MOUVANCE PRESIDENTIELLE : Petits dérangements entre amis

La coalition au pouvoir Bby a gaspillé beaucoup d’énergie dans les querelles de chapelle. Elu sur un score record de 65%, le 25 mars 2012, Macky Sall devra nettoyer son voisinage politique pour aborder sereinement le cap de 2017.

Les épreuves n’ont pas manqué : Idrissa Seck, le tuyau de Keur Momar, la première crise sociale majeure de l’ère Macky, le renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale. Mais elle tient. La coalition Benno Bokk Yaakar survit.

Contre toute attente. Deux ans ! Rien ne plaidait pour une telle longévité. Tout était réuni pour une mortalité précoce. C’est une coalition arc en ciel, qui réunit des libéraux à d’anciens maoïstes. Les Cassandre avaient pronostiqué l’inaptitude de cet attelage hétéroclite à gouverner ensemble. Le secret  de la solidité tient-il à la clé de répartition ?  Le Ps a 20 députés deux ministres : Serigne Mbaye Thiam, (Education) et Aminata Mbengue Ndiaye (Elevage). Certains de ses cadres ont hérité de strapontins moelleux : Mame Bounama Sall est Pca de la Sicap. Biram Ndeck Ndiaye dirige le Centre régional des œuvres universitaires de l’université de Saint-Louis (Crous). Ousmane Tanor Dieng, le premier socialiste, est dans une fonction qu’il affectionne : celle d’éminence grise du Chef.

L’autre allié de taille, l’Afp, a également bénéficié des largesses de Macky Sall. Son patron Moustapha Niasse est au perchoir. El Hadj Malick Gakou a boudé le portefeuille du Commerce. Dr  Malick Diop, maire de la  commune Point E dirige l’Asepex, la structure chargée de vendre du Made In Sénégal.

Benno et le Pib

La question centrale est quel est l’apport de cette coalition dans la gouvernance de Macky Sall  Partenaires ou parasites ? La réponse divise et nourrit la polémique. De sorte que si l’apport de Benno dans le Produit intérieur brut (Pib) reste problématique, en revanche la coalition a certainement accru la parole intérieure brute. Bby a nourri un vif débat  intérieur.

Les proches alliés du Président, Macky 2012, ont longtemps contesté l’hospitalité faite aux alliés au sein de la mouvance présidentielle. L ancien ministre des Affaires étrangères, Alioune Badara Cissé disait, dans sa fameuse lettre de Saint-Etienne qui lui a coûté ses galons à l’Apr : « Notre machine républicaine est atrocement  en voie d’être phagocytée par des corps jadis sans vie, depuis lors revitalisés et ressuscités au nom d’une vraie fausse alliance à deux jours  du deuxième tour.  »

Mais bien avant,  le premier cercle des alliés, la coalition Macky 2012, ont entretenu le feu nourri des hostilités, réclamant 28% des sièges gouvernementaux et l’engagement du Ps et de l’Afp à ne pas se présenter à la présidentielle de 2017.

Chaque allié a eu sa part de représailles. Le réseau des enseignants Apr a réclamé le départ de Serigne Mbaye Thiam (Ps) de l’Education nationale « incapable, selon eux, de piloter le projet éducatif de Yonou Yokkuté » Ils l’ont accusé de recruter un personnel politique. Mansour Sy (Pit) de la Fonction publique a essuyé les foudres de la Cojer (Coordination des jeunes républicains). Le  Mouvement des élèves et étudiants républicains (Meer) de Guédiawaye a tiré à boulets rouges sur le maire de la localité Cheikh Sarr (Naxx Jarinu). Ils se disent déçus et considèrent qu’il est temps de le changer. Le frère du Président, Aliou Sall, veut occuper le fauteuil

Macky Sall a, sur un ton bourru, réclamé l’arrêt des hostilités. Sans succès. Finalement, c’est moins ces saillies médiatiques qui sont graves,  que le sentiment de malaise diffus et la défiance réciproque qu’elles entretiennent dans la coalition.  Et le mutisme obstiné des alliés de la mouvance, opposé à l’appel pressent de Macky 2012 de renoncer à une candidature présidentielle entretenait une certaine suspicion.

Exaspéré, Tanor Dieng est sorti de ses gonds. « Que cela cesse ! »,  a intimé le numéro un socialiste. Plus tranchante, la réplique d’Abdoulaye Wilane est de la veine de ces propos qui restent longtemps après le rabibochage. Le porte –parole adjoint du Ps a traité les amis de Youssou Touré de bande de  «nullards recyclés».

Finalement, le pacte d’allégeance de Moustapha Niasse (Il a décidé de ne pas se présenter en 2017.) vient signer  l’armistice dans ce voisinage entre chiens et chats qu’a été la coalition Bby ces deux dernières années. Reste la grande équation : le Ps.

Redistribution des cartes

La géographie des affinités politiques va être chamboulée. C’est connu : la volonté présidentielle est de bâtir un rassemblement plus vaste, qui implique «toutes les forces sociales politiques et citoyennes ainsi que toutes les personnalités qui partagent, avec nous, les mêmes ambitions pour le Sénégal».

Macky Sall surveille ses arrières. Plusieurs évènements ont confirmé que le Président est assis sur une branche fragile.  L’accident de Keur Momar Sarr, qui a privé Dakar d’eau pendant une quinzaine, le renouvellement houleux du bureau de l’Assemblée nationale, le départ fracassant d’Idrissa Seck, ont montré la résilience de Bby, mais aussi mis à nu son étonnante fragilité. «Benno coalition ne tiendra pas cinq  ans», a d’ailleurs pronostiqué Dias père, proche allié du pouvoir. Faut-il prendre la prédiction de Jean-Paul pour parole d’Evangile ?

En tout cas, la déclaration de Macky Sall lors du 5ème anniversaire de son parti, Apr, montre une volonté sinon de sortie, du moins de desserrer le goulot de Benno. «La construction d’un Sénégal nouveau et émergent dépasse les seules frontières politiques, celles de notre parti, de notre coalition», a plaidé l’Apériste en chef. Il y a fort à parier que de nouvelles têtes vont faire leur apparition dans le tour de table de ce cartel politique qu’est Benno Bokk Yaakar.

Cet élargissement de l’appareil politique présidentiel va englober une bonne phalange d’ex-libéraux en désertion. La première étape consiste  à massifier l’Apr, l’Alliance pour la République, le parti présidentiel. D’où la création d’un comité d’accueil et d’intégration au sein de l’Apr … Un deuxième vague d’arrivants pourrait se fondre dans la coalition Benno Bokk Yaakar. Ces nouveaux alliés auront le double avantage de diluer  l’influence des alliés traditionnels (Ps et Afp) au sein de la mouvance présidentielle et d’être moins exigeants en portefeuilles. Ces amis de deuxième génération se recruteront parmi la foule de mouvements qui se créent tous azimuts sur les flancs du Pds. L’approche des locales (prévue le 29 juin prochain) crée une météo politique avantageuse. Macky Sall va ouvrir les voiles pour profiter de tous les courants. Cap sur 2017.

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