Entre vocation professionnelle et passion de jeunesse, Mansour Sall, 29 ans, vit pleinement sa musique.

Natif de Saint-Louis (Sénégal), ce musicien, brillant à l’école, chope très tôt le virus de la musique. Dès sa tendre enfance, il est tenaillé par l’envie de devenir un grand chanteur. Il se remémore ses premiers pas dans la musique. «La première fois que j’ai commencé à chanter, c’était en classe de CM2 en 1996. J’étais jeune et n’avais que 12 ans», narre Mansour, comme l’appellent affectueusement ses intimes.

Alors jeune écolier, il a été révélé au public par sa directrice d’école Ramatoulaye Sélima Bécol Diaw à Saint-Louis, lors des tournées «Sud école». Une tournée nationale de «génies musicaux en herbe» organisée par la radio Sud Fm. Laquelle servait de vitrine aux jeunes élèves imitateurs des grands musiciens. Lui avait repris la célèbre chanson de Youssou Ndour, «New Africa». «Le public avait craqué», se souvient-il.

Séduite par son talent, la directrice d’école, Mme Diaw, décide de l’encadrer pour en faire un grand musicien. «Au CM2, j’ai été premier de ma classe», se souvient celui qui aurait également pu être un grand footballeur. Mansour Sall s’accroche au micro, scelle son destin, et songe de faire carrière dans la musique. Rien ne pouvait plus le dévier de son chemin. «Je préfère la musique à tout. Cela me tient à cœur depuis ma tendre enfance», confie-t-il.

Sa «protectrice», Mme Diaw, s’y met et le présente à Golbert Diagne, propriétaire de la radio saint-louisienne, Téranga Fm. Mansour anime «Au foyer des jeunes», une émission éducative et ludique dédiée aux jeunes chanteurs de la région du Nord. Il ne s’oublie pas. A l’antenne, il dévoile toute l’étendue de son talent, en chantant en direct.

Malgré son potentiel prometteur, Mansour se heurte à la volonté de sa maman, qui ne veut pas d’un fils chanteur. «Elle s’opposait fermement à mon ambition, comme mon père de son vivant», raconte le jeune musicien, orphelin de père à l’âge de 10 ans, en 1994.

Mansour n’a pas baigné dans un univers musical incubateur de vocation. «Je ne suis ni griot ni issu d’une famille de musiciens. Mais mon rêve le plus ardent est d’être un grand musicien», affirme-t-il. Et de fait, il s’est accroché à sa passion comme le lierre à son rocher. La musique devient sa principale activité et l’idéal de succès occupe tout son esprit.

Devant tant de détermination, sa mère consent à lâcher du lest. «Au début, elle tolérait de me voir chanter, mais, lorsqu’elle fut convaincue de ma détermination à réaliser mon rêve, elle a commencé à assouplir sa position», révèle-t-il.

Passé l’obstacle familial, le chanteur à la voix suave séduit les auditeurs de Téranga Fm. Le patron de la radio et comédien renommé, Golbert Diagne, lui donne des ailes. Profitant d’un concert du Super étoile dans la région du Nord, il le présente à Youssou Ndour. Mansour se rappelle encore son immense joie de chanter devant le roi du Mbalax. «Lors du concert, la nuit à la place Faidherbe, j’ai fait un a cappella de sa célèbre chanson «New Africa» devant des milliers de personnes», témoigne-t-il la voix teintée d’émotion.

En 1998, alors vainqueur d’un concours national de chansons sur l’environnement organisé par Plan international, Mansour remporte un trophée qui le conforte dans sa vocation. Signe de son talent, il gagne en 2003 une autre reconnaissance : un prix décerné à Thiès, lors de la Journée mondiale de l’enfant africain, le 16 juin. Il participe également à la Semaine de la francophonie à Louga et au Festival national des arts et cultures (Fesnac) en 2007 à Saint-Louis.

La chance continue d’illuminer le chemin du musicien en herbe. Il croise de nouveau son idole Youssou Ndour, en 2005, en concert à l’université de Dakar. Invité sur scène il remet sa chanson «fétiche» New Africa. «Mais cette fois il en profite pour lui exprimer son souhait de faire carrière dans la musique. You lui fait des promesses de soutien, mais non suivies d’effet.

Un bon début

Il ne se décourage guère. Il fonce et persiste dans ses ambitions avec le souci constant de réaliser son rêve. En 2007, Mansour débute, enfin, sa carrière professionnelle et lance dans les bags un premier album de sept titres intitulé «Jok len» (Levez-vous, en Wolof). Son opus met en exergue d’illustres personnalités africaines, à l’instar de Nelson Mandela, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara, Kwame Krumah… «Cet album est une exhortation à l’éveil de conscience et pour un changement des mentalités, destiné à la jeunesse africaine. J’y ai cité ces grandes personnalités pour inciter la jeunesse d’Afrique à les prendre en exemples pour une Afrique émergente», dit-il. Jusque-là c’est son seul album. «Je suis confronté à des difficultés. Mais, je tiens coûte que coûte à ma passion. J’ai d’énormes chansons dans mon répertoire, mais je ne parviens toujours pas à sortir un second album et à monter un groupe», se désole le jeune artiste… Professeur de musique au lycée Mariama Ba de Gorée, il guette patiemment la première opportunité pour relancer sa carrière. En attendant, il vit sa passion autrement. «Je donne des cours de musique. C’est ma passion», martèle cette voix de rossignol, sur fond de tristesse. Mais cet album a le mérite de lui avoir fait gagner le soutien intégral de sa maman, devenue une admiratrice convaincue. C’est déjà un bon début.

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