Entre 2000 et 2012, l’ancien chef de l’Etat a été au cœur d’un vaste système de corruption, de détournement de deniers publics, de vols, de blanchiment d’argent.  Considéré comme le « greffier » ou « l’historien » de l’alternance, Mody Niang a tenu à graver  pour les générations futures sur quatre livres, tous les  actes (jusqu’aux moindres) de mal gouvernance du troisième président de la République. Morceaux choisis.

Les douze ans de règne d’Abdoulaye Wade ont été jalonnés de scandales, dont le moins grave est infiniment plus grave que l’affaire du Watergate qui poussa le président Richard Nixon à la démission en 1974. Ainsi, l’affaire Aïda Ndiongue, du nom de l’ex-sénatrice libérale qui était à la périphérie du pouvoir bleu et à qui l’on prête une fortune de près de 47 milliards Cfa, n’est que la toute récente casserole découverte sous les décombres du règne de Wade qui pris fin le 25 mars 2012. Combien les anciens dignitaires comme Karim Wade, ancien « ministre du Ciel et de la Terre », Madické Niang, Samuel Sarr, Oumar Sarr, Awa Ndiaye, Abdoulaye Diop, Ousmane Ngom, Abdoulaye Baldé … et la liste est loin d’être terminée, ont pu soustraire illégalement  comme argent public ?

Dans son livre : « Le clan des Wade : Accaparement, mépris et vanité » (268 pages), paru en  septembre 2011, aux éditions Sentinelles à Dakar, l’essayiste Mody Niang  passe en revue dans un long chapitre quelques-uns des scandales  de corruption, de détournement de deniers publics, de concussion, blanchiment d’argent et vol les plus connus, d’autant plus que la presse en avait fait état en son temps.

ANOCI & FESMAN

Naturellement, le premier scandale sur lequel l’auteur de : « Qui est cet homme qui dirige le Sénégal ? »,  s’arrête largement est le dossier de l’Agence nationale pour l’organisation du XI sommet de l’Organisation de la conférence islamique (ANOCI), logée à la présidence de la République à l’époque et pilotée par Karim Wade  et son frère « jumeau » à ce moment-là, Abdoulaye Baldé, actuel député-maire de Ziguinchor. Ce dernier était à l’époque, cumulativement, secrétaire général de la présidence de la République, par conséquent patron de l’Inspection générale d’Etat. « L’ANOCI  a géré sans contrôle et sans reddition de comptes plus de 400 milliards… L’ANOCI est donc une abomination, un monstre hideux un déni de bonne gouvernance », tacle M. Niang.

L’ANOCI n’a jusqu’à présent fait l’objet d’aucun audit indépendant. Dans un célèbre livre : « Contes et mécomptes de l’ANOCI », Editions Sentinelles, (août 2009), l’excellent journaliste d’investigation, Abdou Latif Coulibaly, avait fait des révélations chiffrées  particulièrement compromettantes pour les principaux responsables  de l’agence. S’agissant des chantiers de l’ANOCI, tous les experts avaient fustigé en son temps le coût faramineux des 14 kilomètres de route réhabilités pour  plus de 24 milliards, soit 5 milliards par Km. Les mêmes cas de malversations ont été notés  lors de la tenue du FESMAN 3 dont Wade avait confié l’organisation à sa fille, Sindiély Wade. La lumière n’a toujours pas été faite sur les milliards du contribuable, dépensés à l’époque.

PCRPE

A Côté de l’ANOCI existaient de nombreuses autres structures  qui sont  autant de niches de corruption, de gaspillage, de détournements et de malversations. A propos de l’ancien Projet de construction d’immeubles et de réhabilitation  du patrimoine bâti de l’Etat (PCRPE), dissout par Wade, Abdou Latif Coulibaly  dans l’hebdomadaire La Gazette du 11 au 18  février  2009, cite des sources qui révèlent qu’entre 2003 et 2008 plus de 1800 milliards  ont été engloutis par ce « machin », qui était visiblement une structure de financement parallèle du PDS. «Le sacrifice de cette vache à lait des Wade, du Pds  et de la mouvance présidentielle, a sûrement  pour objectif d’effacer toutes les traces  de la gabegie qui a caractérisé  sa gestion pendant dix ans », croit savoir l’auteur.

AWA NDIAYE, REINE DE LA SURFACTURATION ?

L’exemple de surfacturation le plus frappant de la fin de règne de Wade a été le cas de l’ancien ministre  de la Femme, de la Famille et de la Solidarité nationale, Awa Ndiaye. Dans son rapport  2008, l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) l’épingle pour  de faramineuses dépenses  extra-budgétaires. Son ministère a osé commander  des couteaux de table  et des cuillères pour respectivement  42 000 et  37 500 francs Cfa l’unité hors TVA, sans compter des clés USB 1 giga  à  97 500 francs, une cuisinière grand modèle à  2 115 000 francs, un ordinateur à 1 695 000 francs, une imprimante à 845 000 francs, etc. Des exemples de ce type foisonnent dans les rapports de la Cour des comptes  entre 2000 et 2012.

