OPPOSITION : Le temps du profil bas

Par les temps qui courent, difficile de développer un discours crédible et mobilisateur apte à gêner Macky Sall. De quoi prolonger le blues de l’opposition.

Il y a des moments qui ne sont pas indiqués pour faire de la politique. L’opposition semble avoir compris une chose : dans la situation politique actuelle, les astres s’avèrent plutôt bénéfiques au chef de l’Etat. Macky Sall est revenu du Club de Paris auréolé de gloire. Qui aurait cru que l’austère Banque mondiale, tombeur en compagnie du Fmi, du régime socialiste, mettrait si généreusement la main à la poche au profit de notre pays ? Très peu, sans doute. Non seulement ces banquiers à la sobriété «mortelle» ont, au Sénégal un portefeuille estimé à 1,2 milliard de dollars, mais ils ont décidé d’appuyer le Plan Sénégal émergent à hauteur de 424, 5 milliards de FCFA. Et c’est le numéro de l’institution et chef des opérations financières du Groupe, Bertrand Badré, qui l’ révélé. Il venait de boucler une visite de trois jours au Sénégal. Ce montant vient s’ajouter au portefeuille de la Banque qui s’élève déjà à 1,2 milliard de dollars (566 milliards de FCFA) réparti dans 22 projets en cours. «L’ambition de la Banque mondiale rencontre parfaitement celle du Sénégal. J’étais venu pour apporter un message de soutien de principe au Pse», a-t-il assuré.  Selon lui, l’objectif ultime de la Banque mondiale est de parvenir à éradiquer l’extrême pauvreté d’ici à 2030 à travers une croissance inclusive. Voilà un engagement radicalement opposé aux diatribes d’Alex Segura contre le régime libéral. Comment dans ce contexte développer un discours crédible et apte à démolir le «Yonu yukkute» ? En tout cas, aucun des leaders de l’opposition ne se risque à un tel exercice. En premier Idrissa Seck.

Qui se souvient de la dernière apparition publique du maire de Thiès ? Il faut, en effet, aller au plus profond des souvenirs enfouis dans le temps pour dénicher la dernière adresse publique de Mara. Même lorsque Me Nafissatou Diop Cissé, disque dur du «Protocole de Rebeuss», a rompu avec Rewmi et fait la terrible promesse d’écrire un livre sur ce fameux «Protocole de Rebeuss», Idy est resté de marbre. Le départ de Youssou Diagne, ex-président de l’Assemblée nationale, n’a pas non plus fait sortir le maire de Thiès de son mutisme. Tout comme le divorce consommé avec Pape Diouf et Oumar Guèye, tous deux ministres de la République. La cruelle «rumeur» qui annonçait l’ancien Premier ministre malade, n’a suscité de sa part aucun commentaire. Le débat sur le mode de scrutin, éternelle pomme de discorde entre l’opposition et le pouvoir, ne l’a guère intéressé. A moins qu’il soit sûr de la victoire de sa formation politique aux prochaines Locales dans la capitale du rail. Et ceux qui s’attendent à ce qu’Idrissa Seck vienne superviser la confection des listes ou négocier les alliances pourraient bien être déçus. «Le leader gagne à ne pas être vu», se dit-il sûrement. Mais futé politicien, Mara sait bien qu’il est difficile, en ces temps de bonne étoile, d’entreprendre quelque chose de mobilisateur et de durable contre Macky Sall. Disciple de Me Wade, en dépit des convulsions qui ont marqué leurs rapports, Idrissa Seck se console peut-être des terribles épreuves qui ont jalonné le chemin de la victoire du Pape du Sopi. Au cours de ses 26 ans d’opposition, il y a eu des défections à la pelle jusqu’à celle du modéré Fara Ndiaye, alors député et n°2 du Pds, des accusations d’atteinte à la sûreté de l’Etat et des emprisonnements. En 2000, Wade a battu Diouf. Comme Wade, Idy semble jouer sur les temps forts et les périodes de creux du régime en place. Rien à faire donc, le patron de Rewmi va prolonger son sommeil. Par contre le Parti démocratique sénégalais (Pds) est tenu d’être sur le terrain.

Aux affaires pendant 12 ans, les libéraux savent tout le profit que rapporte la mobilisation dans la rue. Déjà, pour s’opposer à la troisième candidature de Me Wade en 2012, des leaders de l’opposition d’alors comme Idrissa Seck, Cheikh Bamba Dièye et Ibrahima Fall ont assiégé la Place de l’indépendance, obligeant les forces de l’ordre à faire usage de leurs bombes lacrymogènes. Et à accroître le discrédit du régime de Wade. Seulement, en dépit des manifestations de rue du Pds, le champ de l’opposition demeure désespérément amorphe. Le Parti démocratique sénégalais (Pds) est naturellement sur le pied de guerre. La traque des biens mal acquis, ciment de leur mobilisation, ne leur attire aucune sympathie. Les nouveaux partis comme celui de Pape Diop (Alliance Bokk Gis Gis) ou d’Abdoulaye Baldé (Union des centristes du Sénégal), nés des flancs du Pds, peinent à grandir, à séduire et à gêner le pouvoir en place. Tous les deux, piètres communicateurs, traînent le désavantage d’être accusés avoir trempé dans les biens mal acquis. Même si, il est vrai, Pape Diop de l’Alliance Bokk Gis Gis est le moins cité, le maire de Ziguinchor, lui, a une mobilité très réduite. La dernière fois, il s’est vu interdit de voyage. Mamadou Diop Decroix d’Aj/Pads s’efforce de temps en temps de rappeler qu’il est bien dans l’opposition. Mais, sa «gesticulation» est pour l’heure médiatique. Il en est ainsi de Mamour Cissé du Psd/Jant bi. Bës du Niakk de Serigne Mansour Sy Djamil sort du lot. Fort de 4 députés à l’Assemblée nationale, Bës du Niakk n’a pas encore la force suffisante pour inquiéter la coalition au pouvoir. Mais sa capacité de nuisance est réelle.

Autant dire que depuis la plus fracassante déclaration de Moustapha Niasse, secrétaire général de l’Alliance des forces de progrès (Afp) de ne pas se présenter à la Présidentielle de 2017 et de ne point appuyer une quelconque candidature contre Macky Sall, la classe politique accuse à nouveau une affection qui semble bien congénitale : l’absence de leader.

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