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Ousmane Sy Ndiaye, secrétaire général de l’Unacois Jappoo : «Le PSE doit aménager à la PME un statut particulier»

Publié le 06 octobre 2014 par Fara SAMB

Comment se présente l’exacte situation des PME au Sénégal ?

Le secteur des PME au Sénégal vit une situation extrêmement difficile du fait que ses activités sont méconnues des principaux acteurs qui doivent soutenir son développement. Et d’abord pour sa survie. Parce qu’il faut que la PME arrive déjà à se maintenir dans son marché. Il se trouve que l’un des acteurs -qui devait être son allié principal -la banque- a une méconnaissance extraordinaire de la PME. Or, on ne peut pas la soutenir si on ne connait pas ses besoins, si on ne lui aménage pas un environnement propice à ses activités, ou si on n’a pas une bonne connaissance de son marché. Malheureusement, que ce soit sur l’environnement des affaires qui interpelle l’Etat, sur la plan fiscal ou juridique, sur le plan de l’aménagement du territoire, sur le plan d’un certain nombre de facilités de l’accès aux services publics, une partie de nos homologues du secteur privé, les banques et les assurances peinent également à soutenir la PME, à lui proposer des produits financiers appropriés à ses besoins. Parce que simplement ils ne la connaissent pas.

Quelles sont les principales contraintes rencontrées par la PME ?

Elles sont nombreuses. Autant je dois avouer qu’il y a des contraintes qui sont intrinsèques à la PME même, autant d’autres sont liées à l’environnement des affaires, à la méconnaissance du marché des PME pour lesquels les institutions financières devraient pouvoir proposer des produits adaptés. Les contraintes intrinsèques à la PME sont d’ordre organisationnel. C’est clair : l’essentiel des PME ne sont pas bien organisées, il fait bien le reconnaître. De ce point de vue, le pilotage financier des activités des PME pose problème. Certains chefs d’entreprises accusent un déficit ou un défaut de culture financière appropriée. Parce qu’une chose est de connaître ses besoins, une autre est de savoir présenter des requêtes et des business plans qui répondent à ce qui est exprimé. L’autre génération de contraintes identifiées est liée à l’environnement des affaires et d’abord, sur le plan fiscal et juridique. Nos différents pays n’ont pas encore aménagé à la petite et moyenne entreprise un environnement fiscal fait d’incitations et de facilitations. Ça pose problème. Nous avons malheureusement raté la dernière réforme, celle du Code général des impôts. Le secteur des PME avait demandé qu’il lui soit aménagé un dispositif d’incitations. Malheureusement, nous n’avons eu droit en réponse qu’à ce qui est communément appelé un droit fiscal incitatif. Ce qui veut dire que la PME est mise au même pied que toutes les autres entreprises, quand bien même dans le traitement de ses activités et de ses requêtes, l’Etat essaiera de mettre en place un certains nombre d’incitations. Tout cela n’est pas clair et n’est pas précis. Quand on fait d’une catégorie d’entreprises le moteur de la croissance, le principal pourvoyeur de richesses et créateur d’emplois d’un pays, il faut lui aménager des dispositions spécifiques qui vont lui permettre de s’acquitter de cette mission comme il faut. Enfin, nous avons des problèmes spécifiques avec le secteur de la banque dans nos différents Etats.

Qu’est-ce que vous attendez concrètement de l’Etat ?

C’est d’abord de poursuivre cet effort de réforme qui a été amorcé depuis quelques années. Il faut aller vers l’évaluation du Code général des impôts, l’évaluation du Code des douanes mis en place récemment, mais il faut également continuer à asseoir un dialogue public-privé qui aille dans le sens d’apporter les réformes spécifiques dont la PME a besoin pour s’épanouir. Et parmi celles-ci, nous pensons qu’il faut doter la PME d’un statut particulier. Ça nous paraît fondamental. Nous avions au Sénégal la charte des PME qui avait migré en Loi d’orientation. Aujourd’hui, nous sommes dans un nouveau contexte. Nous sommes passés d’un contexte de lutte contre la pauvreté à un contexte de Plan Sénégal émergent. Alors nous pensons qu’il faut aménager à la PME un statut assez particulier.

S’agissant de l’Unacois à qui on reproche souvent l’informalité, le manque de formation, etc. Avez-vous évolué par rapport à ces questions ?

Mais, naturellement, il y a eu beaucoup d’évolution ! C’est un mauvais procès qu’on fait à l’Unacois, alors qu’il n’y a pas qu’à l’Unacois que des membres sont dans l’informel. Dans les quinze Etats membres de la CEDEAO et dans les huit de l’UEMOA, 90% des entreprises sont dans le secteur informel. Ce secteur regroupe les populations d’entreprises qui sont aujourd’hui les seules à pouvoir produire les emplois dont nos pays ont besoin. Alors, il appartient aux Etats de saisir ce qui est bon dans ce secteur, ce qui est meilleur, pour le tirer vers la croissance. Ça nous paraît fondamental et à cet égard, il faut que le partenariat public-privé ne reste pas simplement un vœu pieux, mais qu’il prenne une forme de modèle économique qui permettra aux décideurs publics et aux acteurs du secteur informel de s’entendre sur les processus de modernisation des circuits de production. Voyez ce qui se passe dans le monde agricole. Nos systèmes de production agricole sont archaïques, complètement dépassés. Comment une entreprise en bonne et due forme peut-elle alors s’y installer ? Est-ce que l’Etat a aménagé un environnement pour faciliter l’initiative et le développement de PME agricoles ? C’est un problème. Regardez dans le secteur de l’artisanat ; celui de la pêche artisanale, également. Il y a donc des chantiers importants à ouvrir.

Pensez-vous qu’il en ait été tenu compte dans le PSE ?

Le PSE à mon avis, n’annonce pas de façon spécifique ce qu’il faudra faire pour le secteur informel. Mais il offre un cadre intéressant pour nouer le dialogue, engager la réflexion nécessaire qui pourra déboucher sur des directions d’actions qu’il faudra emprunter pour apporter des réponses. Parce qu’en réalité, il s’agit d’apporter des réponses sociales à nos différents pays. Il y a une demande sociale qui est là, latente, et à laquelle il faut faire face. Il y a un chômage galopant surtout celui des jeunes. Nous avons une population très jeune. Alors si nous voulons maintenir la stabilité de nos Etats, nous avons intérêt à trouver des réponses et à ce niveau, je crois que les gouvernants sont les premiers interpelés.

Avez-vous des solutions à proposer par rapport à ces problématiques ?

Nous en avons sur le chômage par exemple, qui me paraît fondamental. Dans ce contexte de mondialisation, de globalisation des échanges et d’ouverture, il est extrêmement difficile de parler de protection. Mais tous les pays, que ce soit les Etats-Unis, l’Europe, partout où l’enjeu de l’emploi s’est posé, les gouvernements, les décideurs publics ont pris l’option de préserver un certain nombre d’intérêts aux investisseurs nationaux. Parce que c’est le minimum qu’un gouvernement puisse faire. Alors, il est important pour notre pays que le gouvernement se détermine. Est-ce qu’il va continuer à traiter le secteur privé local au même titre que le secteur privé international ? Ou est-ce qu’il a suffisamment pris la mesure des enjeux liés au chômage pour se dire que s’il veut créer des emplois et une richesse durables, il faut aménager pour le secteur privé local les conditions de son enrichissement pour qu’il crée des emplois. Parce que si les Sénégalais s’enrichissement, le Sénégal s’enrichit.

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