Le pourrait être le slogan des Chefs d’Etats africains. En partant du Burundi sous un courroux mal voilé, le médiateur des Nations Unies, le Pr Abdoulaye Bathily confiait à un confrère la semaine dernière que les questions de 3ème mandat sont devenues un motif de déstabilisation sur le continent noir. On pourrait y ajouter celle des mandats tout court, qu’il soit septennal ou quinquennal. Tous en souffrent à la tête des jeunes démocraties francophones comme d’une épidémie incurable, si bien que les coups d’Etat et les insurrections sont désormais plus qu’inéluctables. A moins d’user des subterfuges à l’hémicycle comme le Sénégalais Macky Sall pour verrouiller une coalition de circonstance prise au piège de l’appétit de ses leaders.

Le Burundi, le Burkina Faso, la Guinée, le Togo, le Cameroun et même le Congo Brazzaville affichent le même tableau de fin de mandat à quelques exceptions près. Les dinosaures en place semblent bien se passer le mot pour initier des referenda, des consultations corrompues ou des dialogues politiques pour modifier la constitution et se perpétuer aux affaires, ils n’ont cure de la misère des populations qu’ils domptent sans cesse depuis de longues années. L’exemple de Sassou Nguesso au pouvoir depuis 1979 est l’un des plus saillants. Congédié par les urnes en 1992, il revient par les armes en 1997 et 17 ans plus tard, il a encore manifestement besoin de tout pour protéger son pouvoir. Il vient de se lancer dans une mise en scène qualifiée de dialogue national sans exclusive pour obtenir une raison de modifier la charte fondamentale. Celle-ci prévoit la limite d’âge à 70, le président congolais en a 72 à la fin de ses deux septennats réglementaires. Le scandale ici ne réside pas uniquement dans le fait que l’on investisse des centaines de milliards dans l’armement, dans un pays qui n’a jamais été en guerre avec personne. Le scandale, c’est qu’un Etat pétrolier de ce rang, peuplé d’à peine 4 millions d’habitants, ne puisse pas investir quelques dizaines de millions dans les pansements, compresses et autre Bétadine dont ont cruellement besoin les hôpitaux du Congo », écrivait tel qu’écrivait l’éditorialiste Jean Baptiste Placca en 2012.

Même pour les plus intraitables opposants et particulièrement ceux qui n’ont plus rien à perdre au bout de longues années de compagnonnage et de combat, la priorité est le mandat. Sinon comment comprendre la main tendue du guinéen Cellou Dalein Diallo au putschiste Dadis Camara alors que près d’une centaine de ses militants étaient parmi les victimes du carnage de Septembre 2009 pour lequel le putschiste est passible de poursuite. Le leader de l’opposition guinéenne se montre prêt à marcher sur des cadavres pour accéder au pouvoir. Il a vite oublié la mémoires des disparus en échange de quelques voix qu’il pourra éventuellement grappiller dans la Guinée forestière. Dadis Camara lui-même avait passé toutes ces années aux oubliettes. L’appétit électoral l’a ramené à Conakry où l’impunité est de moins en moins digérée et bonjour les débats de politique politicienne de la justice entre le pouvoir de Condé et la CPI soudainement à l’affût.

Au Sénégal, nombre de ces opposants se sont engraissés dans une coalition que l’assemblée nationale verrouille par son règlement intérieur nouveau. Ils doivent d’abord évacuer l’embarras entre quinquennat et septennat qui habite le candidat Macky Sall. La question le met de plus en plus en colère. Il doit choisir entre une certaine loyauté depuis sa promesse de campagne et l’appétit de la longévité dont rêvent ses affidés. Sous la IIIe et plus encore la IVe République française qui inspire nos modèles démocratiques, le septennat était d’autant plus largement accepté, qu’il servait une relative stabilité des gouvernements spectaculairement instables. Jusqu’au général de Gaulle, le septennat était le moyen miracle d’opérer une plus large vision des enjeux nationaux. Mais pour son successeur Georges Pompidou, c’est le quinquennat qui renforce les pouvoirs du président avec une majorité assurée. Ravagé par la maladie, Pompidou n’en fit qu’un seul, longtemps avant les deux septennats de Mitterrand, tout aussi habité par l’embarras, comme Jacques Chirac et Valery Giscard d’Estain. Ce dernier proposera finalement un mandat présidentiel de six ans dans son ouvrage Deux Français sur trois paru en 1983 parce que sept ans dans le monde moderne, ferait beaucoup. Une lecture qui rappelle Macky Sall avant le 25 Mars 2012. En réduisant la durée du mandat présidentiel à cinq ans, Chirac comptait éviter l’effet de saturation qu’avaient déjà causé les quatorze années de François Mitterrand. Le 14 juillet 2000, il va se dédire même si l’esprit du quinquennat ne fut réellement appliqué que par son successeur Nicolas Sarkozy, qui vit dans ce mandat concomitant à celui des députés de sa majorité, un moyen supplémentaire de contrôler tous les leviers du pouvoir. En restant un homme de parole pour s’inspirer de cette vision, Macky Sall charmerait son électorat, assommé par le long et présumé harassant passage d’Abdoulaye Wade. Tout le monde verrait en ce président, même arrivé par défaut, l’incarnation de l’éthique politique, des vertus de l’engagement et l’honneur de la parole. Toutes choses à même d’augmenter ses chances et de doper sa côte de popularité dans deux ans.

En réalité, aller aux urnes en 2017 s’apparente à maintenir l’état de grâce dans une forte sensation d’inachevée pour le messie. Malheureusement les pistes ne sont pas aussi poinçonnées, fort de ce que Macky Sall à peine arrivé aux affaires, peine à dégager le consensus sur la question, tant dans ses propres rangs que du point de vue de la charte fondamentale. Il perdure le risque de se mordre la queue en 2017, si bien que le spectacle au conseil constitutionnel en faveur du règlement intérieur de l’assemblée nationale s’apparente à un test. Macky Sall pourrait aller jusqu’au terme de son mandat avec le soutien des aperistes presqu’aux abois. Cependant plusieurs gros bonnets du régime ont tendance à ignorer la promesse du candidat Sall. C’est le cas de l’ancien porte-parole du président Abou Abel Thiam. Pourtant, Oumar Youm, ministre de la Gouvernance locale, du Développement et de l’Aménagement du Territoire et par ailleurs porte-parole du gouvernement, a promis à Fatick de s’opposer à tout tripatouillage de la Constitution. Une audace qui bat tout en brèche, surtout qu’il se faisait catégorique contre la pensée officielle du maître des lieux. Venant d’une voix aussi officielle, il est de moins en moins certain que les bureaux de vote ouvriront en 2017. Rien n’est avérée, aussi vrai que le disait Christian Michel, l’un des insatisfaits de Montesquieu : la démocratie n’a pas pour objet la limitation du pouvoir, mais la désignation de celui qui l’exerce.