NDEYE LUCIE CISSE, PRESIDENTE DU COSEF : «C’est à nous (femmes) de moraliser la politique»

Le nouveau gouvernement a réservé  six sièges  aux femmes sur 33 ministres. Une sortante, Anta Sarr ; deux arrivées, Viviane  Bompassy et Fatou Tambédou ; un retour, Mariama Sarr au Ministère de la Famille quand Awa Marie Coll Seck (Santé), Aminata Mbengue Ndiaye (Elevage), Khoudia Mbaye (investissement) rempilent au gouvernement de Mouhamed Dionne. Très peu pour Ndèye Lucie Cissé, la présidente du Conseil sénégalais des femmes est dubitative. Et amère. Mais, elle reste optimiste sur un autre registre. La députée et présidente de la commission Urbanisme, Habitat, Infrastructure et Transport de l’Assemblée nationale croit à  la percée des femmes dans les  conseils municipaux et départementaux.

Lucie Cissé, le remaniement ministériel emportant Aminata Touré a-t-il répondu aux attentes de la présidente du Conseil Sénégalais des femmes que vous êtes ?

On est loin de la parité. Nous sommes amères à cause du faible taux de représentativité des femmes au gouvernement. Six, c’est peu, eu égard à la loi sur la parité. Maintenant, nous nous félicitons que le nouveau Premier ministre appelle au travail, c’est l’unique voie pour atteindre l’émergence. Mais avant, nous rendons un vibrant hommage à l’ex-Premier ministre Aminata Touré. Elle a posé des actes de courage. Elle a introduit les réformes de la nationalité. Aujourd’hui la Sénégalaise peut donner la nationalité à son fils et à son époux. Elle s’est battue aussi  sur les traques des biens mal acquis. Elle a voulu accélérer la cadence, mais elle a perdu. Elle doit continuer à défendre ses idéaux.
Justement, Mimi Touré a surtout fait les frais de son échec aux élections locales,  comment analysez-vous les premières tendances des élections locales ?
C’est prématuré de faire une analyse pointue. Je me félicite de la bonne participation des femmes parce que la loi sur la parité y a été respecté sauf à Touba. D’après les échos, on aura une bonne masse critique de femmes qui vont se positionner dans les conseils municipaux et départementaux. Il y a un leadership féminin qui s’est confirmé à Podor et Bambey. D’autres vont émerger et vont montrer qu’elles ont leur place dans la politique et dans l’administration locale.
Malheureusement, il y a aussi des perdantes dont Aminata Mbengue Ndiaye,  Marième Badiane, Aminata Touré…..

Durant ces locales du 29 juin, deux présidentes de mouvement de femmes ont perdu leurs localités, Marième Badiane à Mermoz et Aminata Mbengue Ndiaye Louga. Quel est l’impact des mouvements féminin sur la représentativité des femmes sur le tissu politique ?

Nous sommes en politique. La présidente de mouvement qui perd, peut-être qu’elle n’était pas dans la bonne liste. Peut-être qu’elle n’était pas dans de bonnes dispositions. C’est difficile de juger. L’un des problèmes de ces locales, c’est la multiplicité des listes. Il  y a eu un manque de cohérence et cela a  affaiblit les enjeux.
Les femmes essaient de jouer leur rôle dans un contexte qui n’est pas facile. Mais, il y a eu beaucoup de progrès de 1960 à 2014. Rien qu’à l’Assemblée, on voit l’avancée significative. Caroline Faye fut seule sur 80 députés, aujourd’hui on est 64 femmes sur 150. Cela a été  possible  grâce au travail des pionnières comme Caroline Faye, Maïmouna Kane, Aminata Mbengue Ndiaye, Ndioro Ndiaye du mouvement Yewu-yewu et au rôle de locomotive du Conseil sénégalais des femmes  (Cosef).  Le Cosef a  été à la base de la loi sur la parité que les politiques ont fortifiée. Et c’est le moment de rendre hommage à Fatou Kiné Camara, président des femmes juristes qui est la mère porteuse avec le Cosef, de la loi sur la parité  introduite à l’Assemblée.

