Le travail cumulé de sape de Wade et Idrissa on dévasté l’image enchanteresse d’un Sénégal revenu triomphant du Groupe de Paris. Passé le coup de semonce, le pouvoir de Macky Sall cherche à redonner des couleurs à son projet politique.

L’exécutif a repris l’initiative politique. Après le soufflet croisé de Wade et Idrissa Seck, le pouvoir de Macky a enfin sorti un début de stratégie. Rappelez-vous : Idrissa Seck et Abdoulaye Wade ont interrompu les agapes fêtées  en février à Paris entre le Sénégal et ses bailleurs de fonds. Avant l’arrivée de ces deux-là à Dakar, le Sénégal était enchanté. Le pouvoir venait de vendre avec brio à ses partenaires financiers son programme d’émergence. A l’horizon pointait alors un gros nuage, qui annonçait une pluie prochaine de milliards.

L’arrivée de Wade - Père à Dakar a été un choc. La foule et le slogan « Gorgui danio dioume (On s’est trompé, en wolo)f» qui l’ont accueilli à l’aéroport ont été dévastateurs pour le pouvoir en place.  Ensuite, il y a eu le réveil d’Idrissa Seck. Lui-même éclipsé dans un premier temps par la déferlante médiatique qui a suivi l’arrivée de Wade à Dakar, Idrissa Seck a retrouvé sa redoutable force de frappe. Devant cette double offensive, l’Alliance pour la République, a donné des coups désordonnés dans le vide, comme confronté à un adversaire invisible. Sans une vraie stratégie concertée et réfléchie, les répliques ont fusé de toutes parts. Souleymane Jules Diop, Latif Coulibaly, Seydou Gueye, etc. Cette contre-offensive tous azimuts a eu pour conséquence d’enfler la polémique. Mais surtout de suspendre l’opinion aux déclarations d’Idrissa Seck et de son ex-mentor, Wade. Le pouvoir donnait,  du coup, l’impression d’être sonné, en retard d’une déclaration, d’un coup politique à rendre, après en avoir encaissé un.

En multipliant les saillies fracassantes, Idrissa Seck a réussi à entraîner ses protagonistes dans une surenchère d’invectives politiques. C’est d’ailleurs sous cette forme que se manifeste principalement l’adversité politique ces derniers temps. Et le contexte pré-électoral ajoute à la tension ordinaire.

Du côté du pouvoir, le deuxième niveau de défense a été de disqualifier le discours, à tendance nihiliste, et la forme d’opposition que pratique le leader de Rewmi. «Ne l’écoutez pas, c’est un aliéné !», semblent dire les tenants du pouvoir. Cette «pathologisation» est manifeste dans les propos de Mael Diop. L’administrateur de l’Apr dit ceci dans les colonnes de L’Observateur du samedi 24 & dimanche 25 mai 2014 : «Idrissa Seck est un psychopathe, et il devient impérieux de se pencher sur son cas. Non pas en tant qu’opposant, mais en tant que psychopathe atteint d’un traumatisme.  C’est un homme qui souffre d’un mal profond, qui se trouve dans les tréfonds de son cerveau et qu’il faut guérir au plus vite. C’est vraiment un cas clinique, les propos d’Idrissa Seck n’ont aucune pertinence à être commentée ou traitée ou commentée. Ce qu’il faut faire, c’est d’appeler un médecin à son secours». Comme si le métier d’opposant avait encore ce côté anormal et hérétique sous nos tropiques. On peut se douter que ceux qui parlent ainsi, s’ils en avaient effectivement les capacités, n’auraient pas hésité à envoyer leurs opposants au goulag.

Ces propos de Mael Diop, que l’on croirait sortis d’un autre âge, ne sont pas moins dégradants que les déclarations du maire de Thiès, taxant certains «journalistes et intellectuels de dames de compagnie du couple Faye-Sall». Il y a visiblement chez le rewmiste en chef une volonté de rattrapage. Qualifié d’ «opposant saisonnier» par ses adversaires, la férocité de sa diatribe politique est sensée faire oublier son absentéisme sur la scène locale. Il faut aussi ajouter que le  Pds, l’Apr et Rewmi  constituent un triangle  d’adversité politique et prédisposé à une culture radicale et au lancement d’anathèmes. A entendre leurs responsables, il y a une fâcheuse réminiscence d’un discours véhément qui rappelle les «années de braise», où le Pds n’était pas encore au pouvoir.

Cette brique symbolique

Macky Sall a demandé à ses ouailles de ne plus répondre aux attaques de Wade et Idy. Ceci ne dénote pas seulement une volonté de casser la polémique, mais surtout une tentative de reprendre l’initiative sur la scène publique. Depuis mi-avril l’agenda politico-médiatique a été trusté par le duo Wade - Idy. Dans le cas du pouvoir, l’on a enfin compris l’urgence de rester maître du jeu politique. Surtout en période pré-électorale. La visite par le Premier ministre des chantiers des infrastructures contre les inondations, la semaine dernière dans la banlieue, est une façon d’opposer à la logorrhée de l’opposition Idy - Wade des réalisations concrètes. Dans son périple en banlieue, Mimi Touré a déclaré que son gouvernement tente de rattraper un retard de 10 à 15 ans.  L’allusion est claire.

Le week-end dernier, Macky Sall a posé la première pierre du nouveau pôle urbain de Diamniado.  Certes, il y a loin entre cette brique symbolique et la cité merveilleuse que l’on fait miroiter aux  Sénégalais. Mais, il faut revoir les maquettes d’immeubles et de cités aux pelouses photoshopées,  diffusées en boucle sur les écrans des télés, pour comprendre que le pouvoir a définitivement pris l’option de ré-enchanter l’opinion.

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