NOUVEAU LOGICIEL DE GESTION DE LA SOLDE DES AGENTS DE LA FONCTION PUBLIQUE : Dégâts collatéraux

Des agents de la Fonction publique ont été littéralement frappés de stupeur. Ils ont vu leurs salaires du mois de juin ponctionnés sans crier gare. Cela résulte du recours à un nouveau logiciel. Une innovation technologique qui a dû causer des dégâts collatéraux.

Une situation désastreuse, très pénible à vivre, s’est abattue sur des agents de la Fonction publique. Ces fonctionnaires ne savent plus à quel saint se vouer. En effet, beaucoup ont vu leurs salaires du mois de juin ponctionnés. Selon le Ministère de l’Economie et des Finances, ce dysfonctionnement est causé par le nouveau logiciel de gestion de la Solde des agents de la Fonction publique.

La Direction de la solde, des pensions et des rentes viagères du Ministère de l’Economie et des Finances a été prise d’assaut les mercredi 2 et jeudi 3 juin par les fonctionnaires ayant constaté des coupures sur leurs salaires de ce mois de juin, pour faire des réclamations afin de régulariser leurs situations. Gagnés La désolation se lit sur les visages de ces «victimes de juin». Au troisième étage de cet immeuble règne la bousculade. Un grand nombre de fonctionnaires s’entasse dans un couloir, faisant la queue devant une porte, pour des réclamations, afin que leur argent indûment retenu leur soit restitué. Certains se tiennent debout en attendant leur tour pour être régularisés. D’autres, affaiblis par la fatigue et le jeûne, s’assoient sur les escaliers. Venus d’horizons divers, ces fonctionnaires n’ont pas pu cacher leur amertume. «J’ai vu mon salaire ponctionné de 70 000 FCfa. C’est très dur parce que je ne m’y attendais pas», se désole Ibrahima Diouf, un instituteur venu de Ziguinchor, pour des réclamations. Dans la même foulée, le professeur d’Eps, Doudou Ndiaye, qui vient de Foundiougne, exprime sa surprise : «A la fin du mois, j’ai reçu mon salaire à la Poste de Foundiougne et j’ai constaté une ponction très élevée de 187 000 F Cfa».

Ces prélèvements sur les salaires ont causé beaucoup de préjudices. «Je suis très perturbé, mis à genoux, vu que la nourriture de ma famille m’attend. Ainsi que les factures d’eau et d’électricité que je dois payer ce 7 juillet. Cette somme qu’on a prélevée de mon salaire va énormément nous handicaper, ma famille et moi», peste M. Ndiaye. Et beaucoup de fonctionnaires sont dans la même situation. «C’est très difficile à vivre surtout durant cette période de ramadan qui nécessite beaucoup de dépenses», dit Fatima Ndiaye, la quarantaine, qui soutient qu’elle a vu son salaire amputé de 95 000FCfa.
Mamadou Diouf, fonctionnaire, est venu pour d’autres affaires le concernant. Toutefois, il comprend et partage l’émotion de ces agents de la fonction publique. «Hier et  avant-hier, j’y étais. J’ai vu une dame qui n’a perçu que 20 000 et une autre à qui on a coupé 75 000. Certains sont même rentrés sans avoir rien perçu de leur salaire. Les gens étaient dans tous leurs états», soutient M. Diouf, qui souligne que des solutions doivent être apportées dans les plus brefs délais.

Selon Mamadou Diouf, Secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes (Csa), ces ponctions effectuées sur les salaires de la fin du mois de juin n’ont pas manqué de susciter des commentaires outrés, fort compréhensibles. «Le salaire est une question sensible, et l’autorité, qu’il s’agisse de l’employeur public ou du privé, ne doit pas en disposer de manière cavalière», a-t-il déclaré.

Certains rentrent avec désespoir. Ils ont du mal à cacher leur anxiété. C’est le cas d’Aminata Aïdara, très émue. «On nous a enlevé d’un seul coût 120 000 FCFA et on ne se retrouve avec rien. Depuis lundi 30 juin, je fais des va-et-vient. Je n’ai plus d’espoir. Nous avons des engagements à la banque qui nous prennent beaucoup. Nous aurons bien des problèmes, ce mois-ci, pour survivre», déplore-t-elle, avant de s’interroger : «D’après eux, les 85 000 FCFA sont liés à l’impôt. Comment peut-on couper d’un seul coût 85 000 ?  C’était 17 000 ou 20 000 FCFA au maximum».
Pour ces fonctionnaires, la Direction de la solde n’a pas édifié les «victimes» sur ce trouble. Selon Ibrahima Diouf cet habitant de Ziguinchor, très frustré, cette direction chargée de la solde n’est pas précise. «On nous a servi des explications légères. Jusqu’à présent, aucune information fiable ne nous est fournie», dit-il, avant d’être soutenu par Doudou Ndiaye, professeur à Foundiougne : «Je ne suis pas suffisamment édifié. La direction a simplement dit qu’elle va me rembourser à la fin du mois de juillet».

