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Malick Sarr, le Directeur général de l’ANIDA : «Pour les trois prochaines années, plus de 200 fermes seront implantées»

Publié le 06 octobre 2014 par Pape Amadou Fall

Les fermes agricoles de l’ANIDA seront multipliées par 10 à l’horizon 2015. De 20 elles passeront à 200. Entre 60 mille à 100 mille emplois seront créés dans ces fermes. Grâce à elles, la maîtrise de l’eau sera de plus en plus une réalité au Sénégal. Malick Sarr, le Directeur général de l’ANIDA, souligne dans cet entretien le rôle salvateur des fermes agricoles qui sécurisent les populations au moment où l’hivernage 2014 rassure peu par sa configuration.

La Gazette : Les populations bénéficiaires des périmètres de l’ANIDA, vivent heureuses malgré la configuration difficile de l’hivernage qui n’a presque pas d’impact sur leur vécu au quotidien. C’est une satisfaction pour vous ?

Malick Sarr : Oui c’est une satisfaction. C’est un exemple de réussite dans des conditions de production maîtrisées. Grâce aux fermes agricoles, les populations que nous encadrons et même les autres qui bénéficient de ce type d’infrastructures, n’ont pas besoin de scruter le ciel ou de manifester leur impuissance par rapport à la mobilisation des ressources nécessaires pour une production. C’est un environnement stabilisé, favorable à une production maîtrisée. Si ces productions procurent des revenus relativement consistants, c’est ce qui est recherché. C’est un exemple qui nous montre le chemin du développement grâce à la maîtrise de l’eau. C’est cela qui permettra à la fois de sécuriser les productions agricoles, mais aussi de garantir des revenus importants, suffisants pour faire en sorte que les métiers de l’agriculture deviennent attractifs.

L’exemple de Ngomène où près de 200 paysans quittent le village de Floum qui est à quelques kilomètres pour venir servir d’employés agricoles au niveau de cette ferme, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Beaucoup de choses. Au départ, le périmètre devait à la fois couvrir les villages de Ndèm, Floum et Ngomène. Au moment de son implantation, les populations de Ndèm et de Floum ont manifesté un désintérêt pour ce modèle d’exploitation en disant qu’elles préfèrent garder leur foncier et continuer à mener la culture traditionnelle. 5 ans après la réalisation de la ferme, ce sont ces mêmes populations de Floum qui viennent servir de main-d’œuvre salariée. Ils sont payés par les agriculteurs de Ngomène alors qu’ils devaient être dans le même statut. C’est dire que c’est un modèle de réussite. Je peux vous révéler que les populations de Floum ont fait une démarche auprès de l’Anida et de l’autorité supérieure pour avoir une ferme similaire à celle de Ngomène. Quand ils viennent à l’occasion du Gamou, ils constatent le niveau d’avancement de Ngomène, qui est fort enviable. C’est dire donc que c’est aussi cela l’avantage d’une ferme. C’est d’avoir une possibilité d’insérer des gens, de leur procurer un emploi à temps plein et des revenus sécurisés, mais c’est aussi des emplois indirects créés pour les villages environnants et qu’il faut comptabiliser dans les effets bénéfiques de ces fermes.

Le Président de la République met de plus en plus l’accent sur les fermes communautaires comme option de développement du monde rural. Où en est ce chantier ?

Le Président Macky Sall a annoncé que le temps est venu pour qu’il y ait une massification des exploitations agricoles sous la forme de fermes villageoises, sous la forme de domaines agricoles communautaires. Cela est repris dans le cadre du programme de l’accélération de la cadence réalisée par le ministère de l’Agriculture. Les financements sont obtenus et les programmations faites. D’ici 2017, 168 fermes seront réalisées. Il y a aussi les programmes de la coopération Italienne et de la coopération technique Israélienne qui vont permettre d’ériger une cinquantaine de petites fermes. Les autorités ont déjà annoncé qu’elles vont augmenter les ressources budgétaires allouées à la réalisation de telles infrastructures. Si l’agence en 6 ans a mis en place une vingtaine de fermes, pour les trois prochaines années, plus de 200 fermes seront implantées. L’objectif est que d’ici l’horizon 2020, on ait une couverture très densifiée du territoire national.

