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Marché des oiseaux de Colobane : Florissant business

Publié le 25 août 2014 par Aminata Dème Sathie

Sous l’échangeur de Colobane s’est érigé un marché de volaille. Toutes sortes d’oiseaux y sont exposées, à la grande joie des amateurs.

Nous sommes à Colobane, non loin de la gare routière et du marché. A cette heure de pointe, la circulation est dense. Comme toujours une ambiance indescriptible règne dans ce quartier populaire qui abrite le marché où tout se vend et tout s’achète. Bientôt, la rupture du jeûne, une partie de la foule se dispute les gargotes. Tandis que d’autres se pressent en direction des transports en commun pour rallier au plus vite leurs domiciles. C’est dans cette ambiance fiévreuse qu’on descend une pente escarpée pour se rendre au marché des oiseaux et animaux de basse-cour, situé en contrebas du pont. Pour y accéder, il faut se faufiler dans une ruelle étroite, bordée de voitures en panne et d’innombrables tas de gravats. L’activité frénétique des mécaniciens et autres forgerons complète le vacarme ambiant. Au bout de la ruelle se dressent des cages abritant une foultitude d’oiseaux de basse-cour et des pigeons destinés à la consommation. L’endroit fait l’attraction des Dakarois friands de chair de volaille. A l’entrée du long couloir, les volaillers hèlent les passants et leur proposent leur marchandise. Et c’est parti pour le marchandage. On se croirait au parc national de Djoudj. Pintades, Pigeons, petits oiseaux, dindons, poulets de chair, lapins, canards, cailles, oies… presque toutes les espèces d’oiseaux y sont présentes. Selon leurs espèces, ils sont tous logés dans des baraques en bois, clôturées par des grillages. Privés de liberté, ils attendent là, ensemble, leur sort.


A chaque espèce sa particularité

Courte barbe, les cheveux noirs coupés en brosse, khadim Diop, 32 ans, est l’un des oiseliers qui connaît le mieux ce lieu. Après un marchandage serré, il vend, à 4 000 F CFA, deux jolis lapins blancs, à un gamin d’à peine 5 ans accompagné de son père. Commerçant de volaille depuis le bas âge, Khadim présente ses différentes espèces : «à chaque espèce sa propre cage. Ici ce sont les pigeons, partagés en trois catégories que sont les pigeons voyageurs, les pigeons ordinaires et ceux de la brousse. Leur différence réside dans leur taille et leur capacité aussi». Comme pour se réjouir de notre visite, les oiseaux voltigent, gazouillent et picorent leurs aliments. «Les pigeons voyageurs, bien que plus gros, ne sont pas destinés à la consommation comme ceux ordinaires ou de la brousse», explique-t-il, en montrant trois cabanes constituées chacune d’une centaine d’oiseaux. Les pigeons sont nourris au blé et au mil.

Après la case des pigeons nous voici devant celle des canards sauvages jouxtant celle des poulets de chair. Leur gourmandise ne peut passer inaperçue. Pendant un quart d’heure, ils sont tous regroupés autour d’une mangeoire remplie d’aliments, à becqueter bruyamment. Quant aux perdrix, elles se distinguent plutôt par leur agitation, toutefois elles sont moins bruyantes que les perroquets. Ces derniers, bien que ne pouvant prononcer un mot intelligible, baragouinent des paroles confuses. «Les perroquets du Gabon parlent clairement, contrairement à ceux d’ici qui ne font que hurler», explique Khadim. Les pintades et dindons installés par paires dans leurs cages, offrent leur beau plumage aux visiteurs.