ASER & COSEC & LONASE

L’Agence sénégalaise d’électrification rurale a été pillée pour des sommes estimées à plus de 5 milliards de francs Cfa. Même si Modibo Diop est aujourd’hui en prison, il est établi que l’homme a fait bénéficier de ses largesses des chefs religieux et des pontes du PDS. Le cas de Modibo Diop, ancien DG de l’ASER, rappelle bien celui d’Amadou Kane Diallo, ex-directeur général du Conseil sénégalais des chargeurs (COSEC). Il bénéficiait d’un salaire de 10 millions Cfa sans compter des avantages. Là n’est pas le problème ; mais le hic, c’est que le temps qu’il est resté à la tête du COSEC, il a pillé la société. Baila Wane a fait de même avec la LONASE où il s’est enrichi à coup de milliards ainsi que ses proches.

SENELEC

Autre niche de détournement et de pillage, la Société nationale d’électricité (SENELEC). Le pouvoir de Wade a annoncé entre 750 et 800 milliards d’investissement. Des chiffres contestés par les experts ; et même au sein du clan des Wade, on n’est pas d’accord sur ces prétendus investissements. De plus, malgré ces dépenses faramineuses, les délestages n’ont jamais cessé. A ce propos, citant la Gazette (du 26 août au 2 septembre), Mody Niang révèle avec des preuves irréfutables à l’appui, que Samuel Sarr, lorsqu’il était directeur général, a fait bénéficier de plus de 22 milliards  de francs Cfa  de contrats, un certain Papa Aly Guèye, sur la base de gré à gré. Ces pratiques malsaines dignes du grand banditisme ont laissé la SENELEC exsangue.

REFECTION DE L’AVION PRESIDENTIEL… FONDS TAWANAIS

La gouvernance de Wade traîne de nombreux autres boulets en matière de mauvaise gestion. Des hommes d’affaires locaux comme Cheikh Amar, Serigne Mboup et  Bibo Bourgi ont eu à bénéficier des « largesses » de Wade, ainsi  que « d’obscurs amis » comme Pierre Aïm, Gerôme Godard. Ces deux derniers ont été particulièrement cités dans l’affaire des fonds tawanais qui s’étaient retrouvés  dans un compte privé à Chypre, d’après la presse de l’époque. Ces 7 milliards de francs de Taiwan qui étaient destinés à des projets sociaux au Sénégal. Cette honteuse affaire n’a jusqu’à présent été éclaircie.  L’« amnistie fiscale »  de 5 milliards que Wade avait accordée à l’entreprise « Sénégal pêche »  dans des conditions plus que douteuses n’a pas  encore été élucidée ainsi que le « relookage » du CICES à coups de centaines de millions par Pierre Goudiaby Atépa.

FONDS SPECIAUX

Les scandales liés à la  gestion des fonds spéciaux ont rythmé la présidence de Wade. Le point culminant a été son différend avec l’ex-Premier ministre et bras droit, Idrissa Seck, pour des sommes estimées entre 50 et 60 milliards. Traîné devant la justice, l’ex-Premier ministre a dévoilé quelques facettes du système de détournement de deniers publics mis en place par Abdoulaye Wade.  Le fameux « protocole de Reubeuss » par lequel Idrissa Seck s’est engagé à rembourser quelques milliards en échange de sa liberté, est révélateur de l’étendu des dégâts de la gestion des libéraux.

RENOVATION DE L’AVION PRESIDENTIEL

La lumière sur la rénovation de l’avion présidentiel, la Pointe de Sangomar viendra du célèbre livre du journaliste d’investigation : « Wade, un opposant au pouvoir. L’alternance piégée », publié le 17 juillet 2003. Selon M. Coulibaly, les 17 milliards qui ont servi à rénover l’avion de commandement proviennent  du « fonds routier » logé à l’époque au ministère de l’Equipement, dirigé en son temps par Habib Sy.

LE FONCIER, DES SCANDALES A LA PELLE

Le foncier n’a pas échappé aux scandales à la pelle durant la gouvernance des libéraux. Loin s’en faut. A ce niveau, on a noté  de très gros scandales les uns plus graves que les autres. Ainsi, les réserves du CICES, du stade Léopold Sédar Senghor, le complexe sportif Assane Diouf, le terrain d’assiette du siège de l’ex-Sénat, le site Pyrotechnie, le camp militaire de Thiaroye, la zone franche industrielle, l’ancienne zone de captage de la SONES, située entre l’hôpital Aristide-Le Dantec et le lycée Lamine Guèye, ont été déclassés et cédés à ses proches et à des catégories de Sénégalais bien ciblées, capables d’asseoir son régime. Comme : les magistrats, officiers supérieurs et généraux des forces de sécurité, ministres autorités administratives, élus locaux  et nationaux, chefs religieux entre autres.

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