Aujourd’hui, la loi sur la parité est menacée, comment comptez-vous veiller à sa pérennisation ?

Nous avons été ébranlées par la liste non-paritaire de Touba.  Avec l’euphorie des législatives, nous avons pensé que la parité serait respectée, puisque Touba était paritaire aux législatives. Aujourd’hui, nous devons nous remobiliser pour la bataille de la consolidation de la loi. Car les Sénégalais ne comprennent pas que la parité que nous réclamons c’est l’égalité de chances entre les hommes et les femmes en politique. Tout le monde est conscient que les femmes  abattent un travail  énorme dans les  partis, mais que celui-ci n’est pas reconnu. Entre les législatives et les Locales, nous n’avons pas eu la parité au bureau de l’Assemblée. Aujourd’hui encore, nous n’aurons pas la parité dans les collectivités locales. Il faut des corrections. Nous avons tenté d’introduire la parité effective au niveau des bureaux municipaux et départementaux au niveau de la revue  du Code électoral, mais les partis n’ont pas voulu que l’on fasse ces réformes. La bataille continue.

Vous  êtes dans les partis ou est-ce que vous êtes dans les instances à titre décoratif ?

Non. La réalité des partis politiques n’est pas facile. Avant la loi sur la parité, les listes étaient toujours dominées par les hommes, seules deux ou trois femmes se glissaient dans les trente premières places. Elles avaient des chances infimes d’être élues. Pourtant, ce sont elles qui mobilisaient, élisaient les hommes. Mais quand il s’agit de poste électif, on pose la compétence.  La question de la compétence on ne la pose qu’avec les femmes et jamais avec les hommes.

N’ont-elles pas conforté ce rôle en se confinant dans des mouvements de femmes  et de ne pas s’impliquant au bureau national ?

Je ne pense pas, c’est culturel. La culture demande que les femmes se mettent derrière,  et systématiquement, elles ont ce comportement dans les partis. Elles ne réclament pas leur place, nous avons tort. Parce que nous sommes vecteurs de transmission d’éducation, des valeurs, principes…  C’est à nous de moraliser la politique.

N’est-il pas paradoxal que vous réclamiez la parité à l’Assemblée Nationale et qu’au niveau des bureaux politiques  nationaux des partis, on ne la retrouve pas ?

C’est se tromper. Il y a un processus et il y a une bataille à mener en interne. Si elles ne discutent pas à l’intérieur de leur mouvement pour mettre en place des stratégies, il n’y aura pas d’avancée. Donc, c’est bien qu’elles soient ensemble.

On n’a pas ressenti cette solidarité lors du congrès du Ps, Aissata Tall Sall a été mise en minorité …

C’est dommage, on pense que les femmes doivent être soutenues. Ce ne sera pas facile parce que les hommes savent se liguer contre les femmes. On trouve beaucoup plus de solidarité chez les hommes que chez les femmes. Elles n’ont pas le soutien de leurs sœurs, on les met les unes en face des autres. Ce sont des pièges et ce n’est pas l’échec du processus,  ni l’échec des mouvements des femmes. C’est un travail continu qui demande du temps. C’est bien d’avoir des femmes comme Aïssata Tall qui ont du leadership et du charisme. Elle a osé braver le leadership de Ousmane Tanor Dieng. Elle a enclenché le processus, c’est regrettable qu’elle ne soit pas allé à bout. Aujourd’hui, elle a démontré en remportant les Locales à Podor qu’elle est capable. Elle s’est imposée et a affirmé son leadership de Maire  malgré qu’elle ait été combattue de tous bords. Cela fera tache d’huile.  Aida Mbodj, aussi, a affirmé son leadership. Elle contrôle son fief et sait faire de la politique. Il n’y aura pas la parité, mais il y en aura une masse critique de femme dans les conseils municipaux. Elles vont réclamer leur rôle. Les élections sont locales mais les enjeux sont nationaux. Nous ne pouvons pas développer ce pays sans l’apport considérable des femmes, 52% de la population. Aujourd’hui, elles sont prêtes à assumer le rôle de Maire, on va dépasser le chiffre de 6.

