Partis de gauche au Sénégal - UN AVENIR EN POINTILLE …

C’est connu : les partis de la Gauche sénégalaise ont été à deux reprises des «faiseurs de rois», d’Abdoulaye Wade en 2000 à Macky Sall en 2012. Et comme toujours, une fois revenus des illusions de pouvoir, ils ont encore tenté des retrouvailles sans lendemain. La gauche a pourtant de beaux restes qui aspirent à alterner les alternances. A condition bien sûr de faire le diagnostic qui sied pour miser sur le bon cheval.

Enième essai de rassemblement de la gauche sénégalaise». En titrant ainsi lors des dernières retrouvailles d’une partie de la gauche les 21 et 22 février 2015, le journaliste de «Politici.com» ne faisait pas dans l’ironie, encore moins le sarcasme ou la dérision, mais un simple constat. Car il a aussitôt reconnu le rôle éminemment décisif des partis dits de la gauche traditionnelle pour l’avènement des deux alternances au Sénégal. Mais en faveur de qui ? Paradoxalement, pour les beaux jours des libéraux incapables à eux seuls d’y arriver, puisqu’au plus fort des années 90 quand il était au mieux de sa forme, Abdoulaye Wade était crédité de 30 à 35 % des voix. Alors que la jeune formation de Macky Sall (2008-2012) n’avait guère pu dépasser les 26 % et ne fait sans doute pas plus de 30 % aujourd’hui, compte tenu des formations et mouvements lilliputiens qui l’ont rejoint. Le constant unanime est que dorénavant seules de grandes coalitions peuvent gagner, dans lesquelles la gauche apporte chaque fois tant sa science politique, que la crédibilité des mastodontes comme hier Dansokho et Bathily (plus Landing alors avec Decroix) pour l’alternance en 2000, renforcés par Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse pour celle de 2012. Le second constat est de Mamadou Diop « Decroix » lui-même, héritier d’une moitié d’Aj/Pads, qui disait en 2013 dans les colonnes du « Quotidien » que la Gauche a toujours eu la «compétence pour contester et abattre un système, mais elle n’est pas encore compétente pour s’emparer du pouvoir et l’exercer». Vérité des faits !

Divergences doctrinales et cryptopersonnelles, manque de moyens

A l’autre bout, ajoutant au constat de son émiettement pour des causes doctrinaires (Trotskystes, Maoïstes), voire crypto-personnelles (2 Aj, 2 Rnd, n+1 PS, 2 Afp), le secrétaire général de l’Udf/Mboolo-mi, Pr Pape Demba Sy relève l’argument fondamental de la faiblesse des moyens financiers dont le soubassement n’est autre que l’incapacité à « mobiliser les populations qui font l’histoire». Là, c’est plus compliqué, puisqu’a défaut de bailleurs puissants, il lui sera impossible d’arriver à charmer un électorat qui, sans être aussi corrompu qu’on le croit, se laisse prendre aux illusions du marketing politique. Car en dehors du laisser paraître, Idrissa Seck n’a sans doute pas la fortune qu’on lui prête et Wade n’a pas distribué autant qu’on en a dit, alors qu’à l’opposé, Niasse a très vite compris en 2012 les limites du pouvoir de l’argent sur l’électorat. Même si Me Mame Adama Guèye relevait que sans argent, il est inutile de vouloir briguer le suffrage des Sénégalais. Le mercantilisme ayant définitivement planté ses tréteaux.

Résoudre l’équation de «l’opportunisme de droite»

