Le Delta du Saloum a une vocation éco-touristique par excellence. C’est la raison pour laquelle il mériterait d’être mieux connu des Sénégalais et des étrangers, tant ses potentialités énormes et singulières.

A travers tout le Delta du Saloum -et particulièrement à Toubacouta- on trouve des choses que l’on ne voit nulle part ailleurs. Beauté des paysages, richesse des écosystèmes marins comme terrestres, de la faune et de la flore, l’exotisme  est garanti grâce aux populations qui ont gardé quelques pratiques traditionnelles.

Mais, le principal handicap reste l’enclavement. Rien n’est fait pour rendre accessible cet endroit paradisiaque, aux potentialités naturelles et culturelles  avérées. Les deux routes qui mènent à Toubacouta via Foundiougne-Passy ou Kaolack-Sokone, se trouvent dans un état  de dégradation très avancé depuis de longues années. Ce trajet qui, dans des conditions normales, devrait durer moins de deux heures, peut vous prendre près de quatre heures à travers des nids de poule. Qui, par la suite, vous occasionneront de multiples ennuis mécaniques. «C’est difficile, pour un touriste, de se rendre à Toubacouta ; en cause, le mauvais état de la route. Conséquence, beaucoup  d’agences de voyage ont supprimé de leurs circuits la destination du Delta du Saloum, alors que dans le passé c’était  un passage obligé, incontournable pour tout touristique débarquant à Saly ou à Dakar», indique Dr Adama Ndiaye, fondateur-administrateur du Club de vacances Kaïraba de Soucouta, à quelques encablures de Toubacouta.

La zone compte environ dix-huit réceptifs dont deux hôtels trois étoiles, le reste étant composé de campements  avec un personnel qualifié, une bonne nourriture, un accueil chaleureux des populations ; avec, cerise sur le gâteau, la légendaire téranga (hospitalité) sénégalaise.

Les dégâts causés par la politique de réciprocité ont fini aussi par faire fuir les touristes, jetant ainsi l’industrie touristique du Delta du Saloum dont Toubacouta est le poumon, dans un marasme total. D’après les témoignages recueillis auprès des acteurs, les hôtels et les campements ne sont plus remplis. «C’était bien mieux avant l’instauration de cette politique de réciprocité des visas. Maintenant, on se bat pour vivre et maintenir nos emplois», résume le gérant du campement Kaïraba (le bonheur, en mandingue), par ailleurs président du Syndicat d’initiative du touristique. «C’est un obstacle de plus pour un secteur en crise depuis de longues années», reconnaît-il, sans parler de la cherté du billet d’avion avec la taxe aéroportuaire. Et, contrairement à ce que l’on croit, ce sont les agences de voyage qui sont les premières à ressentir le manque de touristes.

A cela viennent s’ajouter des coûts d’exploitation très élevés pour les acteurs. «La base de l’hôtellerie moderne, c’est l’électricité. Aucun touriste ne peut rester sans internet, sans les climatisations, sans  eau chaude. L’électricité, c’est la base du développement», note-t-il.

Que faire alors pour booster l’industrie touristique ? «Il faut une promotion d’envergure nationale et internationale, car la destination Sénégal est très mal connue. J’estime qu’il faut mutualiser les moyens pour créer une grande agence et, avec l’appui des pouvoirs publics, prospecter les grands marchés émetteurs comme l’Europe et la Chine. Cela passe par des  insertions dans de grands médias», suggère Dr Ndiaye, auteur  d’une thèse de doctorat sur l’écotourisme à Toubacouta.

Pour ce grand défenseur de l’écotourisme, une alternative au balnéaire classique dans lequel le Sénégal évoluait depuis de longues années : «L’écotourisme est une alternative pour sortir l’industrie touristique de la crise et Toubacouta  présente d’énormes potentialités naturelles et culturelles pour se positionner comme une destination de premier choix en écotourisme», répète-t-il inlassablement. Non sans insister sur les retombées pour les populations, de ce tourisme nouveau et porteur de «pédagogie» avec moins «d’acculturation».