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Papa Abdoulaye Seck, ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural : «En 2016, le Sénégal peut atteindre l’autosuffisance en riz»

Publié le 24 novembre 2014 par Pape Mayoro Mamadou NDIAYE

Plusieurs défis doivent être relevés pour permettre au Sénégal d’atteindre l’autosuffisance en riz en 2017. Certains acteurs de la filière soutiennent que l’autosuffisance ne se réalisera pas à date échue. A cause de nombreuses contraintes. Mais, le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural affiche son optimisme.

La Gazette : Monsieur le ministre, sur quoi repose votre conviction que le Sénégal est dans une dynamique permettant d’atteindre l’autosuffisance en riz en 2017 ?

Pape Abdoulaye Seck : Il n’y a pas beaucoup de voies et moyens pour atteindre l’autosuffisance en riz dans un pays. Il faut une vision forte, partagée. Et, la vision du président Macky Sall est partagée par l’ensemble des acteurs de la filière riz. Il faut également un plan opérationnel concerté et nous l’avons dans le cadre du Pracas (Programme de relance et d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise). Tout ceci a été validé lors d’un Conseil interministériel. Le gouvernement du Sénégal a investi sur fonds propres plus de 32 milliards FCFA pour l’atteinte de cet objectif. Aujourd’hui, vous avez pu constater sur le terrain que toute la vallée du fleuve Sénégal est en chantier. Il y a un engouement très fort de l’ensemble des producteurs. Donc, si ceux qui produisent sont convaincus, en plus de l’Etat qui met les moyens ainsi que les partenaires techniques et financiers qui nous accompagnent, il y a des raisons d’y croire. L’Inde va nous accompagner avec un projet qui va permettre d’aménager 60 000 ha qui seront équipés. Tout cela prouve qu’il souffle un vent nouveau.

Des acteurs de la filière riz soutiennent que l’autosuffisance ne se réalisera pas en 2017. Car, il y a des contraintes liées au manque de semences certifiées. Qu’en pensez-vous ?

Je suis tout à fait d’accord avec les acteurs, lorsqu’ils disent qu’il y a un manque de semences certifiées. Et je voudrais les rassurer en affirmant que l’ambition majeure du gouvernement sénégalais, c’est de tout mettre en œuvre pour reconstituer le capital semencier de toutes les espèces agricoles. C’est d’ailleurs pourquoi le gouvernement injecte chaque année 5 milliards de Fcfa en vue de la reconstitution du capital semencier. Et je pense que nous sommes sur la bonne voie car, pour avoir des semences certifiées, le préalable est d’avoir des semences de pré base en quantité suffisante. La visite du président de la République à la station Isra de Ndiol a démontré qu’il y a une bonne prise en charge. Par exemple, pour obtenir 1.600.000 tonnes de paddy, il faut 14 tonnes de semences certifiées. Qu’il s’agit, bien sûr, de multiplier. Nous avons constaté sur place que nous avons aujourd’hui 20 à 23 tonnes de semences de pré base. C’est dire donc qu’il y a une bonne couverture. En ce qui concerne également l’arachide, sur une prévision de 65 tonnes de pré base, nous sommes à 100 tonnes de pré base. Donc, nous avons largement dépassé notre objectif. C’est dire que ce qu’il y a lieu de faire maintenant, c’est de tout mettre en œuvre pour que la multiplication de ces semences de pré base se fasse dans de bonnes conditions. Nous allons pousser à la contractualisation entre différents acteurs afin qu’on puisse sécuriser le capital semencier. Les résultats sont concrets et palpables sur le terrain.

Le quota d’eau de l’Omvs alloué au Sénégal est jugé insuffisant, alors que cela est fondamental pour atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés. Comment comptez-vous y remédier ?

Tout ceci va être réglé dans les plus brefs délais, dans le sens bien compris des intérêts de notre pays. On ne peut pas, en un jour, construire une telle agriculture. Il faut que les gens le comprennent. Si vous voulez construire un bâtiment, il y a des étapes. Ce n’est pas parce que des problèmes existent qu’on doit remettre en cause le programme d’autosuffisance en riz. Il faut forcément qu’il y ait de problèmes, pour atteindre cette ambition tellement importante. Et, s’il y a des problèmes, il faut les régler au lieu de dire qu’on ne va pas atteindre un tel objectif. Non ! On n’atteindra pas nos objectifs si on ne règle pas nos problèmes.