Pour le Sg de la Csa, c’est incontestablement au gouvernement de communiquer sur cette question. Car, a-t-il estimé, «le salarié qui vit un tel dysfonctionnement, à la fin du mois, c’est-à-dire au moment où de partout surviennent les sollicitations auxquelles il doit s’efforcer de faire face, n’est a priori pas enclin à demeurer serein».

Une mesure bénéfique, a-t-il ajouté, peut dans sa mise en œuvre «susciter un sentiment de rejet parce que tout simplement il y a eu au départ un déficit de communication, et une impréparation qui pénalise tout le monde, et il me semble que ce soit ici le principal problème».
D’après Mamadou Diouf, la direction a dit qu’elle va le faire à la fin du mois de juillet. Ce qui n’est pas évident, pour lui. Car, à l’en croire, ce même problème a eu lieu à la fin du mois de mai. «Donc, je crois bien qu’il y a une négligence. Il fallait prendre les dispositions nécessaires pour éviter que la même erreur ne se reproduise. C’est aberrant», déplore-il.

Selon le syndicaliste, c’est la première fois que cette erreur se produit sous cette forme et dans une telle ampleur. Toutefois, a-t-il précisé, «nous avons connu de par le passé, non  seulement des ponctions mais aussi des suspensions de salaire dues à l’impossibilité pour l’Etat de situer des agents qu’il avait pourtant affectés, qui étaient bien à leurs postes, mais qu’une mauvaise mise à jour de ses fichiers ne permettait plus de localiser». A l’époque, poursuit le Sg de la Csa, «on dirait qu’il suffit de leur couper le salaire pour qu’ils se présentent».

D’après certains fonctionnaires, la Direction de la solde leur a servi comme explication que la ponction notée sur leur salaire est liée à leurs enfants devenus majeurs. «Cette ponction de 70 000 FCFA sur mon salaire est liée à un de mes enfants devenu majeur. Ils disent que c’est cela qu’ils ont pris en compte». Et, Aminata Aïdara d’ajouter : «On nous a dit qu’il y a un rappel effectué sur l’enfant devenu majeur».

D’après le Secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes, le gouvernement doit très rapidement faire une bonne communication sur cette question. «Je ne dis pas polémiquer, il a déjà tort, mais rencontrer les acteurs qui sont suffisamment responsables et discuter avec eux en toute objectivité», a-t-il déclaré.

LA DIRECTION DE LA SOLDE S’EXPLIQUE

Pour sa part, la Direction de la solde, des pensions et des rentes viagères a annoncé des rectifications des torts causés. A cet effet, elle a  invité, dans un communiqué rendu public, les fonctionnaires affectés par la mise en production du nouveau logiciel de gestion de la solde des agents de la Fonction publique (qui verraient des montants élevés d’impôts sur leurs salaires) à entreprendre les démarches nécessaires, pour rentrer dans leurs droits ou pour une régularisation. Selon la même source, «ce nouveau logiciel est mis en production pour compter du premier juin 2014». Dans ce cadre, souligne le communiqué, «il a été donné de constater des niveaux d’imposition trop élevés pour certains agents, des cessions volontaires au profit de certains établissements commerciaux dans des proportions importantes». Ainsi, note-t-il, «des précomptes significatifs au profit du Fonds national de retraite, au titre de validation de service et de l’omission de certaines rubriques de salaires (Indemnités de fonction, indemnité de sujétion, prestations familiales)». S’agissant de l’impôt sur le revenu, le document révèle que «les variations relevées procèdent des régularisations automatiques effectuées par le nouveau système sur la base notamment des nombres de parts assises sur le nombre d’enfants et d’épouses effectivement enregistrées». Pour réparer ces erreurs, la même source rapporte que «les agents qui se retrouvent dans cette situation sont invités à produire les extraits de naissance et les certificats de vie individuels ou collectifs de leurs enfants aux fins d’être rétablis dans leur droit». «Il est rappelé, au demeurant, que ces pièces d’état civil sont soumises à la formalité de renouvellement annuel», lit-on dans le texte. Selon la Direction de la Solde, des pensions et des rentes viagères, «pour les validations de service, les proportions normales à précompter au profit du fonds national de retraite seront restaurées dans l’émission des salaires du mois de juillet». Et le communiqué d’informer : «en ce qui concerne les rubriques de salaire omises, il est demandé aux agents concernés de se rapprocher des services techniques de la Direction de la solde, munis des pièces justificatives y afférentes (décret, arrêté, décision ou acte d’état civil) en vue de la régularisation de leur situation salariale dans les meilleurs délais». Selon Mamadou Diouf, Secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes (Csa), le Ministère de l’Economie et des Finances aurait dû en amont communiquer, ne serait-ce qu’avec les responsables des organisations de salariés. «Cela aurait sans aucun doute permis de sensibiliser sur les enjeux d’un nouveau mode de gestion, ses incidences positives à terme, ce que les salariés vont y gagner et terme de rapidité dans les futures  mises en solde, la prise en compte des avancements et même la programmation des pensions des nouveaux retraités…», a-t-il dénoncé.

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