Ango Essamay sort un premier album, Silo, à l’accent résolument social et au parfum délicatement sentimental.

Il a une allure de reggae man philanthrope et possède une voix de velours. Sur ces clichés de promo, guitare accroché à l’époque, dreadlocks au vent, il donne l’image d’un bourlingueur prêt à arpenter les sentiers ardus du showbiz. A 30 berges, Ango Essamay arrive sur la scène musicale sénégalaise avec un premier album et un gros paquet d’ambitions. C’est un album aux couleurs azurées  qui mixe les  sonorités de son sud natal et les rythmes très dansants des cultures casamançaises. Pour contenir cet éclectisme musical, il fallait un album élargi jusqu’à dix titres. Pour une première, ça peut paraître ambitieux. Mais l’artiste est  passeur  d’ambiances et de cultures.

Le titre de l’album  est Silo. C’est un nom évocateur et éloquent. Silo signifie en effet le chemin en mandingue. Il annonce le chemin emprunté jusque-là, semé d’embuches et la route incertaine qui reste à parcourir vers les cimes du succès.

Ça ne serait pas une aventure solitaire. Ango Essamay, 30 ans, est à la tête d’un groupe de jeunes musiciens et amis dénommé Essamay Band formé en 2008. Essamay signifie Tigre en diola. Ango est le diminutif du prénom du chanteur, connu à l’état-civil sous le nom de Angrand Sané.

L’orchestre, dont la plupart de ses membres est originaire de Bignona dans le Sud du pays, et revendique l’héritage -du moins l’influence- des groupes mythiques de la Casamance, comme les Touré Kunda et l’Ucas Band de Sédhiou.

Polyglotte, Ango Essamay chante en mandingue’ sa langue maternelle, en diola, en wolof, en anglais, etc. Artiste engagé, il a choisi pour ce premier album des thèmes en résonnance avec les préoccupations de son âge, de son époque. Résultat : c’est un opus à l’accent résolument social et au parfum délicatement sentimental. Morceaux choisis : avec Sabari, il gratte naturellement sa guitare pour le retour de la paix en Casamance, région hantée depuis trois décennies par les démons de l’irrédentisme. Il  exalte les liens de l’amitié dans la chanson Adioua. Il chante l’amour, sur un air mi affligé, mi enflammé, dans un titre explicitement implorant : Baby Woma.  Ce dernier morceau a fait l’objet d’un magnifique clip produit par le label Gélongal. Ce titre a servi en quelque sorte d’éclaireur  avant le lancement de l’album. Sorti il y a trois ans, ce single a connu un franc succès sur la toile, notamment sur Youtube. Du coup, la réussite virtuelle a déblayé la voie à la sortie de l’album complet.

L’une des compositions les plus emblématiques de cet opus est, sans doute,  Djambadong. C’est une musique  débridée qui montre toute la vigueur et la richesse des cultures du sud.  Djambadong, qui signifie la danse des feuilles, est une chorégraphie énergique et gaie, où se mêlent le sacré et la littérature. Elle est exécutée à l’occasion de la sortie des nouveaux circoncis. Elle symbolise un moment de cohésion sociale et de communion avec les forces de la nature.

Ango Essamay a eu un vécu musical avant son groupe actuel.  Tout jeune, il débute sa carrière dans un premier orchestre casamançais baptisé Valen. Ce groupe est l’auteur d’un single sorti en 1999, une hymne pour la paix en Casamance. Mais la bande fait long feu. Ango Essamay juge alors qu’il est assez mature pour se lancer dans une carrière solo. Il franchit un nouveau cap dans sa carrière. Ce si long chemin n’a pas été sans épreuves. Ce sont les difficultés vécues qui transparaissent dans le titre de l’album, Silo. Fort de cette expérience, Ango forge ce premier «bébé» avec les sonorités glanées sur les scènes zouk, r’n b, acoustique.

Ango a compris que le premier album est souvent déterminant pour le reste de la carrière. Dès la sortie de l’album, l’artiste s’est engagé dans une intense activité de promotion. Il a organisé une soirée de dédicaces le 14 mars dernier au Balago à Dakar. Ango a également retrouvé ses fans dans des soirées festives à Bignona, sa base. D’où il espère prendre un envol qui le propulsera sur la scène internationale.