Johnny Chien Méchant fait partie de la littérature des guerres civiles africaines. Le roman d’Emmanuel Dongala est devenu un classique du genre, adapté au cinéma par Jean Stéphane Sauvaire en 2008.

Le récit alterne la voix de deux adolescents pris dans une orgie de viols, de tueries et de pillages. Johnny Chien Méchant est enfant soldat à la tête d’une milice sans foi ni loi, qui sème la mort sur son sillage.

On est en Afrique, dans un pays qui pourrait bien être le Congo des années 90, le Libéria, le Sierre Léone des années 2000, ou le Centrafrique d’aujourd’hui. Mais les balles qui tuent sortent d’armes russes, israéliennes, américaines. Sur le terrain, les combats prennent d’ailleurs une résonnance internationale, en écho à d’autres conflits : les batailles se déroulent dans un quartier nommé Kandahar ; les milices sont appelées « Tchétchènes » ; les mercenaires sont des Serbes, etc.

Laokalé, l’autre personnage du récit, est une jeune fille, qui tente de sauver sa peau et celle sa mère, veuve et cul-de-jatte.

C’est un récit haletant qui décrit avec talent l’horreur de ces guerres qui ont dévasté l’Afrique, où chaque bande armée prétend lutter pour la démocratie.

Mais ce sont « tous des chacals, des hyènes, sortis de leur tanière, attirés par l’odeur du sang et de la rapine ».
Dans ce chaos, Dongala peint avec justesse le cynisme des Ongs occidentales. Elles sauvent les gorilles des forêts tropicales sous prétexte qu’ils sont des espèces en voie d’extinction, et ignorent les populations civiles qui meurent sous les balles ?

Dongala écrit sans fioriture ni pathos, dans un style limpide et âpre. Sa formation de scientifique y est sans doute pour quelque chose. (Il est prof de Chimie aux Usa).

Certaines scènes sont insoutenables, comme ce passage où un gamin implore Johnny Chien Méchant de le laisser en vie. En vain ; ou cette petite fille qui meurt broyée sous les roues d’un char. La plume de Dongala n’a–t-elle pas tremblé en écrivant ces passages ? Dommage que l’innocence soit totalement scarifiée à l’horreur et à l’arbitraire.

Qu’est-ce peut se cacher derrière le changement subit de Antonio Pellizzari, hédoniste invétéré et égoïste notoire, qui ne se soucie que de son bonheur ? L’homme cultivé et raffiné, directeur d’Opéra (La Scala) dans l’Italie d’après-guerre, décide un beau matin de tout plaquer. Il transforme sa somptueuse villa en orphelinat. Ébahi, le narrateur, son ami, décide d’y voir plus clair dans cette surprenante conversion. Il découvre alors un Pellizzari miné par un profond remords : dans un passé récent, pour sauver sa réputation et son honorabilité, le néo-samaritain avait laissé mourir un enfant proche. « Il avait fondé un orphelinat pour des enfants inconnus, mais il n’avait rien fait pour une créature, peut-être la seule au monde à laquelle il se sentait lié par la chair. Il avait même abandonné cette créature à elle-même ; à sa misère, comme s’il voulait la détacher de lui, comme s’il l’abhorrait ».

Autre découverte : le narrateur retrouve chez son ami néo-converti, ses boutons de manchettes qu’on lui avait volés…
Mario Soldati aborde des thèmes familiers aux lecteurs de Graham Green : ses personnages hantés par leur passé de débauche sont en quête de rédemption. On retrouve dans ce récit les motifs chers à Dostoïevski : ces longues confessions, mélange d’aveux insolites, de mauvaise conscience et de bonnes résolutions.

Le style de Soldati est plaisant et fluide (si l’on en juge par la traduction). Sa plume mêle l’exubérance à la sérénité. Extrait : « … Dans un coin, sous une tonnelle, près d’une cascade rouge et jaune de vignes vierges, qui recouvrait une exèdre de pierre, des niches, des statues, des pommes de pin, se trouvaient un salon en osier. Je m’abandonnais dans un de ces fauteuils. Et tout en sommeillant, je savourais encore la douceur d’un octobre lombard, qui, me disais-je, était peut-être le dernier de ma longue vie ».

Mario Soldati est considéré comme l’un des plus grands écrivains italiens du 20ème siècle. Né en 1906 à Turin, dans une famille de marchands de soieries, il a aussi réalisé une trentaine de films, mais n’a jamais été reconnu comme un grand réalisateur. Il est l’auteur, entre autres, de La vérité sur l’affaire Motta ; La confession ; La fuite en Italie. Il meurt en juin 99.

(1) Johnny Chien méchant,
Emmanuel Dongala, Le Serpent à Plumes, 2002
(2) Le père des Orphelins,
Mario Soldati Gallimard 99, pour la traduction françaiseGuerre et rédemption