La gauche a pourtant de beaux restes. Des ténors comme Dansokho et Bathily n’en seront sans doute pas. Pour les autres, il s’agira surtout de capitaliser sur leur parcours inspiré par l’histoire politique du Sénégal. Sans pour autant oublier certaines critiques ayant prévalu au fil de ces années de lutte avant et postindépendance et, qui sont encore d’actualité. En mettant en train une entité politique dénommée Confédération pour la démocratie et le socialisme (CDS), les leaders ont vu leurs rangs s’éclaircir davantage. Ce ne sont plus, selon « L’Enquête du 23 février 2015, que la Ligue démocratique (LD) de Mamadou Ndoye « Mendoza », le Parti de l’indépendance et du travail (PIT) de Magatte Thiam, l’Union pour la démocratie et le fédéralisme (UDF/Mboolo mi) du Pr Pape Demba Sy, le Rassemblement des travailleurs africains-Sénégal (RTA/S) de Momar Samb, l’Observatoire Républicain pour la démocratie et la citoyenneté (ORDC) de Charles Guèye, le Rassemblement national démocratique (RND) du Dr Dialo Diop et Yoonu askan wi (YAW). Ils ont certes de quoi être fiers, notamment les schémas tactiques développés ces dernières décennies et souvent victorieux, mais surtout dans des habits de faiseurs de rois, alors que l’ambition ne les a jamais quitté de conquérir le pouvoir pour l’exercer et mettre en pratique un programme de gauche. La non-application des conclusions des Assises nationales et des réformes préconisées par la CNRI dirigée par le Président Amadou Makhtar Mbow, sont comme une douche froide qu’ils ont essuyée, après avoir mené au pouvoir des coalitions qui les ont vite jetés aux oubliettes. En particulier le projet de nouvelle constitution qui n’a aucune chance de prospérer durant le magistère de Macky Sall dont tous les partisans ont dit qu’il en prendra ce qu’il juge utile. D’où le retour aux bases pour un « énième essai ».

Ayant raté le Mouvement des assises de gauche (MAG), à la veille des élections locales, pour la CDS lancée en février, il restera toujours à méditer les critiques faites à leurs prédécesseurs. Car si « la Gauche est un réservoir d’idées, de théories de la révolution ou de la révolte », elle n’a sans doute jamais résolu l’équation de « l’opportunisme de droite » qui fait courir certains vers des prébendes dès que l’occasion se présente. Sans oublier que même le PAI, « n’a pas pénétré les masses populaires au point d’en susciter des cadres prolétariens et paysans », toujours selon notre chroniqueur. Avec qui on peut se demander s’il existe même « une avant-garde capable de (…) mobiliser tout le peuple dans une lutte conséquente et prolongée » ? Car, c’est une condition sine qua non pour franchir cette « nouvelle étape de lutte pour l’émancipation nationale et populaire » clamée par le Pr Pape Demba Sy, à la première sortie de la CDS. Le Comité central du Parti socialiste ayant donné mandat à son Bureau politique pour la mobilisation de la gauche, est-il possible de voir là un créneau vers les masses. Sans doute, mais si et seulement si la confiance et la convergence des vues peuvent encore prévaloir sur les intérêts personnels.

Une si riche histoire politique

chématiquement, l’héritage de la gauche sénégalaise remonte aux temps coloniaux, le chroniqueur d’ « Afriques en lutte» allant jusqu’à convoquer « l’éveil de conscience des intellectuels et des combattants revenus de la première comme de la deuxième Guerre mondiale ». Le sentiment de lutte et de résistance des Tirailleurs avait ainsi mis en orbite, de fil en aiguille, les Tiémoko Garang Kouyaté et Lamine Senghor (mort en 1927), conduit à l’insoumission au système colonial, puis à la lutte pour l’indépendance. Par la suite naîtront l’Union démocratique sénégalaise (Uds) des Doudou Guèye, Abdoulaye Guèye Cabri et autres Groupes d’études communistes (Gec). Il y a aussi eu les camarades d’Abdoulaye Ly (futur PRA-Sénégal, la gauche de l’Uds-Rda). Puis le Parti africain de l’indépendance (PAI) était créé le 17 septembre 1957.

Plus radical, puisque prônant « l’indépendance nationale immédiate et le socialisme », le PAI traversera des péripéties à répétition, dont une bonne partie dans la clandestinité, jusqu’à la scission dont est issue la LD/ Mpt en 1974, le retour d’exil de Majmouth Diop marquant les quatre courants définis par Senghor, alors que les « clandestins » se retrouvaient pour fonder le Parti pour l’indépendance et le travail (PIT). Auparavant, suite à la destitution de Nkrumah au Ghana, il y a eu mai 68 qui a été le tournant décisif en mettant en lice un nouveau leadership. Quant à l’époque récente, elle a été marquée par les alliances de tous ordres : du Code 2000 à la Ca2000 au premier tour, avec le Fal au second tour, lors de la 1ère alternance ; puis après la stupeur et le boycott de 2007, la Cpa, le Cpc, le Front siggil Senegaal ; ensuite Benno siggil Senegaal, sans Aj/Pads (une partie dans l’opposition, l’autre au pouvoir) ; et enfin, pour la seconde alternance, les Assises nationales qui auront malgré tout porté Macky Sall au pouvoir avec Benno bokk yaakaar (Bby). Que de réussites populaires pour si peu de gains politiques à gauche !

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