Ensemble, tout est possible

Un autre problème est lié à l’argent, qui fait défaut à tous les niveaux. Lors d’un Conseil interministériel, le programme national d’autosuffisance a été budgétisé à hauteur de 74 milliards de FCFA. Alors que l’Etat ne dispose que de 19 milliards. Les producteurs doivent trouver 14 milliards, les industriels une vingtaine et il resterait 32 milliards supplémentaires à trouver ailleurs. Des acteurs de la filière estiment qu’il manque encore l’engagement du Ministère des Finances pour boucler cette somme attendue…

C’est faux ! Je pense que c’est la première fois que, sur une loi de finances rectificative, on vote plus de 32 milliards pour soutenir une filière. L’argent fait défaut alors que l’Etat a annulé la dette des producteurs, estimée à 13, 5 milliards de F Cfa pour leur permettre de devenir encore éligibles au niveau de la banque ? Ce n’est même pas logique. Il faut dire ce qui ne marche pas, mais il faut aussi dire ce qui marche. L’effacement de ces 13 milliards n’est-il pas un résultat important ? Il faut voir ce qui se passe aujourd’hui sur le terrain. Nous sommes en tournée dans la vallée du fleuve Sénégal qui doit être la zone pilote pour atteindre l’autosuffisance. Vous avez vu des rendements à l’hectare de riz de 7,5 tonnes à 12 tonnes ? C’est ça le concret. Il faut qu’on bavarde peu et qu’on travaille plus. En tout cas, si on se base sur ce qu’on a vu sur le terrain lors de cette tournée, il y a de quoi être optimiste. Si tout le monde s’engage en étant convaincu que se nourrir est une question nationale, nous serons au rendez-vous de l’autosuffisance à l’échéance fixée. Ensemble, tout est possible.

Donc, vous dites que l’argent ne fait pas défaut ?

Exactement ! Ce qui est difficile, c’est d’avoir de bonnes idées. Et nous les avons. Si on a de bonnes idées et une conviction forte, toutes les conditions seront réunies pour avancer. Vous parlez d’argent, on vient de signer avec l’Inde un projet de 32,5 milliards pour aménager 6 0 000 hectares dans la vallée du fleuve Sénégal. Ce ne sont pas des promesses. C’est réel et les travaux vont bientôt commencer. C’est comme cela qu’on construit le développement : régler graduellement les problèmes avec conviction et évoluer dans le bon sens avec une vision partagée.

Vous avez entendu à Bakel des producteurs dire que 2017, c’est loin. Eux-mêmes pensent qu’en 2016, le Sénégal peut atteindre l’autosuffisance en riz. Il faut voir les conditions pour matérialiser les idées généreuses de ces braves personnes. Au lieu de créer des problèmes insurmontables. Il n’y en a pas. Inch Allah, tout peut être surmonté grâce à la volonté, une ferme conviction et une vision claire. Et nous sommes dans cette direction. Si vous allez aujourd’hui au sud du Sénégal, vous constatez des producteurs qui disent qu’ils parviennent à assurer toute l’année leurs autosuffisances au niveau ménager. Ce sont des individus qui se sont bien engagés à accompagner le Pnar.


Traque des fraudeurs

Et, il faut le dire, le riz produit dans la vallée du fleuve Sénégal est d’une qualité supérieure au riz importé. Des gens, pour pouvoir vendre le riz importé, utilisent des sachets du riz local pour y mettre ce riz importé et tromper ainsi la vigilance des consommateurs. Cela existe. C’est suffisant pour répondre à la question de la qualité.

Quelles mesures allez-vous prendre pour mettre un terme à cette tromperie ?

Cela va être combattu jusqu’à la dernière énergie. Les producteurs eux-mêmes ont décidé de porter plainte contre tous ceux qui s’adonnent à de telles pratiques et ils seront soutenus par l’Etat.

Les contraintes sont énormes et c’est bientôt 2017…

Il y a une avancée significative. Nous avons eu des rendements de 7,5 tonnes à l’ha. Ce qui est absolument remarquable. Le coefficient de transformation est passé de 55 à 70%. Le Sénégal est autosuffisant en riz entier. Nous avons une production supérieure à 30 000 tonnes correspondant effectivement à la consommation en riz entier. Des progrès énormes sont présentement effectués. Mais, nous avons aussi des variétés parfumées pour sécuriser notre capital semencier en ce qui concerne les prébases. Il y a des avancées spectaculaires, mais le monde ne s’est pas fait en un jour ! Chaque fois que nous découvrons un obstacle, nous ferons tout ce qu’il faudra pour l’éliminer. Tel est notre credo.

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