, dans les 05 communes de Guédiawaye tous les Maires restent à leur place sauf Woré Sarr le Maire libéral de Médina Gounass qui doit surveiller ses arrières, faute de quoi elle risque de faire les frais de ce complot. L’autre Maire en danger, c’est bien Cheikh Sarr de Niaxx Jarinu qui, après avoir assuré l’intérim de feu  le Maire M. Chérif Macky Sall, a été élu Maire de la Ville de Guédiawaye pour parachever le mandat. M. Sarr est candidat à sa propre succession ; mais Aliou Sall, lui, est aux aguets, tel un chasseur, il risque avec l’appui des conseillers des mairies dirigées par les socialistes, de bondir sur sa «proie» pour arracher la grande Mairie de Guédiawaye des mains de Cheikh Sarr. Les jeux sont faits. Si Benno Bokk Yaakaar gagne, ce qui est très probable, la majorité des conseillers va porter Aliou Sall à la tête de la Mairie de Ville.

Dans tous les cas les locales 2014 risquent d’être les plus disputées et les plus incertaines de l’histoire, avec la pléthore de partis politiques et de coalitions en lice : 71 listes dans l’Arrondissement urbain de Pikine-Dagoudane, 62 dans celui des Niayes, 69 dans le Guédiawaye sans compter les listes de l’Arrondissement de Thiaroye. Ces joutes ont, d’autre part, la particularité d’enregistrer les forclusions de diverses listes de coalitions dont des partis de la majorité présidentielle et même des partis de l’opposition -le PDS en l’occurrence- du fait des guerres de positionnement.

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