L’Afrique de l’Ouest et du Centre se mobilisent pour mettre en place une stratégie de lutte contre la piraterie, les vols à main armée et autres activités illicites. Réunies la semaine dernière à Dakar, les autorités des deux organisations, accompagnées de la Commission du Golfe de Guinée (CGG) et les Nations Unies ont décidé ensemble de relever le défi.

«Les fléaux que constituent la piraterie, le terrorisme, l’extrémisme et le grand banditisme en mer, ainsi que d’autres actes de criminalité organisée, dirigés contre notre domaine maritime commun, s’ajoutent à d’autres facteurs et constituent une menace pour notre sécurité collective. Notre présence aujourd’hui est une illustration claire de notre engagement à relever ces défis dans l’intérêt collectif de nos différentes régions». Cette déclaration est de Kadré Désiré Ouédraogo, le président de la Commission de la CEDEAO, lors du sommet consacré à la lutte contre la pêche illicite en Afrique de l’Ouest et du Centre. Une nouvelle étape a été franchie lors de cette rencontre vers la mise en œuvre de la stratégie de lutte contre la piraterie, les vols à main armée et les autres activités illicites. Ainsi, un groupe de travail interrégional a été mis en place afin de concevoir les outils de coopération et de coordination, pour lesquels ont été adoptés les termes de référence, le budget et le plan de travail 2013-2014. Ce groupe aura, entre autres missions, de faciliter la mise en place d’un Centre Interrégional de Coordination (CIC) dont le siège sera au Cameroun.

Organisée par la CEDEAO, avec l’appui du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWA), la conférence de Dakar a réuni M. Kadré Désiré Ouedraogo, le général Pierre Garcia Babouma, Secrétaire Général adjoint de la CEEAC ; Mme Florentina Adenike Ukonga, Secrétaire Exécutive adjointe de la Commission du Golfe de Guinée (CGG) ; M. Said Djinnit, Représentant spécial du Secrétaire général (RSSG) pour l’Afrique de l’Ouest et chef du Bureau de Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest (UNOWA) et M. Abou Moussa, RSSG pour l’Afrique Centrale et chef du Bureau de Nations Unies pour l’Afrique Centrale (UNOCA). Les représentants des organisations partenaires, des agences des Nations Unies et du Cameroun, pays hôte du CIC, étaient aussi présents.

Dans ce processus, les organisations régionales sont appuyées par les Nations Unies à travers l’UNOCA, l’UNOWA, l’Organisation Maritime Internationale (OMI) et l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (UNODC), en vertu des résolutions 2018 (2011) et 2039 (2012). Celles-ci demandent au Secrétaire Général de l’ONU de soutenir l’élaboration d’une stratégie régionale commune de lutte contre la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée. Le Secrétaire général Ban Ki Moon a personnellement encouragé les Etats membres de la région à signer et à mettre en œuvre le Code de conduite sur la prévention et la répression des actes de piraterie, des vols à main armée à l’encontre des navires et des activités maritimes illicites en Afrique de l’Ouest et du Centre. Il a lancé un appel aux partenaires bilatéraux, régionaux et internationaux à fournir les ressources nécessaires. La rencontre de Dakar s’inscrit dans le cadre du suivi des décisions du Sommet sur la sûreté et la sécurité maritimes dans le Golfe de Guinée, qui s’est tenu à Yaoundé les 24 et 25 juin 2013. Au cours du sommet, les chefs d’Etat et de gouvernements des trois organisations avaient adopté les documents posant les bases d’une stratégie intégrée ; et ce, en réponse à la requête du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les conséquences de la pêche illicite inquiètent depuis de nombreuses années dans les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. La rareté de la ressource halieutique, la disparition de certaines espèces, la fermeture d’usines et les pertes d’emplois dans le secteur, impactent négativement sur le vécu des populations. Depuis 1990, le secteur de la pêche est en crise dans la sous-région, du fait de la surexploitation des ressources halieutiques par les pêcheurs industriels et artisanaux, la présence des armements étrangers, mais également la présence et l’ampleur de plus en plus inquiétante des pêches Inn qui gangrènent les économies des pays de la sous-région. Le Sénégal veut investir 33 milliards de francs Cfa dans les équipements de lutte contre la pêche illicite, non réglementée et non déclarée, pour pouvoir économiser plus de 164 milliards de francs Cfa. En Afrique de l’Ouest, « le fléau a fait perdre aux pays de la sous-région plus de 1350 milliards de FCfa en recettes ». Une révélation de Omar Ndiaye, secrétaire général du Ministère de la Pêche, lors d’un atelier organisé par la Commission sous-régionale des pêches (Csrp) au mois de février dernier à Dakar.

Encadré

Le code de la pêche foulé aux pieds

Dr Sogui DIOUF, ancien directeur de la pêche maritime, ne cesse de dénoncer les méfaits de l’ancien régime dans la lute contre la pêche illicite. Dans une contribution publiée au début du mois d’octobre dernier, il indiquait : « l’ancien ministre de la Pêche a violé la loi de 2010 à 2012 en négociant des accords avec des sociétés privées, contrairement aux dispositions du code de la pêche. Et ensuite, comme si les ressources halieutiques des eaux sénégalaises lui appartenaient, il a appliqué une législation ad hoc. Et dans ce contexte, il a accordé à des bateaux étrangers des licences de pêche d’une durée de 2 mois, alors que le décret 98-498 du 10 juin 1998 prévoit, en son article 19, des licences d’une durée de 6 mois et de 12 mois, dispensé ces navires étrangers de l’embarquement de marins sénégalais, dispensé les bateaux concernés du paiement des redevances dues au titre des licences de pêche, qui, dans le cas d’un chalutier pélagique congélateur, est de 52.500 FCFA/TJB/an. Les 29 chalutiers dont les licences ont été annulées fin mars 2012, auraient dû verser au Trésor 8.798.542.500 FCFA pour une licence de 12 mois et 4.531.403.887 FCFA pour 6 mois. En outre, ont été autorisés des bateaux ne disposant pas de capacité de congélation à transborder en mer leurs captures dans des navires collecteurs, alors que celles-ci auraient pu approvisionner le marché local ou être traitées au niveau des usines de la place par des milliers d’ouvrières sénégalaises. Il a réparti les sommes versées par les bateaux étrangers entre le Trésor et son ministère, en ouvrant à cet effet un compte dans une banque de la place, en violation des règles de la comptabilité publique, fait libérer des bateaux surpris en action de pêche dans une zone interdite. Les amendes proposées par la commission compétente ont été annulées. En tout état de cause, toutes les sommes encaissées sur le compte ouvert au nom du Ministère chargé de la Pêche, doivent être évaluées et la DAGE dudit ministère doit fournir les pièces justificatives ».