Sur les 300 000 emplois annoncés par le Président de la République, pour ce qui concerne le monde rural, quelle part pourrait absorber l’ANIDA ?

L’ANIDA a une programmation qui devrait lui permettre d’être dans une contribution entre 60 000 et 100 000 emplois, pour ce qui concerne le monde rural de façon globale. Je pense que ce serait une contribution très significative.

Un tarif préférentiel pour l’énergie électrique destinée à la production agricole»

Il reste que les bénéficiaires des fermes se plaignent de la cherté de l’énergie. Quelle alternative leur proposez-vous?

Tous les acteurs de développement sont d’accord sur ce point. L’énergie coûte très cher. Ce n’est pas seulement l’agriculture, mais l’industrie aussi le note et dans les conseils présidentiels sur l’investissement, c’est un sujet qui depuis quelques années est régulièrement traité. Il me semble qu’il faut travailler vers une amélioration de cette situation. Cela peut passer par plusieurs facteurs. Une première serait de travailler à la promotion de l’énergie solaire pour le développement de l’agriculture. Nous sommes dans un pays à ensoleillement permanent. Pour l’énergie électrique fournie par la Senelec, il me semble qu’il y a deux pistes : C’est de voir la question de la tarification notamment de la prime fixe qui voudrait que simplement par ce que vous avez souscrit à un abonnement pendant une période, même quand vous ne consommez pas l’énergie, il y a une prime à payer. Et cette prime fixe coûte très chère. La deuxième piste serait de voir dans quelle mesure, il serait possible d’avoir un tarif préférentiel pour l’énergie électrique destiné à la production agricole. Je pense que quand un Etat décide de choisir un secteur comme étant la locomotive du développement, il faudra construire un environnement qui soit incitatif et qui puisse un peu garantir l’éclosion des efficacités recherchées au niveau de la population.

Il est question de lancer ou de mieux encadrer les programmes des fermes familiales, où en êtes-vous avec ce projet ?

Sur les fermes familiales, nous avons ce que l’on appelle les fermes «Nantangué». Il s’agit d’une tentative de réponse dans le cadre des objectifs du Plan Sénégal Emergent et du programme PRACAS adopté par le ministère de l’Agriculture. Nous avons mis au point un modèle d’exploitation basé sur la petite hydraulique -un puits hydraulique- de l’énergie alternative qui est le solaire pour affranchir l’agriculteur de ses factures récurrentes d’électricité ou du besoin permanant d’acheter du gasoil et d’intégrer dans ces exploitations une production diversifiée, l’horticulture sur 0,50 hectare, la pisciculture, l’élevage de ruminants, un poulailler pour à peu près 200 sujets et un habitat à l’intérieur. Le tout est d’un coût d’environ 12 millions de FCFA. Et nous proposons de promouvoir un modèle d’exploitation qui n’est simplement qu’une démarche de modernisation. Et ce modèle est appelé «Tokoor» dans le Cayor ou le Baol. Ce sont des exploitations où se faisaient les cultures de manioc, la culture fruitière avec les pommes d’acajou et le jujubier. Avec les fermes «Nantangué», tout cela devrait permettre d’augmenter le temps d’occupation des agriculteurs. Ce qui devrait garantir une meilleure sécurisation des revenus des paysans et pasteurs. Le ministre de l’Agriculture pourrait bientôt annoncer ce programme aux populations. Nous avons discuté avec les institutions financières. Il y a, pour la promotion de ces fermes, une coalition nationale qui correspond à ce que les jeunes Sénégalais diplômés sont en mesure de réaliser et qui constituerait l’alternative assez intéressante du point de vue des revenus, mais aussi de la qualité de vie des fermiers qui seraient installés.

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