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MONNAIE COMMUNE CEDEAO EN 2020 : Une question de souveraineté

Publié le 17 octobre 2014 par Fara SAMB

L’Africaine de recherche et de coopération pour l’appui au développement endogène entame une véritable croisade pour la monnaie unique à travers tous les 15 Etats de la Cedeao qui se sont donné rendez-vous en 2020 en dépit du débat suscité. A cet égard, elle a placé les journalistes en tête de la marche, pour aller vers les parlementaires en décembre et un plus large partage avec tous les citoyens de cet espace économique. Sans oublier d’inviter tous les chefs d’Etat à en être la locomotive.

Le schéma retenu c’est que les pays non CFA vont former une Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest et harmoniser leurs politiques. Ensuite, ils seront rejoints par les pays de l’Uemoa». Voilà simplifiée l’explication donnée par M. Demba Moussa Dembélé, le président de l’ARCADE, en marge du séminaire des journalistes économiques qui s’est tenu le 24 septembre au siège de la Fondation Rosa Luxembourg. De fait, sur le thème de la souveraineté monétaire, il s’est agi de passer en revue les enjeux du passage à la monnaie commune dans l’espace Cedeao à l’horizon 2020, après la constitution de la ZMOA regroupant la Guinée, la Gambie, le Ghana, le Nigéria, le Libéria et la Sierra Léone. Ils seront alors rejoints par les huit pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui devront renoncer au FCFA (la monnaie commune des colonies françaises d’Afrique créée officiellement en décembre 1945 et devenue depuis lors le Franc de communauté financière d’Afrique (XOF) de ce côté-ci -8 pays ouest-africains- et le Franc de la coopération financière en Afrique centrale -6 pays- en plus de Maurice).

Renonciation au FCFA

C’est d’ailleurs l’écueil majeur à ce qui n’est que l’aboutissement d’un long processus entamé en même temps que la lutte pour l’indépendance totale du continent qui a été déroulé parallèlement à l’agenda des panafricanistes comme Kwamé Nkumah du Ghana et Cheikh Anta Diop du Sénégal.
En effet, c’est à Accra en 2000 que lesdits 6 pays ont décidé d’harmoniser leurs politiques économiques autour des critères de convergences «relatifs à l’inflation, aux finances publiques et aux réserves de change», selon un article du «Démocrate» d’Abidjan en date du 18 septembre2014. L’objectif étant de constituer l’ECO, un espace monétaire qui ferait coïncider les frontières avec celles de la CEDEAO. Ce scénario imposant aux pays de l’Uemoa de renoncer au FCFA, un débat vif et toujours actuel, constamment relancé autour des avantages et des inconvénients de cette monnaie qui était au départ censée favoriser l’intégration et le développement économique.

Des avantages et des inconvénients

Tout débute en même temps que le processus de libération du continent et dès le lendemain de la création de l’OUA en 1963. Les premières discussions aboutiront à la création de la Chambre de compensation de l’Afrique de l’Ouest en 1975. Laquelle fit naître, bon an mal an, l’idée d’une monnaie commune pour la région au début des années 80. Mais il faudra attendre la Déclaration d’Accra du 20 avril 2000 pour qu’à la suite de cet engagement des 6 Etats, soit créée une banque centrale, l’Institut monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO), pour assurer «la surveillance multilatérale du processus de convergence», selon la même source. Voilà qui a instauré la Zone monétaire ouest-africaine (ZMOA) en avril 2002, chaque pays s’étant engagé « à maintenir son taux de change à l’intérieur d’une bande de fluctuations de 15% par rapport au Dollar ».
De l’autre côté, en zone Uemoa, le débat s’est poursuivi autour des accords qui reposent, selon le Président de l’Arcade, sur des avantages illusoires. En effet, dit M. Dembélé, des quatre piliers que sont la parité fixe avec le Franc français (aujourd’hui l’Euro), la garantie de convertibilité, la libre « transférabilité » et la centralisation de 50 % des réserves de change au Trésor français, ce dernier point semble le plus trompeur. Alors que les avantages avancés étaient une plus grande stabilité, moins de risques de fuite des capitaux et la promotion des investissements, la réalité est tout autre, les économies des 8 membres de l’Uemoa figurant presque toutes au rang des pays les moins avancés (PMA). Quant à l’investissement étranger, il converge davantage vers le Ghana et le Nigéria, des pays qui ont battu monnaie très tôt, que vers les pays CFA, qui se voient par ailleurs dicter leur politique monétaire par l’administrateur européen. Alors que la masse monétaire constituée par la moitié de leurs réserves de change reste au Trésor français contre la promesse de garantie des paiements en devises, laquelle ne s’applique selon Demba Moussa Dembélé « que si les moyens de tous les membres s’avèrent insuffisants ».

La douloureuse expérience de la dévaluation en 94

Pour l’Arcade qu’appuie la Fondation Rosa Luxembourg, l’argument le plus important demeure cependant celui de la souveraineté. La preuve en ayant été donnée amplement lors de la dévaluation du Franc CFA imposé en janvier 1994 par Paris, à quelques encablures des plans d’ajustement structurels des années dont les effets dévastateurs continuent de fragiliser les économies du continent. Après l’indépendance politique, n’est-il pas temps de revendiquer l’indépendance économique ? ». Telle semble être en définitive la question devant laquelle d’aucuns continuent de recommander la prudence. Un point de vue que ne partagent pas les membres de l’Arcade qui vont tenter de convaincre le plus grand nombre d’une marche irrémédiable de toute façon, l’Europe ayant en outre opté pour la monnaie unique..

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