Consommation

Au-delà des oiseaux de complaisance et de compagnie, d’autres espèces sont destinées à la consommation. Dans cette catégorie, ce sont les poulets du pays qui sont les plus convoités par les consommateurs. A la différence des poulets de chair qui ont une durée de vie de 45 jours, ceux du pays dépassent même 3 mois. «Les restaurants et dibiterie viennent ici se ravitailler. Ils y a aussi des ménagères qui commandent plus de 40 poulets par mois», renseigne, Abdou, un autre volailler. Les pigeons, très en vogue, sont consommés en grande quantité. Dans certaines cérémonies, le pigeon braisé est devenu une spécialité culinaire. De même, cette espèce est fortement conseillée aux personnes anémiques. «Nous ravitaillons quelques hôpitaux en pigeons», assure Dame Gaye, commerçant au parc. La paire vendue à 2 000 F CFA trouve une forte clientèle. De sorte que les vendeurs sont souvent confrontés à des ruptures de stock. «C’est très difficile de satisfaire la forte demande. Parfois, des gens viennent acheter une centaine de paires d’un seul coup», informe M. Gaye.

Vertus thérapeutiques

Quant aux oies, elles sont vendues à des connaisseurs qui raffolent de cette chair. Les cailles et les perdrix réputées pour leur haute valeur nutritive sont aussi très prisées. «Ces deux espèces ne dépassent pas 100 g, mais leur chair est délicate et savoureuse», confie l’un des vendeurs. Depuis qu’une forte rumeur attribue à la chair et aux œufs de caille des vertus thérapeutiques, ce marché aimante les acheteurs. Ces œufs vendus à 100 F l’unité se vendent comme des petits pains. «L’œuf de caille peut être utilisé dans le traitement de diverses maladies», assure ce vieil homme qui vient s’en procurer. «C’est le cas de l’anémie, des maux de tête sévères, de la baisse de l’immunité, des maladies respiratoires, de la bronchite chronique, mais aussi de l’asthme et de la tuberculose», liste-t-il. Il ajoute, plus rassurant que jamais : «mais cet oiseau a plus fait ses preuves dans le traitement de l’asthme et de l’impuissance sexuelle».

Mystique

D’autres oiseaux du parc sont recherchés pour des raisons mystiques. Le temps d’une discussion, une femme de forte stature, au teint basané, se procure trente petits oiseaux à 50 F CFA la pièce. Ils sont entassés dans un caisson et chargés à l’arrière de sa voiture. «Beaucoup d’acheteurs viennent se procurer ces oiseaux que leur conseillent de libérer leurs marabouts pour s’attirer de la chance ou réussir un projet». Les «katia katia» font partie des oiseaux les plus convoités pour des offrandes. «Si certains formulent des prières avant de les libérer, d’autres boivent ses œufs pour purifier leur corps», soutient Abdou. Le vendeur explique qu’en dehors des périodes de fête, la saison de lutte est l’autre grande période de traite. «Tout est utilisé chez l’oiseau par les charlatans. Son bec, ses pieds, et ses plumes. A chaque espèce ses vertus supposées», confirme Khalifa Sarr, un septuagénaire aux cheveux poivre-sel, trouvé sur place.

Difficultés

La vente de volaille n’est pas de tout repos selon les éleveurs trouvés dans le parc. N’ayant pas les moyens de capturer les oiseaux, ils sont obligés d’aller se ravitailler chez les grands éleveurs qui se trouvent pour la plupart dans les régions. «Nous allons jusqu’à kébémer pour nous ravitailler dans les louma, mais la bonne partie de la volaille n’est pas capturée mais élevée», renseigne Khalifa Sarr. L’autre contrainte liée à ce commerce est relative à la fréquence des épidémies aviaires. «Certaines maladies peuvent ravager une cage en une nuit», informe Sarr. L’entretien et le nettoyage sont d’autres exigences qui grèvent le temps des volaillers. «Ils y a des oiseaux très exigeants qui n’aiment pas la saleté. C’est le cas des poulets de chair, ils imposent un entretien régulier de leurs cages, je les balaie plusieurs fois par jour», se plaint le vendeur. La dépense quotidienne pour la nourriture des oiseaux et des animaux de basse-cour oscille entre 2000 et 2500 FCfa par jour : «Ils ne mangent pas tous la même chose. Le lapin par exemple a sa propre alimentation», explique Khadim Diop. Mais, avec leur bon chiffre d’affaires, ces commerçants parviennent à tirer de cette activité des bénéfices acceptables. Comme pour dire que ce travail qui nourrit son homme à de beaux jours devant lui.

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