Vous êtes bien optimiste

Je le suis parce que le Cosef a travaillé pour cela. Avec nos partenaires, nous avons fait le tour des régions pour former les femmes politiques sur la communication, le leadership et le code électoral. Nous allons continuer la formation des nouvelles élues des communes. Avec l’Acte 3, Il y aura un budget plus consistant, j’ose espérer que les maires et leurs collaborateurs pourront mieux travailler. Dans des domaines transférés, la santé, l’éducation, les femmes, pourront contrôler les fonds qui seront destinés à cet effet. On attend qu’elles soient dans le contrôle et le suivi du budget.

Le Cosef a, récemment, lancé le budget participatif sensible au genre  qu’espérez-vous gagné avec cela ?

Pour nous, le genre, c’est les femmes et les hommes. Là où  il y aura le  budget participatif  sensible au genre, la communauté se retrouvera. Les populations pourront participer à l’élaboration du budget. Avant le maire gérait son budget comme il l’entendait.

Vous êtes du Pit, on n’y  sent pas trop les femmes, pourquoi ?

Le Pit est à l’Assemblée nationale et au Conseil sénégalais des femmes, le Pit a coordonné Benno Siggil  Senegal jusqu’aux élections. Nous sommes différents des autres partis, l’Union démocratique des femmes du Sénégal est un mouvement affilié au Pit et non intégré. On traite d’égal à égal. Pourquoi on est affilié ? En 1984, au moment de la création, il y avait des femmes qui voulait travailler pour la cause des femmes mais ne voulaient pas s’engager en politique.  Il y avait d’autres qui voulaient faire de la politique, mais ne pouvaient pas. Ainsi, vous pouvez être membre de l’Udefs sans être du Pit. Il y a la cohabitation, c’est un avantage mais nous partageons la même idéologie, nous nous occupons des problèmes spécifiques des femmes. Nous avons comme idéal de moraliser la vie politique. Si aujourd’hui, je conduis le Cosef, cela veut dire que nous sommes présentes sur le terrain politique. Avant moi, il y a eu la première présidente de l’Udefs, Aminata Faye Kassé.

Ndeye Lucie Cissé, vous êtes aussi la présidente de la commission Infrastructures, Transport, Habitat … quel est son rôle ?

L’assemblée vit des commissions. Nous travaillons  beaucoup avec certaines organisations dans la résolution des conflits à Dakar Dem-Dikk, au Cetud, avec notamment le cas des chauffeurs de taxis jaune de l’aéroport qui vivent des drames familiaux. On travaille aussi sur le dossier de l’aéroport de Diass qui devait démarrer en juillet et qui tarde à être fonctionnel. Nous sommes sur le terrain, nous rencontrons les populations. Lors de notre passage, l’année dernière, on nous avait assuré que les populations rejoindront les maisons de recasement, mais jusqu’à présent rien n’y fit. La question des inondations, aussi, nous y sommes. On nous a promis des logements, nous avons voté des budgets, on doit faire le suivi. Qu’est-ce qui a été fait, qu’est-ce que l’on est en train de faire ? On doit interpeller le ministre de l’Urbanisme sur les manquements. S’agissant desénergies renouvelable, nous avons interpellé le gouvernement sur les décrets d’applications  votés et qui ne sont pas appliqués.

Il y des interpellations écrites, le Premier ministre Aminata Touré avait pris l’engagement qu’après les élections, tous les 15 jours, les ministres  viendraient faire le point de budget à l’Assemblée. Qu’en sera-t-il avec le nouveau ? L’Assemblée ne peut pas continuer de renouveler le budget chaque année sans contrôler le budget. Nous devons jouer ce rôle de contrôle.

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