PARTI SOCIALISTE : Une maison pas si verre

Et si le Ps prônait la démocratie, mais pratiquait l’autocratie ? Le congrès des 6 et 7 juin 2014 couronne Ousmane Tanor Dieng et fait voler en éclats la vitrine socialiste.

Vanté comme un modèle de démocratie de Parti, le Ps a dévié de sa route. Il a dévoilé sa vraie identité en suspendant en plein vote le processus électoral. Putsch, deal ou manipulation…, le retrait de la candidature de Aissata Tall Sall installe un climat délétère.

Le géant socialiste a les pieds d’argile. Le parti n’est démocratique que d’apparence. Les grandes tares sont mises à nu par la candidate Aïssata Tall Sall : non-application des textes, absence de débats, absence de rapport du Sg sortant… La grande innovation de l’appel à candidature pour le scrutin est entachée par l’échec du processus électoral. La démocratie interne est juste de façade. Quand la candidate de Podor parle «d’irrégularités dans le vote», Abdou Khadre Cissokho pense «erreurs». Et Pape Sow, secrétaire général de Convergence socialiste, menace : « Nous l’(Aissata Tall Sall) ’invitons à ne pas jeter l’opprobre sur le bon fonctionnement du parti». Et voilà qui conforte Khalifa Ababacar Sall, le secrétaire à la vie politique, au nom de « l’unité du parti et la cohésion entre les militants, a décidé d’arrêter la compétition électorale dans l’intérêt supérieur du parti. Le processus électoral va se poursuivre autour de la candidature de Ousmane Tanor Dieng au poste de secrétaire général du parti, conformément aux dispositions pertinentes de l’additive à la circulaires ». Dont acte !

Mais le Ps y perd le nord. Les communiqués sèment le doute. Si le secrétaire à la vie politique Khalifa Sall arrête le processus, le président du comité de pilotage des élections, Serigne Mbaye Thiam, appelle à la poursuite du vote. Thiam éclaire : «Le retrait ou non d’une candidature n’a aucune incidence sur le déroulement du processus, conformément aux dispositions pertinentes des textes du parti et dont l’objectif est de conférer une légitimité incontestable au Secrétaire général». Qui suivre ? Aissata Tall Sall opte pour le moins disant. Elle a pris le chemin de la « raison»  en jouant la carte de la militante disciplinée. Tout juste consent-elle à clarifier : «Je ne me désiste pas. Je n’ai pas retiré ma candidature». Elle poursuit d’une voix résignée : « Je subis, ce sont eux, les maîtres du processus».  Mais dans les couloirs de la maison de Colobane, il se susurre qu’ «elle a demandé à ce qu’on arrête le processus». Il souffle un vent de manipulation et/ou de complot.

A qui profite le crime ? Au Parti socialiste ? A Tanor Dieng ? A Aissata Tall Sall ou à Khalifa Ababacar  Sall ?  Le quarté est plus perdant que gagnant.

Le Ps n’est pas si démocratique, mais uni : Les socialistes ont perdu en crédibilité et en sympathie. L’image du Ps est défigurée, même si elle garde furtivement sa cohésion. Le conservatisme a prévalu sur la démocratie.  Mais qu’importe, le PS veut freiner la grande fissure et limiter les dégâts de la discorde. La maison des Verts ne veut plus de soustraction, quitte à verser dans l’anti-modèle démocratique, continuer le modèle de dévolution du pouvoir dans les partis uniques, en attendant la grande  révolution 2017.

Le Ps gagne aussi des points. Les héritiers de Senghor évitent de revivre le cauchemar de 2000. La perte du pouvoir a été causée en grande partie par les départs de Djibo Kâ et de Moustapha Niasse. Ces départs qui ont envoyé le Ps dans l’opposition où il s’est débattu durant 12 ans avant de retrouver les délices du pouvoir depuis 2012.

Certes,  le  « juge »  Khalifa Sall a plébiscité Ousmane Tanor Dieng, mais il garde jalousement  les secrets  de famille. Il met fin aux polémiques et aux critiques pouvant entacher les restes du modèle socialiste. Le Ps étant la seule formation politique sénégalaise à régulièrement renouveler ses instances.  Ousmane Tanor Dieng garde son moelleux fauteuil de Secrétaire général et le Ps aborde les Locales en toute sérénité.

Aïssata Tall Sall gagne.  L’arrêt du processus électoral lui évite une raclée. Les premiers résultats publiés plébiscitent Tanor Dieng. A Tamba c’est la marée Tanor : 182 pour OTd contre 13 pour Aïssata Tall Sall. A Ndindy et Ndoulo, ce sont les mêmes tendances : 170  voix pour le patron socialiste, contre 5 pour sa concurrente. Même la coordination de Saint-Louis lui aurait filé entre les mains. Aissata perdrait gros, elle enregistrerait un désaveu de sa base avant les Locales.

En lui évitant cet échec, le Ps lui préserve sa couronne de leadership national et son envergure politique nationale. La « cow-girl», entrée tardivement en politique du Ps, s’évite l’humiliation et le renvoi. Tous ceux qui se sont opposés à Tanor ont fini par prendre la porte de la maison de Colobane : Djibo Kâ, Moustapha Niass, Mamadou Diop, Robert Sagna, Souty Touré, Abdoulaye Makhtar Diop… et Malick Noel Seck.

Khalifa Sall joue à échec et mat. Il tient le beau et le mauvais rôle. En signant l’arrêt du scrutin interne, il perd des points dans son capital sympathie. Le potentiel adversaire et candidat du Ps en 2017 a montré une contre-valeur démocratique. Mais, s’il a sauvé les meubles de la maison, le Maire de Dakar endosse les habits du rassembleur. Un bon point en vue des investitures 2017. Il balise la voie du dauphinat entamé dans les candidatures des Locales. Presque toutes les listes estampillées Ps sont conduites par des supposés  pro Khalifa Sall.

Tanor gagne le secrétariat mais perd en légitimité. Au congrès de 2004, Ousmane Tanor Dieng était l’unique candidat. En 2014, il est seul en piste et garde son fauteuil après la sentence de Khalifa Sall écartant Aïssata Tall Sall de l’élection du congrès.  Mais Tanor n’est pas heureux. Il se sent trahi et affaibli. Un militant confie : « Il n’a pas aimé la décision d’arrêter le processus. Les premiers résultats sont largement en sa faveur ». Doudou Issa Niass approuve à l’Enquête : « Si Tanor était minoritaire, le vote continuerait ».

Alors à quoi joue le Ps ? Tanor se noie dans le silence et envoie ses contempteurs. Est-ce pour masquer la non transparence du scrutin ? Ou pour tracer une nouvelle voie à son adversaire, Aïssata Tall Sall ? Etre secrétaire général ne veut pas dire être candidat du Ps en 2014. Dès lors, Me Tall Sall peut revenir en scelle. Si elle a osé défier l’intouchable Tanor, pourquoi pas Khalifa Sall ?

Le Ps est en pleine turbulence. Tanor est l’élu des Verts,  mais son charme n’opère pas au plan national. Son score est en chute libre depuis 2007. A moins qu’il ne se dédise, il est hors course pour 2017.

Alors, tenir la barre du Ps reste un bien précieux emploi pour cet homme effacé. Ousmane Tanor Dieng, secrétaire général, le Ps garde la main à Benno Book Yakaar et prépare les potentiels candidats de 2017. Et si le Ps nous prenait pour des dupes ?

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